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23.3.10

Le Premier Film d'horreur interactif

On est vraiment à une ère merveilleuse où on peut interagir avec son public. Que tu sois auteur, réalisateur ou whatever, tu peux communiquer directement avec tes fans ou tes idoles.

Pas sûr de quoi aurait l'air un livre interactif influencé par les lecteurs, Thierry Crouzet a tenté l'expérience dans son Croisade, mais pour l'expérience cinéma, ça m'a l'air bien concluant!

2.3.09

David Lynch sur YouTube

C'est par l'entremise de, huh, je sais pu qui, que j'ai commencé à suivre David Lynch sur Twitter. 

Des posts courts, drôles, raffraîchissants.

Et il vient de partager une vieille vidéo promo pour Eraserhead. Le gars a de l'humour.

Oh oui! Il faut absolument que j'achète Catching the Big Fish de David Lynch, sorte d'autobiographie zen.


3.2.09

Comment acheter Spirale Magazine

J'avais suggéré à Mathieu Arsenault un texte critique sur le slam. Question de voir si c'était publiable dans OVNI Magazine (ben non il ne semble pas encore avoir de site et c'est ici que tu te ramasses quand tu cherches "OVNI magazine" dans Google. Mais j'ai reçu le premier numéro et je n'ai qu'un mot pour le décrire: surréawow).

Il l'a fait lire au rédac chef... de Spirale Magazine (Patrick Poirier) qui, moyennant que je réécrive et bonifie mon texte, pensait qu'il pourrait figurer dans le dossier Est-ce poétique, lui-même dirigé par Mathieu.

Résultat: il se trouve dans le numéro janvier-février de Spirale Magazine :)

Comme Slam ma muse, c'est disponible dans toutes les bonnes librairies, et Bouddha sait qu'il y en a de moins en moins.

Clique sur l'image à gauche pour connaître les points de vente dans ta région éculée.

bs: J'écoute The Postman Always Rings Twice. Y en font pu des d'même.




2.4.08

J'ai toujours rêvé d'être un gangster

Merci à Meta pour le tuyau. Baboum.

Tout n'est pas parfait - À propos de l'embargo sur Hommes à louer de Rodrigue Jean

UPDATE

Si vous désirez co-signer ce texte, merci de laisser un commentaire si ça vous chante, et de communiquer directement avec André Habib.

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Avec l'aimable accord de Horschamp, le netzine de cinéma québécois le plus lu, je reproduis l'article d'André Habib concernant l'embargo sur un film que vous ne verrez peut-être jamais, Hommes à louer, oeuvre de Rodrigue Jean qui s'immisce dans l'univers de la prostitution masculine.

Le texte original est ici.

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À propos de l'embargo sur Hommes à louer de Rodrigue Jean

TOUT N'EST PAS PARFAIT


par André Habib
février 2008


Lire également : Un embargo inacceptable, de Sylvain L'Espérance

Aux derniers Rendez-vous du cinéma québécois, plus de 160 personnes ont rempli à craquer la salle Claude-Jutra de la Cinémathèque québécoise, un vendredi, à 13h30, pour assister à l'unique projection du documentaire de Rodrigue Jean, Hommes à louer(1). Un film de 140 minutes sur la prostitution masculine, tourné sur une période d'un an et qui prit presque autant de temps à être monté, et qui est un chef-d'œuvre. Le programme des Rendez-vous nous annonçait pourtant que nous aurions droit à un « montage avancé ». Nous mentait-on ? Oui(2).

Ce film, c'est ce que nous devions comprendre, était en fait encore un objet « brut » qu'il fallait ajuster, mettre au format et au bon goût… non du réalisateur et du monteur (pour qui le film est terminé depuis belle lurette), mais des producteurs de l'ONF et du privé, Jacques Turgeon et Nathalie Barton. Depuis le mois d'octobre, après avoir tenté sans succès d'imposer « leur vision » du film au réalisateur récalcitrant, ils ont préféré le mettre sur les tablettes et stopper la production. Le plus étonnant c'est que ces gens sont assis sur un des plus grands documentaires québécois des 10 dernières années, et ils ne s'en doutent même pas…

Voilà deux ans que Rodrigue Jean et son monteur Mathieu-Bouchard Malo s'épuisent à convaincre les bonzes de l'ONF du bien-fondé de leur démarche, de la rigueur de leur approche. Ils opposent un refus parfaitement légitime et louable de voir la réalité qu'ils ont patiemment filmée sur une période d'un an (malgré qu'à plusieurs reprises la production ait tenté d'interrompre le projet), qu'ils ont structurée et présentée de la façon la plus honnête qui soit au fil des mois, se faire réduire à un vague défilé attachant de « personnages », bon qu'à servir un human interest, en reproduisant, comme des bons petits soldats, la posture de tous ceux qui, dans le monde du documentaire et de la fiction au Québec, veulent se donner, en amont en les créant, en aval en les regardant, une bonne conscience sociale (dans les deux cas, il s'agit avant tout de leur nombril).

Si l'ONF, désormais, refuse même à Rodrigue Jean de racheter ses droits sur le film (qui appartiennent, vous l'apprenez peut-être chers lecteurs, non aux réalisateurs, mais aux producteurs), c'est qu'ils sentent qu'ils ont une belle « pièce de viande » à lancer sur le marché. Après tout, n'y a-t-il pas là un potentiel « Voleurs d'enfance 2 » ? Tout y est : un sujet à scandale et sur lequel il « faut lever le voile », des jeunes victimes qui veulent s'en sortir, une vie difficile et de l'espoir au bout du tunnel. Ce serait si simple à « vendre », à « louer », à « exploiter ». Or, c'est précisément ce que Rodrigue Jean et son équipe ont refusé, par simple respect pour les individus qu'ils avaient filmés et côtoyés de près, pour le cinéma, pour le réel. Et c'est cela - cette intégrité, cette intelligence, cette noblesse du regard - qui semble intolérable aux professionnels de la profession, qui n'ont de toute évidence rien à battre du cinéma et du monde dans lequel on vit.

Ce film s'érige contre tous ceux qui veulent voir les « problèmes de la rue » mis en boîte et prédigérés, où il y a des bons et des méchants, des « statistiques alarmantes » et des « lueurs d'espoir ». Il s'érige contre la logique barbare des enquêtes-reportages, des télé-réalité à rabais et de toute la ribambelle de films « intouchables » réalisés au Québec depuis quinze ans sur la délinquance ou la pauvreté. L'industrie du documentaire et de la télévision nous tartinent et nous forcent à gober l'idée selon laquelle il suffirait de donner à tous ses « jeunes au cœur d'or », ses « petits combattants de la rue », une mini-DV, des gants de boxe ou des chaussons de danse pour qu'il y ait « raison d'espérer », c'est-à-dire de ne plus avoir à y penser. Et c'est cela qui « nous » semble intolérable.

Un film nécessaire

Hommes à louer est un film-ovni dans le paysage cinématographique québécois (ce qui nous fait dire que les choses vont plutôt mal). Comme pour l'incroyable Yellowknife, son long métrage précédent, complètement évincé par le manque de courage des distributeurs, personne dans « l'industrie » ne semble savoir quoi en faire. Il s'agit pourtant d'un des films les plus puissants, les plus forts et, en un mot, les plus nécessaires que l'on puisse imaginer aujourd'hui. Pendant deux heures et demie, une douzaine de jeunes nous parlent, d'un mois de novembre à un autre, de leur métier, de leur vie quotidienne, de leur histoire, avec une intelligence et une lucidité qui glacent le sang, qui font tour à tour rire et frémir : ils savent parler mieux que quiconque de la réalité qu'ils vivent, de la logique infernale dans laquelle ils sont pris, de l'exploitation qu'ils subissent, qu'ils entretiennent et qu'ils reproduisent. Et en même temps ils sont à mille lieux de toute victimisation, de tout apitoiement éploré. Ils sont filmés la plupart du temps en très gros plan, avec les lumières de la rue qui scintillent à travers la vitre derrière eux ; les micros sont placés directement sur leur poitrine, donnant au son de leur voix, de leur toux, de leur silence, une netteté, une proximité proprement terribles. On ne connaît par le nom de ces jeunes, souvent même peine-t-on à les reconnaître d'un mois à l'autre, tant leur physionomie a changé, et tant leur réalité peut paraître interchangeable. Aucune voix-off péremptoire, aucun témoignage de spécialiste, aucune statistique sur la criminalité, la prostitution ou la toxicomanie, aucune caméra cachée, aucun voyeurisme, aucune démagogie, aucune morale, aucun didactisme, aucune « leçon de vie » à tirer, aucune complaisance. Seulement des fragments de vie qui s'agencent ; des paroles qui s'accumulent ; une caméra et une écoute qui les accompagnent. Et on en sort les jambes sciées, les yeux pleins d'eau, avec l'envie de crier. Mais notre révolte naît moins de ce qu'on a entendu et vu (qui serait suffisant), que de l'idée qu'on veut empêcher ce film-là d'exister dans la forme que ses créateurs lui ont donnée et qui est la seule acceptable.

Que reproche-t-on au film ? Son absence de « point de vue », la multiplication des « personnages » qui rend difficile « l'identification » (c'est leurs mots, qu'on me les explique). Car pour eux un film, tout film, est potentiellement un arbre livré par le réalisateur qu'il s'agit d'émonder afin qu'il cadre avec une forme que les producteurs-distributeurs-télédiffiseurs ont dans leurs têtes, et qui serait la seule, la vraie, l'unique façon de parler de « ce monde-là » pour que ça « pogne », pour qu'ils puissent mettre leur estampille d'approbation sur un film : « si tu me coupes tel ou tel personnage, si tu enlèves celui qui est violent, celui qui a été abusé, si tu tailles dans les références trop nombreuses à la drogue, si tu me ramènes ça à une heure et quart, on pourra plus facilement s'identifier et ton film sera plus "punché" » (c'est leur idée). Est-ce bien ça le but d'un documentaire, s'identifier, compatir, « puncher » ? S'identifie-t-on aux pêcheurs de marsouins de Pour la suite du monde, aux Bûcherons de la manouane, aux travailleurs d'On est au coton ? Aurait-il fallu demander à Pierre Perrault, Arthur Lamothe ou Denys Arcand, de rajouter une voix-off et d'éliminer quelques-uns des « personnages secondaires » du film, pour que le « message » passe mieux ? On a beau rire, mais ce qu'on demande aux réalisateurs aujourd'hui est tout aussi absurde, humiliant, honteux et politiquement douteux que ça. On leur impose une logique calquée, non sur celui de l'art et de la vie, mais des communications et de la rentabilité. Après tout, comme l'expliquait une responsable de Radio-Canada à Rodrigue Jean : « on est là pour vendre de la pub ».

Les ennemis du cinéma sont parmi nous

À l'heure où l'on fait la promotion guillerette d'un documentaire sur l'histoire de la censure au Québec (Les ennemis du cinéma, de Karl Parent et Yves Lever), on présuppose qu'aujourd'hui « tout est parfait », comme si cette « période sombre » était nécessairement loin derrière nous (le duplessisme, la phobie des gauchistes, etc.). Ce qu'on oublie de dire c'est que la disparition des salles de cinéma à Montréal et à travers le Québec, la frilosité devenue proverbiale des distributeurs, la mainmise des producteurs sur les œuvres des créateurs, l'emprise des lobbys américains sur la distribution, le pouvoir démesuré accordé aux télédiffuseurs pour obtenir le financement d'un film, l'obsession avec l'audimat, les entrées et la « performance », exercent une censure infiniment plus perverse en empêchant un nombre incalculable d'œuvres fortes (d'ici et d'ailleurs) d'exister et de nous parvenir. Cependant que nos institutions se gaussent d'être au service du « cinéma d'ici », du cinéma d'auteur, ils sont en train de les asservir et de les soumettre à une violente et impitoyable loi du marché (heureusement, il y a, ici et là, quelques exceptions, quelques foyers de résistance, mais ils sont rares).

Il est effarant de voir à quel point le système actuel agit de façon sournoise, et non moins pernicieuse, en conspirant à saboter des œuvres pour la simple et bonne raison qu'elle ne correspond pas à un format préétabli. Le « format » dont il est question ici n'est pas seulement celui de la durée, mais bien celui du « formatage » que l'on veut faire subir à certains « sujets », au mépris des créateurs et de tout bon sens, et qui répondent à des critères souvent complètement arbitraires et capricieux. Il est temps de redonner aux créateurs un véritable droit sur leur œuvre, de remettre en cause cet asservissement dégoûtant à la logique de l'exploitation, et de recommencer à faire confiance au public, qu'on prend trop souvent pour des imbéciles. Nous ne pouvons qu'espérer que - pour reprendre le titre d'un film honteusement oublié d'Arthur Lamothe - le mépris n'aura qu'un temps, que l'ONF saura répondre publiquement de ces agissements ineptes, et accordera à ce film incroyable le simple droit d'exister, dans sa durée (140 min.) et dans son format (35mm) prévus.

M. Perlmutter (nouveau commissaire de l'ONF), vous rêviez récemment de faire renaître la grande époque du documentaire canadien ? Vous avez ici une occasion en or de faire amende honorable, en renversant l'embargo injustifié qui a été mis sur ce film. Pour le reste, ce sera au public de juger.

Hommes à louer (Rodrigue Jean, 2008) - 23.2 ko
Hommes à louer (Rodrigue Jean, 2008)

Cette lettre a été appuyée par :

Judith Abitbol (Paris), Stéphanie Allaire, Olivier Asselin, Eliette Aubin, Pierre Barrette, Phile Beauchemin, Denis Blaquière, Yordan Bobev, Vincent Bonin, Karine Boulanger, Manon Briand, Serge Cardinal, Suzanne Chartrand, Réjean Chayer, Stéphane Claude, Denis Côté, Jean-Claude Coulbois, Jeanne Crépeau, Jacques d'Amboise, Evelyne de la Chenelière,Sophie Deraspe, Lhassa De Sela, Michel de Silva, Patrick Demers, Mathieu Denis, Jean-Francois DesBois, Jean-Philippe Desrochers, Guylaine Dionne, Simon Dor, Felix Dufour-Laperrière, Elitza Dulguerova, Bernard Émond, Hélène Faradji, Marie-Josée Ferron, Jean Fontaine, Anne-Michèle Fortin, Vali Fugilin, Gaston Gagné, Simon Galiero, Emmanuel Galland, Pierre Gauvreau, Maxime Giroux, Catherine Goupil (Paris), Louis Goyette, Gérard Grugeau, Brigitte Haentjens, Catherine Hébert, Julie Hivon, Karim Hussain, Katerine Jerkovic, Yvan Lafontaine, Arthur Lamothe, Simon Laperrière, Jean-Pierre Lavallée, Pierre-Jean Lavigne, Simon Lavoie, Sylvain Lavigne, Franck Le Coroller, Pierre Lefebvre, Karl Lemieux, Jean-Pierre Lefebvre, Marquise Lepage, Stéphane Lépine, Marie-Claude Loiselle, Geneviève Lussier, LeRoy K. May, Gilles McMillan, Silvestra Mariniello, Catherine Martin, François Miron, Rosanna Maule, Cristiana Nicolae, Geneviève Ouellet, Viva Paci, Frédérick Pelletier, Ariane Pétel-Depsots, Marina Polosa, Éric Prince, Sophie Prophète, Norma Rantisi, Nicolas Renaud, Robert Richard, Lucie Robitaille, Hubert-Yves Rose, André Roy, Mikhaël Roy, Simon Sachel, Nathalie Saint-Pierre, Michel Simonsen, Anick St-Louis, Marie-Jan Seille, Paul Tana, Jean Théberge, Michel Thériault, Donato Totaro, Gisèle Trudel, Barbara Ulrich, Pierre-Luc Vaillancourt, Francis van den Heuvel, Marie-Christine Vanier, Myriam Yates, Maryanne Zéhil.

Si vous désirez soutenir cette initiative et rajouter votre nom à la liste d'appui, écrivez-nous.

Notes :

1) Pour en savoir plus sur le film, je vous invite à lire l'entretien paru dans le dernier numéro de la revue 24 Images (no. 136, mars-avril 2008), ainsi que l'excellent article de Gérard Grugeau, "Les enfants sauvages", p. 34-36.
2) Une version tronquée de cette lettre a été publiée dans l'édition du 3 mars du quotidien Le Devoir.

16.2.07

Concours de scénario

BLUECAT SCREENPLAY COMPETITION 2007

DEADLINE MARCH 1ST

The BlueCat Screenplay Competition has grown to become the screenwriter's screenplay contest, where support extends to all writers, whether you win cash or the sharpest analysis offered by any competition in the world. Our entrants are not simply a pile of half-read braded paper. They are a community rallying their identities as writers, stopping, listening and looking for their space to grow. This foundation, these screenwriters, takes BlueCat beyond the contest.


WHY ENTER BLUECAT?

  • Every writer who enters BlueCat receives written analysis on their screenplay.
  • Winner receives $10,000 and Finalists receive $1500, the largest cash prize for a screenplay contest that provides feedback to all writers
  • Our 2005 Winner, GARY THE TENNIS COACH, starring Seann William Scott and directed by Danny Leiner, recently wrapped in Austin. Winning BlueCat writers Andy Stock and Rick Stempson signed with UTA
  • Our 2006 Winner, Young Kim is in pre-production to direct his winning script, six months after being named winner of BlueCat
  • One Finalist receives a live staged reading at the High Falls Film Festival, held at the George Eastman House in New York, all expenses paid
  • Loglines of all Semi-Finalists and Finalists are featured on our site throughout the year
  • Founded by award winning writer-director Gordy Hoffman

SUBMIT YOUR SCREENPLAY

28.11.06

Le Couperet

Je ne vous parle pas souvent de cinéma, et pourtant je vois une pléthore de films! J'aime surtout le cinéma d'auteur et je me laisse tenter par certains suspense et autres essais plus "impulsifs".

La fin de semaine dernière, je me suis justement laissé tenter par un film dit impulsif, Edmond dont le scénario a été écrit par David Mamet, surtout connu pour sa pièce Glengarry Glen Ross. C'était intrigant.

Résultat : un navet incroyable.

Heureusement, j'avais aussi loué Le Couperet de Costa-Gavras qui reprend étonamment un propos similaire : un homme dans la quarantaine voit sa vie basculée alors qu'il est licencié de son emploi d'ingénieur chimique dans une grosse boîte de fabrication de papier.

Edmond, lui, reçoit une note de sa secrétaire comme quoi son rendez-vous est reporté à 1h15. Il est ensuite entraîné dans un voyage d'enfer ou il ne rencontre que des personnages de bas étages.

Mais oublions Edmond.

Bruno Davers (merveilleusement interprété par José Garcia, excellent dans Peindre ou faire l'amour et Harry, un ami qui vous veut du bien), après deux ans et quelque de chômage parce que sur-qualifié (la situation du chômage en France n'est pas rose présentement, faut-il le préciser), trouve un filon pour retrouver un poste de la même envergure : liquider sa compétition.

En lisant ça, certains se diront "mais quel macabre plan!". En effet, ça ne fait pas dans la dentelle.

Mais Bruno n'est pas un serial killer comme les autres. Après un premier meurtre réussi, le deuxième devient plus difficile : après le meurtre, il ne peut plus arrêter de trembler, il perd pied. Au lieu de tuer seulement le "candidat" qui aurait pu l'empêcher d'obtenir un nouveau poste, il tue aussi sa femme, accidentellement.

Et c'est là que le drame prend une autre tournure, le serial killer humain, une personne ordinaire, notre voisin. Costa-Gavras met beaucoup l'emphase sur le côté familial de toutes les victimes de Bruno : père de famille, 2 enfants, petite banlieue tranquille ou le facteur distribue le courrier en vélo; ou chômeur dont la femme est partie à cause des déboires financiers de son mari.

Les victimes sont toutes attachantes. Et Bruno ne devient pas plus méchant, il s'attendrit même d'un de ses "adversaires" qui s'est recyclé en vendeur de vêtements pour homme. Il vient près de l'assassiner à coup de machette, mais préfère se faire une grimace lorsqu'il se voit en train d'asséner des coups dans le vide.

Le tueur n'est pas sérieux.

Toutefois, Costa-Gavras a conscience du malaise qui sévit lorsqu'on est au chômage : les pubs glamour tapissent le film, que ce soit des femmes à moitié vêtues, des autos sports ou des annonces de croisière, toutes les pubs sont bien cadrées et montrent ce qui a déjà été accessible au travailleur mais qui ne l'est plus au bénéficiaire de l'État.

Costa-Gavras disait à ce propos :

The advertisements are linked to the character. I didn’t put them just to make an anti-publicity comment. The character, just as the majority of people, is surrounded by these advertisements that propose very beautiful things that stimulate him. But he can no longer afford what is being advertised. That’s a big frustration. That participates also in the loss of his self-esteem.


Bruno affronte celui qu'il croit être son plus grand adversaire : le présentateur technique de Arcadia, ou Bruno aimerait bien travailler. Il se rend 2 fois chez Raymond Machefer, grand buveur, peu sexy, grand tombeur.

La première fois, Bruno casse une vitre et s'infiltre dans le domicile. Puis quand Machefer se pointe, aux petites heures, avec une conquête, Bruno abandonne momentanément son plan.

Il y revient et s'assoit patiemment au bureau de Machefer pendant qu'il rêvasse à sa nouvelle position d'ingénieur chimique chez Arcadia. Mais lorsqu'il se réveille, c'est Machefer qui pointe un fusil en sa direction et qui semble prendre le contrôle.

Mais il est complètement bourré.

Bruno réussit à le convaincre que c'est un de ses grands fans, il l'attendrit en lui disant qu'il est lui aussi ingénieur chimique, au chômage depuis plus de deux ans, et qu'il voulait lui en parler. Bref, Machefer est trop saoul, il l'invite à prendre un coup.

Tout un coup.

Il mélange cognac et vodka (pouah!) à quelques reprises jusqu'à ce qu'il s'effondre sur la table. Bruno en profite pour allumer le gaz en croyant l'asphyxier. Mais Machefer résiste.

Toutefois, son premier réflexe est de s'allumer une clope. Et boum!

La dernière scène, énigmatique s'il en est, montre Bruno au restaurant d'Arcadia en train de prendre l'apéro avec ses nouveaux collègues (car il a eu le poste!). La scène est une réplique de celle ou Bruno vient tâter le terrain alors que Machefer prend lui aussi l'apéro à ce resto. Bruno finit par quitter le restaurant, et Machefer ne rencontre pas vraiment Bruno.

Mais dans cette dernière scène, Bruno est attiré par une femme assise au bar qui, dans la scène précédente, vient d'imprimer la photo de Bruno... exactement comme Bruno obtenait les photos de ses futures victimes en passant une annonce dans le journal.

L'arroseur arrosé?

Cette femme, que nous n'avons jamais vue, l'incite à se rendre au bar ou il demande des clopes au barman. Bruno et la femme se regarde. The End.

Qui est cette femme? Est-ce justement une chômeuse qui s'apprête à tuer Bruno pour prendre son poste? La maîtresse de Bruno (nous savons que Bruno a eu une aventure il y a un certain temps, sans pour autant que Costa-Gavras n'insiste sur ce fait)? Aucune de ses réponses?

J'ai eu un étrange feeling à la fin du film. Et si c'était l'équivalent du doppleganger dans Twin Peaks (David Lynch)? Ou ce corridor que Fred Madison (Bill Pullman) traverse dans Lost Highway?

Heureusement, il ne devrait pas y avoir de Le Couperet 2, le retour de Bruno.

Ce film est tiré du livre The Ax de Donald Westlake. Si vous ne savez pas quoi m'acheter à Noël :)

Je vous suggère aussi l'excellent article Ideology and Social Commentary in Le Couperet, publié chez Offscreen.