Ce texte inclut des parties de Kadavreski et L’Or Sujet, première-
ment publiés sur Critical Secret, puis dans Une Histoire Vraie.
Article 45 b, Verset IV
Elle lui retire doucement sa soutane, tâtant au plus près de la rétine le paysage défiguré par les caténaires, évaluant de lointaines possibilités de faire une troisième victime.
« Rendez-moi ma soutane! J’ai froid! » cria-t-il, trouant l’air.
En plein mois de charge de l’orignal épormyable, alors que le refus global était censé s’être pointé le nez et que plutôt, ganté comme les léopards d’outre-Antarctique, Leroy se dandinait à l’extérieur de la Nouvelle Cathédrale de Breston, imaginant un beat hip hop et quémandant la chaleur humaine et le savoir-vivre, moins quatorze degrés sous le soleil violacé... Il préférait la froideur des garde-à-vous aux délicatessens ouverts 24 heures sur 32, quoique le temple, où la fauve assassine, le préoccupe presque autant que le voyeur effondré sous les décombres d’une chtouille.
Il la voyait lui arracher ses fringues comme on palpe le foie de ceux qu’on aimerait trucider, des figues, des visages et dévalués comme les neurasthéniques de Reggie : concrétisera-t-elle le troisième meurtre, celui qui la ferait peut-être entrer dans la légende, si au moins quelqu’un s’intéressait à elle. Leroy, lui, s’y intéresse. En fait, il ne s’intéresse qu’à elle. L’édifice avait sûrement plus ou moins un siècle (ou même moins) : il s’en contre-crissait.
Article 90 a, Verset I
Nord-Vegas n’est plus et Dick renaît de ses cendres, comme Montréal éteint ses feux aux mille clochers. Les Bleus se vendent à l’emporte-pièce, comme les flèches de tout bois et les mains mortes de Johnny, de Reggie les Mille-Milles et les profondeurs du lac Léman.
Le phénomène de la résurrection, depuis longtemps banni par le Temple des temples, avait pourtant réussi à subsister et à s’immiscer entre les lèvres de la vendeuse de blues, qui hurlait se démomifiant :
Well you’ve heard about love giving sight to the blind
My baby’s love’s like the sun that shines
She’s my sweat little thang
She’s my pride and joy
En rebootant sa database
En rebootant sa database, surgit un flash dans l’esprit de Dick : il avait oublié de soumettre ses cadavres à leur résurrection mensuelle! Du coma ressurgirent les macchabées, désarticulant leurs membres comme le train passe la gare et part en vacances : va pour le Vatnajokul.
Sa chaloupe était étroite mais robuste ; les ex-vivants se crevaient les yeux en se tordant de larmes et Dick pensait à Elle en sifflotant :
I got the blues about miss so and so
but miss so and so ain’t got the blues about me
Il la voyait, elle lui retirerait doucement sa soutane, tâtant au plus près de la rétine le paysage défiguré par les caténaires, évaluant la possibilité lointaine de concrétiser le troisième meurtre, celui qui la ferait peut-être entrer dans la légende, si au moins quelqu’un s’intéressait à elle. Leroy, lui, s’intéresse à elle. En fait, il ne s’intéresse qu’à elle. L’édifice avait sûrement moins d’un siècle : il
s’en contre-crissait.
Le prêtre
Le prêtre, ébaubi, n’en pouvant plus de prier en cachette qu’une demoiselle entrasse, fit le bond lorsque Brigitte et Lanoline se précipitèrent dans le confessionnal. Toutes deux vêtues de pas grand-chose, elles signifièrent au prêtre (moribond) que les trois pucelles du quatrième vitrail les faisaient se tortiller d’impatience de se faire empaler, prestement.
Le prêtre (le Frère Giuseppe) se vit dans l’obligation de les confesser, prestement, car le désir qui l’envahissait ressemblait aux attentats suicides du Hamas.
Explosé dans sa plénitude, rejoindre le Très-Haut dans sa magnanime générosité, il le convoitait avec remord ; surgir comme la balle de 12 dans la chair tendre mais flasque des traînasses, il ne pouvait plus s’en contenir, et comme le revolver pointant en sa direction était chargé, il décida de faire l’inverse.
Dans ces moments
Frère Giuseppe revoit le visage de son père (prêtre lui aussi), un homme fort de foi mais toujours prompt à la turgescence. Il aimait à deviser le dimanche avec ses paroissiens et ponctuait souvent ses discours par «Moïse avait son bâton sacré, mais par la Madone, je ne l’échangerais pas contre celui-ci!» Et il en faisait palper à ces dévotes qui s’inclinaient de béatitude. Mais elles priaient Sainte-Barbe qu’il ne lui vint pas l’idée de le leur flanquer au derrière. Un jour, il avait dit à son fils: «Tu seras prêtre, car il n’est d’acte plus béat que la virile absolution...»
«L’aube tient ses promesses», se dit Frère Giuseppe, y repensant.
Les mamelles de Tirésias
Les mamelles de Tirésias expulsent leur miel comme le lait s’écoule du pis de la moissonneuse-batteuse. De pucelle, Lanoline ne retint que les états archi-primaux d’une époque lointaine et révolue, comme la pluie sous un arbre de cendre. Le 12 brûle comme le soleil à 28 degrés, mais Frère Giuseppe, débraguetté comme il se doit, ne
peut plus se fier à son paternel et relègue ses pensées à l’instinctif, au divin. La petite porte du confessionnal, laquelle il avait commandée par caprice (honte à lui), lui venait en aide alors que Lanoline se dégrafait pour mieux recueillir les récoltes.
Dans ces moments, Frère Giuseppe revoit le visage de sa mère, barbouillé de crème à raser. Il s’applique à se souvenir de sa poitrine ronde et ferme comme le chapiteau du Cirque de la Lune. Prompte à l’amour multidirectionnel, sa mère, Léola, manifestait une autorité superbe en ce qui concernait la turgescence légendaire de feu son
mari.
Elle se donnait à cœur joie des coups de crosse ecclésiastique, pendant que son fils, s’amusant d’une boîte de mouchoirs et de cotons tiges, urinait sur ses strings qu’elle humectait avec un confus manque de retenue.
En l’honneur de la Madone, les dévotes, pratiquant les chants du dimanche, chuchotaient bruyamment dans l’espoir de distraire Frère Giuseppe qui, de plus en plus ému par sa propre tuméfaction, se laissât aller dans des avenues légères et montagneuses.
«The Truth Is Out There», se disait Frère Giuseppe, caressant sa progéniture morte-née.
Un groupe de pèlerins
Un groupe de pèlerins était venu de très loin pour adorer la relique. Entendant cogner et gronder dans le confessionnal, ils se dirent:
«C’est Saint-Michel qui terrasse Belzébuth! », et ils s’agenouillèrent en se signant.
Le vicaire, gêné, se tourna vers les dévotes et leur fit entonner un cantique:
– Some of those that were forces...
Accompagné par l’orgue:
– Are the same that burn crosses...
Frère Giuseppe goûtait la féminité de Lanoline et, de sa langue, lui chatouillait le ténia. Elle, renversée à même la bure, tendait ses jambes vers l’azur.
– Some of those that were forces...
Le vicaire chantait, les paumes tournées vers le ciel:
– Are the same that bore crosses...
Repris en soprano par la pieuse chorale:
– Killing in the name of!
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5.4.08
5.11.07
LivEvil2K - María III
Voici la suite de LivEvil2K, entamée il y a un bout de temps déjà.
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Toujours sur un high après mon expérience hors de l'ordinaire d'hier, je me dirige vers l'aéroport Charles-de-Gaulle, où je prendrai le prochain vol pour faire escale à Toronto, puis me rendre jusqu'à Calgary, ville du stampede et du boeuf à chier. Je peine encore à comprendre comment ce billet aller simple s'est retrouvé dans ma poche, même si je sais que mon ange gardien veille toujours sur moi.
María, après s'être chaudement préoccupée de moi, m'ayant entourloupée comme une souris dans une trappe à fromage, sort de la douche et m'apprend qu'elle est également hôtesse de l'air, et que Gerry lui a élégamment demandé de conduire Miss Téria dans la jungle de l'Alberta. Gerry, que j'avais vu pour la dernière fois il y a exactement 2 ans, alors que je déclamais des vers et qu'il se masturbait dans ma chemise. Gerry, que jamais je n'aurais cru si habile avec la verge, que j'aurais plutôt qualifié hâtivement sans le connaître, et donc remplie de préjugés, que j'aurais plutôt qualifié, dis-je, de fif et de maniéré, mais ses yeux...
Je dépose 50 francs et le Roissy Bus me mène au Terminal A. Je déteste prendre le RER si bien que je traverse Paris depuis la place de l'Opéra jusqu'au nord du 18e avant de prendre l'autoroute A1 qui me guide droitement vers ce phœnix mécanique; j'imagine déjà le doublé de films américains moches : une comédie insipide et une pétarade d'explosions superficielles. Heureusement que j'ai mon portable intégrant lecteur de musique tactile, client mail et caméra numérique.
Il est temps que je pose quelques hypothèses concernant les meurtres de propriétaires de Pizza 2=1, et que je cesse un peu de penser aux plaisirs que pourraient me donner Sieur Gérard. Tout d'abord, depuis que le premier meurtre a eu lieu le 27 mai 2002, il s'est perpétré exactement 12 crimes du genre sur le seul territoire de l'île de Montréal en deux mois. En ce 26 juillet, je n'ai pratiquement aucune piste quant aux auteurs de ces meurtres, ni quant à leur motif, et surtout : pourquoi des propriétaires de Pizza 2=1? Y avait-il anguille sous roche pour que 12 quidams se la fassent faire exploser par un (ou plusieurs) désaxés graves. Pourquoi entretenir une haine contre les Pizza 2=1 : cela tenait pratiquement du délire...
Mon patron, Stephen McEwan, me sait à Paris pour mes deux semaines de vacances, mais il ne sait pas que je reviens plus tôt que prévu en terre canachienne et que je pourrai prendre de l'avance dans mon enquête, mais un pit-stop à Calgary ne me gêne pas non plus... Je pourrais tenter d'établir un schème de l'ordre des meurtres et de leurs lieux : le premier s'est déroulé le lundi 26 mai à l'angle du chemin de la Côte-des-Neiges et de St-Kevin; le deuxième, le vendredi 31 mai au coin de Frontenac et Papineau; le troisième, le jeudi 5 juin sur René-Lévesque, au coin de Drummond; et le quatrième, le mercredi 11 juin sur Verdun au coin de Woodland.
Le cinquième s'est déroulé le mardi 17 juin à l'angle du boulevard St-Michel et de la rue Hochelaga; le dimanche 22 fut le théâtre du sixième tandis que le samedi 28 accueillit le septième en l'espace d'un mois. J'aurais pu commencer à faire de la numérologie prestement, mais n'étant pas une amante des maths, je me suis éloignée des conclusions actuarielles : je ne suis pas dans un film américain.
Ce qui m'effrayait, c'était cette forte possibilité de procrastination aiguë, laquelle il m'est difficile d'éviter par nature, me sachant portée vers cette faiblesse ô combien libératrice et antistressante à souhait (bon, je ne commercialiserai toutefois pas cette idée, quoique... de plus en plus d'espace est réservé à la publicité à la télé non payante, avez-vous déjà remarqué? Avez-vous remarqué que les talk-shows sont de moins en moins populaires, que la bonne population se couche à 22 heures anywayz, et qu'on peut polluer les ondes de télé-incitations à la trisomie volontaire chronique, à patauger entre un Abs-Builder et un Trim 'Til You're Slim?).
Je crains qu'une fois à Calgary, je peinerai à m'extirper de ses griffes épaisses et dodues, et que je m'en sortirai seulement en arborant un red neck...
María, que je n'ai pas remarquée durant tout le vol, se pointe dans ma rangée où un banc est inoccupé. Elle se glisse comme une fauve, et je sens que je vais encore expérimenter les désirs de l'autre... Mon coeur palpite et je tremble légèrement : María me sourit gentiment, du moins je n'y détecte aucune malice, elle prend ma main et la glisse dans son chemisier, pendant que j'humecte mon majeur pour m'égayer sous les plis de ma jupe, et que le steward me demande : "Poulet ou saumon?"
Je réponds poulet.
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Toujours sur un high après mon expérience hors de l'ordinaire d'hier, je me dirige vers l'aéroport Charles-de-Gaulle, où je prendrai le prochain vol pour faire escale à Toronto, puis me rendre jusqu'à Calgary, ville du stampede et du boeuf à chier. Je peine encore à comprendre comment ce billet aller simple s'est retrouvé dans ma poche, même si je sais que mon ange gardien veille toujours sur moi.
María, après s'être chaudement préoccupée de moi, m'ayant entourloupée comme une souris dans une trappe à fromage, sort de la douche et m'apprend qu'elle est également hôtesse de l'air, et que Gerry lui a élégamment demandé de conduire Miss Téria dans la jungle de l'Alberta. Gerry, que j'avais vu pour la dernière fois il y a exactement 2 ans, alors que je déclamais des vers et qu'il se masturbait dans ma chemise. Gerry, que jamais je n'aurais cru si habile avec la verge, que j'aurais plutôt qualifié hâtivement sans le connaître, et donc remplie de préjugés, que j'aurais plutôt qualifié, dis-je, de fif et de maniéré, mais ses yeux...
Je dépose 50 francs et le Roissy Bus me mène au Terminal A. Je déteste prendre le RER si bien que je traverse Paris depuis la place de l'Opéra jusqu'au nord du 18e avant de prendre l'autoroute A1 qui me guide droitement vers ce phœnix mécanique; j'imagine déjà le doublé de films américains moches : une comédie insipide et une pétarade d'explosions superficielles. Heureusement que j'ai mon portable intégrant lecteur de musique tactile, client mail et caméra numérique.
Il est temps que je pose quelques hypothèses concernant les meurtres de propriétaires de Pizza 2=1, et que je cesse un peu de penser aux plaisirs que pourraient me donner Sieur Gérard. Tout d'abord, depuis que le premier meurtre a eu lieu le 27 mai 2002, il s'est perpétré exactement 12 crimes du genre sur le seul territoire de l'île de Montréal en deux mois. En ce 26 juillet, je n'ai pratiquement aucune piste quant aux auteurs de ces meurtres, ni quant à leur motif, et surtout : pourquoi des propriétaires de Pizza 2=1? Y avait-il anguille sous roche pour que 12 quidams se la fassent faire exploser par un (ou plusieurs) désaxés graves. Pourquoi entretenir une haine contre les Pizza 2=1 : cela tenait pratiquement du délire...
Mon patron, Stephen McEwan, me sait à Paris pour mes deux semaines de vacances, mais il ne sait pas que je reviens plus tôt que prévu en terre canachienne et que je pourrai prendre de l'avance dans mon enquête, mais un pit-stop à Calgary ne me gêne pas non plus... Je pourrais tenter d'établir un schème de l'ordre des meurtres et de leurs lieux : le premier s'est déroulé le lundi 26 mai à l'angle du chemin de la Côte-des-Neiges et de St-Kevin; le deuxième, le vendredi 31 mai au coin de Frontenac et Papineau; le troisième, le jeudi 5 juin sur René-Lévesque, au coin de Drummond; et le quatrième, le mercredi 11 juin sur Verdun au coin de Woodland.
Le cinquième s'est déroulé le mardi 17 juin à l'angle du boulevard St-Michel et de la rue Hochelaga; le dimanche 22 fut le théâtre du sixième tandis que le samedi 28 accueillit le septième en l'espace d'un mois. J'aurais pu commencer à faire de la numérologie prestement, mais n'étant pas une amante des maths, je me suis éloignée des conclusions actuarielles : je ne suis pas dans un film américain.
Ce qui m'effrayait, c'était cette forte possibilité de procrastination aiguë, laquelle il m'est difficile d'éviter par nature, me sachant portée vers cette faiblesse ô combien libératrice et antistressante à souhait (bon, je ne commercialiserai toutefois pas cette idée, quoique... de plus en plus d'espace est réservé à la publicité à la télé non payante, avez-vous déjà remarqué? Avez-vous remarqué que les talk-shows sont de moins en moins populaires, que la bonne population se couche à 22 heures anywayz, et qu'on peut polluer les ondes de télé-incitations à la trisomie volontaire chronique, à patauger entre un Abs-Builder et un Trim 'Til You're Slim?).
Je crains qu'une fois à Calgary, je peinerai à m'extirper de ses griffes épaisses et dodues, et que je m'en sortirai seulement en arborant un red neck...
María, que je n'ai pas remarquée durant tout le vol, se pointe dans ma rangée où un banc est inoccupé. Elle se glisse comme une fauve, et je sens que je vais encore expérimenter les désirs de l'autre... Mon coeur palpite et je tremble légèrement : María me sourit gentiment, du moins je n'y détecte aucune malice, elle prend ma main et la glisse dans son chemisier, pendant que j'humecte mon majeur pour m'égayer sous les plis de ma jupe, et que le steward me demande : "Poulet ou saumon?"
Je réponds poulet.
1.10.07
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27.3.07
LivEvil2K - Kanlabum, prise II
***Nébuleux et à contrepoint, le Kor Griffè parle encore de façon allusive, vous plongeant dans un cirque infernal qui ne fait que commencer. Prenant pour prémisse que l'homme archaïque se cachait dans les villes pour fuir l'hydre de la campagne, nous affirmons que la réalité n'est plus fonction de l'imitation d'un archétype céleste et que Morris, Karl, Miss Téria et Gerry, entre autres, seront les victimes de ces rituels oubliés, signe d'un passage du temps inéluctable et tremblant comme le chêne à l'approche de l'orage sulfureux.
La répétition des gestes ancestraux, dans des circonstances sacramentelles, afin, inconsciemment peut-être, de rejoindre l'ab origine des temps immémoriaux, aura un effet indélébile sur les personnages susmentionnés, car des faits inéluctables montrent la puissance des rites et l'impuissance de leurs participants : au Texas, en Belgique, au Québec, les leaders de sectes ont créé des imbéciles à batteries rechargeables, aussi cons qu'un homme acoquiné par manque de couilles. La réalité quotidienne est tributaire de la participation au symbolisme central : les villes, les temples, les maisons deviennent réels par le fait d'être assimilés au « centre du monde » et rassurent les pauvres quidams perdus dans cette mer déchéante qu'est notre vie. Enfin, ne me prenez pas trop au sérieux, les rituels et les gestes profanes significatifs que nous réalisons chaque jour ne prennent le sens qu'on leur prête que parce qu'ils répètent délibérément tels actes posés ab origine par des dieux, des héros ou des ancêtres, quoique plus souvent qu'autrement par une star du tube cathodique.
Tel que stipulé quelques lignes plus haut, Morris et Cie ont marché dans le sable mouvant, tornade qui les mène à travers différents couloirs, portes et passages, pas toujours parallèles. Et peut-être que leurs histoires saupoudrées d'événements circonstanciels les mèneront-ils au summum de l'existence, déchirant par le fait même le silence qui abrite le charme en pilant sur la tombe de l'ennui. Nos amis tentent de rompre avec leur animalité; ils cessent de répéter les prototypes archétypaux et cherchent l'âge d'or ou l'Or du Temps. Mais dans ce dédale de luxure, de sang, de muscles et de rythmes, le temps prendra-t-il le temps de s'arrêter pour laisser naître un nouveau monde afin qu'un nouvel homme soit?...
* Image :
Caransac-Psycho, œuvre conséquente.
© 21.05.2002, LeRoy K May
Œuvre originelle tirée de PHOTOPLANE
GALLERY. Album de vues aériennes en télécommade.
© 18.05.2002, Daniel GOURRIBON.
Cette œuvre est libre, vous pouvez la copier, la redistribuer et la modifier, selon les termes de la Licence Art Libre.
20.2.07
LivEvil2K - Aube, podcast de Nina
Large de neuf longueurs de lance, le couloir débouche sur une porte. Quel couloir, me manderez-vous ? Un couloir, that’s all man. Il est indescriptible, il n’est qu’imaginable ou visualisable, rêvé, voire cinématographique. Il est ample, il est facile d’y manoeuvrer, il est ample, on pourrait dire qu’il y a une ample marge de manoeuvre pour y circuler, ce qui permet un certain va-et-vient entre les deux murs, parallèles.
La suite de Aube.
My Odeo Channel (odeo/cc4642d65fc12ca5)
LivEvil2K — Kanlabrum
Kor Griffè II
When I go driving I stay in my lane
But getting cut off makes me insane
I open the glove box
Reach inside
I'm gonna wreck this fucker's ride
I guess I got a bad habit
Of blowing away.
— The Offspring
Large comme huit circonférences orbitales reliées bout à bout, la relativité des vies parallèles de Ell&Il tardent à fusionner, mais le texte est encore jeune. Le cloisonnement a cédé la place à la liberté, qui ne se crie pourtant pas encore sur tous les toits; chuchotées en background, les inhibitions, rares, se dévêtent, les masques tombent et la vie reprend son long périple, sinueux comme l'exode des Juifs.
Aux prises avec différents chants divins, qui varient tant par leur forme que par leur contenu, les héros de l'épopée n'en sont pas moins incités à s'engouffrer dans la vie comme le ver de terre dans la masse humide du terreau détrempé. Peut-être toucheront-ils la source de l'Homme? Qui sait? Sauront-ils aller jusqu'au bout de leur peine, ou se cacheront-ils dans le placard de l'existence? L'heure est trop jeune pour tirer de telles conclusions, hâtivement, au gré de quelques malentendus bien placés ou de paroles mal interprétées, nonobstant toute la bonne foi implicite à cet exercice où le charme et l'ennui sont difficilement discernables, où la chair et le sang tendent à se désunifier pour intégrer un corps nouveau qui transcende leurs espaces géographiquement délimités.
En présence de personnages ubuesques, despentistes et nothombiens, quoi de plus facile que de se laisser berner par les masques de l'ironie, du sarcasme et du cynisme. Hélas! La vérité s'immisce entre ses faux atours qui détournent l'attention du lecteur vers des paysages fauves et superficiels, dénudés comme le Champ-de-Mars de Marcelle Ferron. Si au moins le sens pouvait s'introduire et ramener le lecteur en terre connue, promise, Ell&Il ne se vautrerait plus dans les bordels de l'humanité où il souffre de tous les vices, de tous les espoirs déchus, maître alité dans un conte de foire éléphantesque. Les personnages multiples et dédoublés de cette fable moderne sont fidèles à notre ère : éparpillés et multidirectionnels, comme les freins de votre BMW. N'est-ce pas que je m'abîme dans des méandres douteux, comme l'infirmier meurtri par ses clients à bout de nerfs? Vous saurez sûrement débusquer le renard en pleine forêt alors que le lièvre s'éperd d'un amour tendre et impossible avec le guépard.
16.2.07
LivEvil2K — Aube, prise II, podcast
L'amie Nina m'a fait un super beau cadeau : la lecture du deuxième épisode de LivEvil2K.
Bonne écoute!
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30.1.07
LivEvil2K — Aube, prise VIII
The Ceremony Is About to Begin : journal de Maïté
PC, on laisse tomber la formalité du Mr. après deux Glenfiddish, trois rousses, une noire, deux brunes, pas de blonde; les blondes, c'est pour les mâles dont la peur de l'infériorité intellectuelle est incommensurable. Bref, PC glisse Steamin' de Miles Davis dans le lecteur de DC, et fait propulser des haut-parleurs une de ces balades qui me rendent mélancolique, qui me font envier tous ces gens qui ont vu, entendu, ressenti la puissance du Miles Davis Quartet live. Something I Dreamed Last Night. Bill Evans solo si bien, personne ne parle, tout le monde écoute ce virtuose des touches noires et blanches. On se laisse emporter par ce flot de délicatesse mortuaire qui fait de nous de vulgaires mortels, tandis que cette musique coule éternellement dans nos oreilles et atteint les sens les plus cachés de chacun.
À mesure que Gerry claque des doigts, Manú s'excite et, tranquillement, se dévêt, arborant maintenant son plus simple apparat, lequel j'admire béatement depuis environ cinq minutes. Une transe s'empare de Manú qui, dansant telle une tulipe sous une averse de torrentielle pluie, provoque un déhanchement collectif, une tribale valse désarticulée où tous nos membres, désaxés, se meuvent en toute place, occupant tout l'espace oxygéné de ce loft du fin fond de l'Alberta. Gerry gémit au plus grand plaisir de PC, lequel grogne en ma direction; je masturbe habilement Manú qui, extasiée, se laisse aller au délire le plus total. La pudeur en prend pour son rhume.
Avant de s'euphoriser dans le plaisir charnel qui consiste à se fondre l'un dans l'autre dans l'autre dans l'autre - PC fait tournoyer un chapeau de cow-boy qu'il fait virevolter à proximité de mes seins; je m'éclipse dans le cerceau de la perversité outrancière, l'orgasme à la portée de la main; Gerry empoigne sauvagement ma poitrine, déchiquetant mes mamelons comme jamais auparavant je n'avais senti la pleine exubérance de l'amour sans retour —, Manú, collée aux hanches de Gerry, ne se contrôlant plus, lâche un maintnow retentissant qui nous fait tous crouler au plancher, comme des êtres nus devant un projecteur cinéma.
Un corridor, large de neuf longueurs de lance, mène à une porte. PC et Manú l'ouvrent. Ce semble routinier, ce n'est pas la première fois qu'ils initient de la sorte de purs étrangers, voire des amants passagers. Diane, extraite de Steamin' with the Miles Davis Quintet, résonne partout dans ce couloir. Une ambiance propice au vice se crée tranquillement, portée doucement sur le flot trompettesque de l'instrument du grand Miles lui-même. Le leitmotiv se répète incessamment, immédiatement dans cette atmosphère de fête champêtre exagérément alcoolisée. Gerry et moi avons suivi les deux gourous de la soirée, innocemment, sans trop faire attention aux burlesques détails (le projecteur de cinéma, les quatre fauteuils).
Prise deux. La porte refermée derrière nous, nous attendons que le show commence.
«The ceremony is about to begin», s'esclaffe PC d'un puissant cri primal, primitif, intuitif, avec conviction. «Avant de nous laisser aller à l'extase la plus sublime, écoutez le grand oracle déclamer un de ses plus beaux chants d'amour». D'une seule voix, Manú et PC déclament :
Jamais nuit ne fut plus mémorable.
LivEvil2K, work-in-progress
© 1996 - 2007 LeRoy K May
Copyleft LeRoy K. May
PC, on laisse tomber la formalité du Mr. après deux Glenfiddish, trois rousses, une noire, deux brunes, pas de blonde; les blondes, c'est pour les mâles dont la peur de l'infériorité intellectuelle est incommensurable. Bref, PC glisse Steamin' de Miles Davis dans le lecteur de DC, et fait propulser des haut-parleurs une de ces balades qui me rendent mélancolique, qui me font envier tous ces gens qui ont vu, entendu, ressenti la puissance du Miles Davis Quartet live. Something I Dreamed Last Night. Bill Evans solo si bien, personne ne parle, tout le monde écoute ce virtuose des touches noires et blanches. On se laisse emporter par ce flot de délicatesse mortuaire qui fait de nous de vulgaires mortels, tandis que cette musique coule éternellement dans nos oreilles et atteint les sens les plus cachés de chacun.
À mesure que Gerry claque des doigts, Manú s'excite et, tranquillement, se dévêt, arborant maintenant son plus simple apparat, lequel j'admire béatement depuis environ cinq minutes. Une transe s'empare de Manú qui, dansant telle une tulipe sous une averse de torrentielle pluie, provoque un déhanchement collectif, une tribale valse désarticulée où tous nos membres, désaxés, se meuvent en toute place, occupant tout l'espace oxygéné de ce loft du fin fond de l'Alberta. Gerry gémit au plus grand plaisir de PC, lequel grogne en ma direction; je masturbe habilement Manú qui, extasiée, se laisse aller au délire le plus total. La pudeur en prend pour son rhume.
Avant de s'euphoriser dans le plaisir charnel qui consiste à se fondre l'un dans l'autre dans l'autre dans l'autre - PC fait tournoyer un chapeau de cow-boy qu'il fait virevolter à proximité de mes seins; je m'éclipse dans le cerceau de la perversité outrancière, l'orgasme à la portée de la main; Gerry empoigne sauvagement ma poitrine, déchiquetant mes mamelons comme jamais auparavant je n'avais senti la pleine exubérance de l'amour sans retour —, Manú, collée aux hanches de Gerry, ne se contrôlant plus, lâche un maintnow retentissant qui nous fait tous crouler au plancher, comme des êtres nus devant un projecteur cinéma.
Un corridor, large de neuf longueurs de lance, mène à une porte. PC et Manú l'ouvrent. Ce semble routinier, ce n'est pas la première fois qu'ils initient de la sorte de purs étrangers, voire des amants passagers. Diane, extraite de Steamin' with the Miles Davis Quintet, résonne partout dans ce couloir. Une ambiance propice au vice se crée tranquillement, portée doucement sur le flot trompettesque de l'instrument du grand Miles lui-même. Le leitmotiv se répète incessamment, immédiatement dans cette atmosphère de fête champêtre exagérément alcoolisée. Gerry et moi avons suivi les deux gourous de la soirée, innocemment, sans trop faire attention aux burlesques détails (le projecteur de cinéma, les quatre fauteuils).
Prise deux. La porte refermée derrière nous, nous attendons que le show commence.
«The ceremony is about to begin», s'esclaffe PC d'un puissant cri primal, primitif, intuitif, avec conviction. «Avant de nous laisser aller à l'extase la plus sublime, écoutez le grand oracle déclamer un de ses plus beaux chants d'amour». D'une seule voix, Manú et PC déclament :
Le cerveau défoncé, grugé par la faim, les munchies, CMR s'apprête à commander le mets tant réclamé par son estomac, une pizza. Au carrefour des rues Côte-des-Neiges et St-Kevin se situe le célèbre Pizza 2=1. à l'achat d'une small all dress, il en obtient gratuitement une seconde, tout cela pour 9,99 $. De plus, le charmant propriétaire lui donne deux boissons gazeuses, en l'occurrence deux Coke. Le commerce, à moitié vide, se compose d'une clientèle disparate : un gros Italien, la bouche emplie de fumée du mauriène, une barbie aux talons haut douteux, à la conversation niaise, et un jeune Mexicain, Pepsi en main.
Le tenancier l'interpelle :
— Salut mon ami, qu'est-ce que j'peux faire pour toi?
— Deux small all dress, man.
Affamé. Vingt-trois heures 20. Son chum l'attend depuis déjà vingt minutes. Peut-être seriez-vous tenté de lui dire : «C'est pas grave, relaxe man». Mais non, à ce moment précis, la situation, critique, l'exaspère. La radio, branchée sur la radio énergie, tonne un rythme agressant, aliénant par sa monotonie répétitive : This is how we do it, boom, boo-boom-boom-boom, boom, this is how we do it baby. Le goût de hurler shut the fuck up! lui prend soudain. Mais, bienséance oblige, il s'abstient de déranger les clients de l'établissement.
Doit-il se rabaisser, les oreilles désorbitées, à laisser régner en tyran ces monopolisateurs des ondes? Dépassé par la nouvelle génération? Trop vieux? Sénile? Il n'en croit rien. Les goûts et les couleurs se discutent. Tous les goûts se trouvent dans la nature, dites-vous. Certaines gens, dénaturées, bêlent sans cesse, répètent toutes en choeur, y'a pas d'job, man. Malheureusement, le Big Boss Man, que vous appelez Temps, s'impose.
Souhaite-t-il vraiment discuter avec cette rapace à moustache adolescente, à talons aiguilles ridicules, à l'haleine épicée? Préjugés raciaux? Non, vous lisez mal l'énoncé. Plutôt, il traite du développement de l'être humain, voilà tout. Sage, CMR ne déverse pas sa logorrhée verbale, ne se risque pas en ce territoire de pédagogue, voire d'enseignant, lorsque son adversaire se trouve acculé au mur, désarmé. Au fin fond de lui, il se contrefout du tact. Mais, vu l'heure tardive, il oubliera, pour ce soir, l'élaboration de sa philosophie à propos du genre humain et de ses sous-genres.
Ici, il tente d'exprimer que ses pizzas tardent à cuire, qu'il est pressé, stressé, oui oui. Tout à fait d'accord, son amoureux, le seul affecté, affection de son monde, l'attend il désire le rejoindre le plus pressément possible, gloutonner avec lui, ne pas le décevoir une fois de plus.
En tant qu'ex-cleptomane, il vérifie le système d'alarme, les caméras : absence.
Le téléphone sonne. Le propriétaire se précipite, telle une balle de calibre 12, au secours de l'alarme téléphonique. Un jeune Arabe, dans la vingtaine, s'introduit dans la pizzeria. Un serveur se lance à sa rescousse culinaire, gastrique. Le jeune Arabe (nous l'appellerons Amir) commande une pointe all dress ou végétarienne, il s'en balance. Leur langue de communication empêche notre héros de comprendre ce qu'ils disent : ils rient, ils s'amusent. Et pendant tout ce temps, les pizzas de notre risque-tout ne fricotent pas. L'impatience atteint son comble rapidement. Après cinq longues minutes, le propriétaire lui fait ses excuses : un interurbain d'Arabie Saoudite.
Essayant de l'émouvoir de son fendant sourire, le hardi CMR lui demande s'il peut emprunter son téléphone, question d'appeler son chum. Il lui répond que oui. Alors que le téméraire s'apprête à traverser l'inconnu, à se mêler aux cuisiniers, un flash surgit dans l'esprit de ce surhomme : «Yé malade! R'garde moé l'allure! Un coat de cuir brun, long jusqu'aux genoux, une casquette par-dessus 'es yeux, un chandail de Woodstock qui pue la bière, la cigarette, le pot, c'est quoi son crisse de problème!», se dit-il intérieurement.
Visionne-t-il trop de films américains? Le drapeau bleu blanc rouge bordé d'étoiles serait-il tatoué sur son coeur? Le mythe du tueur en série, médiatisé à outrance, dépasserait-il sa fiction?
Comme à son habitude, il ne pense pas, il agit. Le canon de son douze brûle sous mon manteau. Il sent les balles, impatientes, destructrices. Il imagine l'air désemparé de ces pauvres immigrants, leur gagne-pain détruit par un désaxé, un famélique insatisfait, perturbé par l'espace-temps, coincé entre les identités québécoise et américaine, assoiffé de sang comme un chacal en plein désert. Il téléphone à Paul.
— Salut Ti-Paul, ça va.
— Ah oui, quand est-ce que t'arrives?
— Dans cinq minutes, les pizzas s'en viennent, ciao.
— J't'aime.
— Moé 'si j't'aime, mon ourson en p'luche rose.
Son pizzaman préféré lui sourit, tout va bien, quelle belle vie! semble-t-il dire de ses astronomiques armillaires, subjuguant ses moqueurs de yeux. Les lèvres de notre colosse casse-cou esquissent un léger tremblement puis, retirant son pardessus, il découvre son «cauchemarme». Une ribambelle de paroles, qu'il ne comprend pas, déferlent en sa direction. Des yeux apeurés prient son regard.
The Antichrist is in the house.
Les clients, le serveur se cachent sous les tables, derrière le comptoir. Il prend ses pizzas, enfin cuites, ses deux Coke, laisse l'argent dans le tiroir-caisse, croyiez-vous vraiment que cela l'intéresse? Il tire sur le propriétaire, droit au coeur. Et vous de lui dire : «Chill out man! The way I see it, change le poste d'la radio, ça va t'changer 'es idées». Suivant votre conseil, il syntonise le poste le plus à gauche : Will I live tomorrow, well I just can't say, but I know for sure, I don't live today.»
Jamais nuit ne fut plus mémorable.
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28.1.07
Poetrik July 4th
Suite au commentaire de Jo Ann, voici Poetrik July 4th, hymne à nos amis du Sud, agrémenté d'une illustration du Soul Brother Number One, Mivil :
Ho Ho Ho say can you see
That I yawn in light
Of all the crap you lay abroad, gleaming
Like those broad stripes you hail so proudly
So stupidly
Budweiser is the King of Beers
And GWB the Queen of Queers
The perilous fight will be perilous
Lapalissade
Copy the bombs bursting into thin air
Which gave proof through the night
That America is copywrong
Where are the Braves when night falls on Mississippi?
O'er the land of the free the weak drink Coors Light
While Afrika AIDS you
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Illustration : Skies of America, © Mivil
Ho Ho Ho say can you seeThat I yawn in light
Of all the crap you lay abroad, gleaming
Like those broad stripes you hail so proudly
So stupidly
Budweiser is the King of Beers
And GWB the Queen of Queers
The perilous fight will be perilous
Lapalissade
Copy the bombs bursting into thin air
Which gave proof through the night
That America is copywrong
Where are the Braves when night falls on Mississippi?
O'er the land of the free the weak drink Coors Light
While Afrika AIDS you
© 2001 LeRoy K May
Copyleft LeRoy K. May
Illustration : Skies of America, © Mivil
25.1.07
LivEvil2K — Aube, prise VII
KLM II : Journal de Morris
Nous avions tout prévu, de la musique qui nous guiderait jusqu'en Outaouais aux rafraîchissements que nous descendrions à vive allure, tout comme ce seize chevaux fulgurant, décapotable et capoté comme nous. Noir et violet comme il se doit, notre véhicule roulerait, violant toutes les lois possibles et imaginables, pour mettre du piquant à notre escapade inespérée, inattendue.
Je me glissai dans les corridors de l'HGL, telle une couleuvre sur la plage attendant patiemment que les bébés tortues échouent dans sa gueule. Le sarrau blanc me servant de déguisement masquait bien l'acte illégal que j'allais commettre. Je croisai l'infirmière de garde et lui demandai poliment de m'indiquer la salle de bains, prétextant une urgente envie de libérer ma vessie. Alors qu'elle pointa vers une direction X, j'appliquai un mouchoir imbibé de formol sur sa bouche et, comme elle se débattait frénétiquement, je lui assenai un coup de crosse de 12 derrière la tête, facilitant illico ma tâche frauduleuse. Tel qu'annoncé, la marre rouge gluée à l'arrière de sa tête la rendait effectivement plus belle.
Après l'avoir dûment sodomisée, nécromancien illuminé par saturne que j'étais, j'enfilai son uniforme puis, je la laissai pour morte dans un bac à linge souillé. J'en profitai pour me chapeauter d'une perruque blonde, remplit de serviettes le soutien-gorge que j'avais emprunté à Gwendolyne, maquillai mes yeux et ma bouche, et pressai le pas vers la chambre 201.
Alors que j'allais pénétrer dans ladite chambre, je croisai la nymphomane sexagénaire, insomniaque, et lui adressai la parole en ces termes : «Que faites-vous debout à cette heure si tardive?» Contente que je m'intéresse à elle, elle me répondit qu'elle attendait que le concierge de nuit passe par ce corridor pour lui suggérer une fellation digne de mention. J'échappai un rire étouffé et m'infiltrai dans la chambre de Karl.
Le septuagénaire cancéreux ronflait à poings fermés, ce qui facilitait mon ouvrage. Karl, assoupi, avait rangé ses affaires dans un sac (comment avait-il fait?) et je n'eus qu'à lui tapoter l'épaule pour que ses yeux s'illuminent. Rassuré par l'état de Karl, je me précipitai dans une pièce où j'avais entrevu quelques civières vacantes, chose rare dans les hôpitaux québécois.
Alors que je faisais le chemin inverse, le gardien de nuit m'interpella : «Hey! Où tu t'en vas?» Je lui répondis nonchalamment qu'un client devait être transféré d'urgence à la salle d'opération, qu'une trachéotomie était nécessaire. Ses yeux s'écarquillèrent, mais il ne répliqua rien.
Karl semblait nerveux, il avait hâte d'être libéré du joug hospitalier. Je l'installai malaisément sur la civière, engendrant un bruit sourd qui nous effraya. Mais personne ne réagit, aucune alarme ne sonna, et nous en fûmes rapidement rassurés jusqu'à ce que la sexagénaire, interloquée, me demande : «Où amenez-vous ce viril?» –– «Je m'en vais lui faire une pipe, c'est urgent.» Elle trouva mon argument fort raisonnable et nous poursuivîmes notre périple sans peine. Ne restait plus qu'à franchir l'infranchissable, soit la dernière porte menant à l'exode.
Arrivés devant le poste du gardien de nuit, il m'interrogea de nouveau : «Ton patient, y'é pas s'posé être sur une table d'opération?» Je répondis que oui, mais que le chirurgien n'était pas présent et que je prenais le client sous ma responsabilité. Il rétorqua que j'avais besoin d'une autorisation spéciale, signée par ledit chirurgien, laquelle je n'avais évidemment pas.
C'est alors que le temps sembla ralentir, que j'entendis des paroles quasi inaudibles, qu'une lourde décharge se fit entendre et que, malgré moi, Karl et moi nous sommes retrouvés dans le bolide fulgurant, esquivant les chauffeurs du dimanche sur la 20 ouest.
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Nous avions tout prévu, de la musique qui nous guiderait jusqu'en Outaouais aux rafraîchissements que nous descendrions à vive allure, tout comme ce seize chevaux fulgurant, décapotable et capoté comme nous. Noir et violet comme il se doit, notre véhicule roulerait, violant toutes les lois possibles et imaginables, pour mettre du piquant à notre escapade inespérée, inattendue.
Je me glissai dans les corridors de l'HGL, telle une couleuvre sur la plage attendant patiemment que les bébés tortues échouent dans sa gueule. Le sarrau blanc me servant de déguisement masquait bien l'acte illégal que j'allais commettre. Je croisai l'infirmière de garde et lui demandai poliment de m'indiquer la salle de bains, prétextant une urgente envie de libérer ma vessie. Alors qu'elle pointa vers une direction X, j'appliquai un mouchoir imbibé de formol sur sa bouche et, comme elle se débattait frénétiquement, je lui assenai un coup de crosse de 12 derrière la tête, facilitant illico ma tâche frauduleuse. Tel qu'annoncé, la marre rouge gluée à l'arrière de sa tête la rendait effectivement plus belle.
Après l'avoir dûment sodomisée, nécromancien illuminé par saturne que j'étais, j'enfilai son uniforme puis, je la laissai pour morte dans un bac à linge souillé. J'en profitai pour me chapeauter d'une perruque blonde, remplit de serviettes le soutien-gorge que j'avais emprunté à Gwendolyne, maquillai mes yeux et ma bouche, et pressai le pas vers la chambre 201.
Alors que j'allais pénétrer dans ladite chambre, je croisai la nymphomane sexagénaire, insomniaque, et lui adressai la parole en ces termes : «Que faites-vous debout à cette heure si tardive?» Contente que je m'intéresse à elle, elle me répondit qu'elle attendait que le concierge de nuit passe par ce corridor pour lui suggérer une fellation digne de mention. J'échappai un rire étouffé et m'infiltrai dans la chambre de Karl.
Le septuagénaire cancéreux ronflait à poings fermés, ce qui facilitait mon ouvrage. Karl, assoupi, avait rangé ses affaires dans un sac (comment avait-il fait?) et je n'eus qu'à lui tapoter l'épaule pour que ses yeux s'illuminent. Rassuré par l'état de Karl, je me précipitai dans une pièce où j'avais entrevu quelques civières vacantes, chose rare dans les hôpitaux québécois.
Alors que je faisais le chemin inverse, le gardien de nuit m'interpella : «Hey! Où tu t'en vas?» Je lui répondis nonchalamment qu'un client devait être transféré d'urgence à la salle d'opération, qu'une trachéotomie était nécessaire. Ses yeux s'écarquillèrent, mais il ne répliqua rien.
Karl semblait nerveux, il avait hâte d'être libéré du joug hospitalier. Je l'installai malaisément sur la civière, engendrant un bruit sourd qui nous effraya. Mais personne ne réagit, aucune alarme ne sonna, et nous en fûmes rapidement rassurés jusqu'à ce que la sexagénaire, interloquée, me demande : «Où amenez-vous ce viril?» –– «Je m'en vais lui faire une pipe, c'est urgent.» Elle trouva mon argument fort raisonnable et nous poursuivîmes notre périple sans peine. Ne restait plus qu'à franchir l'infranchissable, soit la dernière porte menant à l'exode.
Arrivés devant le poste du gardien de nuit, il m'interrogea de nouveau : «Ton patient, y'é pas s'posé être sur une table d'opération?» Je répondis que oui, mais que le chirurgien n'était pas présent et que je prenais le client sous ma responsabilité. Il rétorqua que j'avais besoin d'une autorisation spéciale, signée par ledit chirurgien, laquelle je n'avais évidemment pas.
C'est alors que le temps sembla ralentir, que j'entendis des paroles quasi inaudibles, qu'une lourde décharge se fit entendre et que, malgré moi, Karl et moi nous sommes retrouvés dans le bolide fulgurant, esquivant les chauffeurs du dimanche sur la 20 ouest.
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21.1.07
LivEvil2K — Aube, prise VI
Rencontre avec Mariá. Journal de Maïté II
Je me préparais tranquillement à ma soirée avec Gerry. Je voulais lui en mettre plein la vue, car Avicennes sait si je le désirais depuis longtemps : sa moustache me faisait trépigner d'impatience dans l'attente de ses baisers doux, vifs et circoncis, son torse musclé me faisait fantasmer depuis notre dernière baise, sans parler de ses cuisses de tennisman gonflées à bloc par les stéroïdes. Pour un scribe, Dame Nature l'avait foutrement bien modelé!
Pour l'occase, j'avais parcouru les boutiques du Marais, les galeries Lafayette (en vain); je m'étais arrêtée dans le 6e arrondissement au Garage, où j'avais trouvé quelques chemisiers sexy épousant mes formes et courbes comme si elles m'eussent été prédestinées. Au Miss China, dans le 2e, je m'étais extasiée devant quelques tenues aux allures asiatiques jusqu'à ce que j'arrête mon choix sur quelque pantalon noir s'arrêtant au genou, la chaînette à la cheville que je porte rarement faisant office de dernier obstacle au dénudement que j'anticipais déjà si tôt dans l'après-midi...
Pour ne pas rater ma chance, je m'étais donnée une journée complète de shopping : mes culottes, usées par de trop nombreuses nuits torrides, prirent un aller simple vers la poubelle; mes bas ne méritaient plus d'être appelés ainsi depuis belle lurette. C'est alors que je pris le parti de participer pleinement au monde de la consommation. Je m'épris d'une boutique de lingerie fine où je me soulageai de quelques milliers de balles. Il me restait à trouver un salon de coiffure abordable et une paire de chaussures.
Mes cheveux effilochés n'avaient plus de volume; ma repousse, affreuse, me donnait un air de catin, que les dégradés de blond et de brun rendaient risibles : «On te dirait sortie des années 80!», me dis-je en riant jaune.
Trouver un salon de coiffure abordable, sympathique et efficace n'est pas chose facile dans la Ville des Lumières. Ici, où tout semble artifice et façade, on est loin du laisser-aller et de la bonhomie du nouveau continent. Mais avec force volonté, je dénichai une perle du côté de la Gare de l'Est. Une jeune Marocaine dans la vingtaine, aux yeux pers et aux lèvres charnues que quelques anneaux ornaient, m'accueillit comme si j'eus été sa cousine perdue de vue depuis 10 ans : «Bonjour mademoiselle!», me lança-t-elle, joviale. Je fus surprise d'un tel accueil, car mon allure déglinguée ne sollicitait pas tant d'empathie, surtout dans une ville aussi guindée que Paris. Cela dit, le quartier de la Gare de l'Est n'est pas le plus huppé des arrondissements parisiens.
Telle une cliente chez un psy, je lui racontai mon histoire, mes dépenses folles, ma rencontre tant attendue avec Gerry, etc. : les coiffeuses, bien qu'elles ne soient pas titulaires d'un diplôme en psychiatrie, font souvent office de thérapeute, d'où le pourboire généreux que je comptais lui laisser. «Je sais exactement ce qu'il vous faut. Une coupe courte, dégradée en arrière. La physionomie de votre visage s'y prête à merveille. Montrez-moi vos chemisiers.» J'obéis docilement, stupéfaite devant son enthousiasme exagéré. «Je vais teindre vos cheveux noir jais, y glisser quelques mèches bleu foncé, et votre Gerry ne saura vous résister.»
Je ne savais pas comment réagir. Je me confondais en mille remerciements désespérés. J'allai même jusqu'à lui dire : «Merci docteur!» Elle continuait son discours sans relever mes remarques : «Si vous le voulez bien, je passerai chez vous ce soir et vous maquillerai subtilement, pour mettre vos traits en relief. Vous verrez, vous serez à croquer!» Ébaubie, je souris timidement, signifiant mon accord.
Lorsqu'elle cogna à la porte de ma chambre d'hôtel (la 101), je venais à peine d'ajuster mon porte-jarretelles. Je me promenais seins nus, admirant ma silhouette que je ne reconnaissais pas grâce aux coups de ciseaux magiques de cette fabuleuse Marocaine. J'ouvris en attachant malhabilement mon chemisier, laissant poindre le souti de dentelle pourpre que je m'étais procuré plus tôt dans l'après-midi...
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Je me préparais tranquillement à ma soirée avec Gerry. Je voulais lui en mettre plein la vue, car Avicennes sait si je le désirais depuis longtemps : sa moustache me faisait trépigner d'impatience dans l'attente de ses baisers doux, vifs et circoncis, son torse musclé me faisait fantasmer depuis notre dernière baise, sans parler de ses cuisses de tennisman gonflées à bloc par les stéroïdes. Pour un scribe, Dame Nature l'avait foutrement bien modelé!
Pour l'occase, j'avais parcouru les boutiques du Marais, les galeries Lafayette (en vain); je m'étais arrêtée dans le 6e arrondissement au Garage, où j'avais trouvé quelques chemisiers sexy épousant mes formes et courbes comme si elles m'eussent été prédestinées. Au Miss China, dans le 2e, je m'étais extasiée devant quelques tenues aux allures asiatiques jusqu'à ce que j'arrête mon choix sur quelque pantalon noir s'arrêtant au genou, la chaînette à la cheville que je porte rarement faisant office de dernier obstacle au dénudement que j'anticipais déjà si tôt dans l'après-midi...
Pour ne pas rater ma chance, je m'étais donnée une journée complète de shopping : mes culottes, usées par de trop nombreuses nuits torrides, prirent un aller simple vers la poubelle; mes bas ne méritaient plus d'être appelés ainsi depuis belle lurette. C'est alors que je pris le parti de participer pleinement au monde de la consommation. Je m'épris d'une boutique de lingerie fine où je me soulageai de quelques milliers de balles. Il me restait à trouver un salon de coiffure abordable et une paire de chaussures.
Mes cheveux effilochés n'avaient plus de volume; ma repousse, affreuse, me donnait un air de catin, que les dégradés de blond et de brun rendaient risibles : «On te dirait sortie des années 80!», me dis-je en riant jaune.
Trouver un salon de coiffure abordable, sympathique et efficace n'est pas chose facile dans la Ville des Lumières. Ici, où tout semble artifice et façade, on est loin du laisser-aller et de la bonhomie du nouveau continent. Mais avec force volonté, je dénichai une perle du côté de la Gare de l'Est. Une jeune Marocaine dans la vingtaine, aux yeux pers et aux lèvres charnues que quelques anneaux ornaient, m'accueillit comme si j'eus été sa cousine perdue de vue depuis 10 ans : «Bonjour mademoiselle!», me lança-t-elle, joviale. Je fus surprise d'un tel accueil, car mon allure déglinguée ne sollicitait pas tant d'empathie, surtout dans une ville aussi guindée que Paris. Cela dit, le quartier de la Gare de l'Est n'est pas le plus huppé des arrondissements parisiens.
Telle une cliente chez un psy, je lui racontai mon histoire, mes dépenses folles, ma rencontre tant attendue avec Gerry, etc. : les coiffeuses, bien qu'elles ne soient pas titulaires d'un diplôme en psychiatrie, font souvent office de thérapeute, d'où le pourboire généreux que je comptais lui laisser. «Je sais exactement ce qu'il vous faut. Une coupe courte, dégradée en arrière. La physionomie de votre visage s'y prête à merveille. Montrez-moi vos chemisiers.» J'obéis docilement, stupéfaite devant son enthousiasme exagéré. «Je vais teindre vos cheveux noir jais, y glisser quelques mèches bleu foncé, et votre Gerry ne saura vous résister.»
Je ne savais pas comment réagir. Je me confondais en mille remerciements désespérés. J'allai même jusqu'à lui dire : «Merci docteur!» Elle continuait son discours sans relever mes remarques : «Si vous le voulez bien, je passerai chez vous ce soir et vous maquillerai subtilement, pour mettre vos traits en relief. Vous verrez, vous serez à croquer!» Ébaubie, je souris timidement, signifiant mon accord.
Lorsqu'elle cogna à la porte de ma chambre d'hôtel (la 101), je venais à peine d'ajuster mon porte-jarretelles. Je me promenais seins nus, admirant ma silhouette que je ne reconnaissais pas grâce aux coups de ciseaux magiques de cette fabuleuse Marocaine. J'ouvris en attachant malhabilement mon chemisier, laissant poindre le souti de dentelle pourpre que je m'étais procuré plus tôt dans l'après-midi...
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19.1.07
LivEvil2K — Aube, prise V
Escape From HGL : Journal de Morris
Mais hélas, tout n'est pas de bleu. Revenons à nos moutons...
La chambre 201 du Centre Hospitalier Aquatique (car, comme on le sait, il est très à la mode de renommer les hôpitaux et de rafraîchir leur pseudonyme pour les ajuster au goût de l'heure...) respire autant la mort malgré ce léger changement de toponymie. Précise-t-il vraiment la nature et les fonctions dudit établissement? Sert-il plutôt à employer quelque illuminé se donnant pour mission la renomenclature systématique des asiles modernes? Nous nous égarons de nouveau...
K, de par le tube qui lui sort du nez, respire mal aisément (...) et cherche son air, comme on dit. Pourtant, l'envie me tracasse et tenaille mes tripes lorsque je le vois déchéer ainsi, accroché presque artificiellement à la vie comme on se pique pour tout laisser aller pour le meilleur et pour le pire, l'envie de le libérer du joug érigé en Vert, celle de rompre avec la passivité et d'entrer dans l'action, maintnow, pour que des remords ne contraignent jamais ma conscience; l'envie de passer un après-midi chaud et venteux sur la plage à boire par grandes vagues des Rhum & Coke et à fumer des Dunhill inexpressément; à nous élever plus haut que l'âme humaine et nous laisser dériver à même la mer si proche et si vive où s'écrase la boule de feu qui cède le pas nuitamment à notre satellite.
Je ne manque pas d'imagination lorsqu'il s'agit d'inventer des scénarios d'évasion dignes des plus populaires et insipides navets de Hollywood. Mais je cherche toujours le moment parfait pour exécuter cet acte malgré moi illégal. Qui connaît mieux K? Cette bande de médecins de 22 ans ou son ami, fidèle comme un chien sans médaille? Cette question rhétorique m'incite à passer à l'action, si K le veut bien, car lorsqu'on s'échappe d'un hôpital dit psychiatrique...
L'imagination déborde aussi concernant la procrastination, cette lâche et vile façon de tout délayer, de remettre à demain ce qui est dû depuis trop longtemps... évidemment, nous ne pouvons parler à voix haute de notre dessein, puisque dans ces refuges où cohabitent maniaques et gens bien ordinaires survivent toujours les plaisirs de la médisance et du qu'en-dira-t-on. Malgré l'aspect fort près de la mort de ces compagnons de galère involontaires, certains d'entre eux gardent l'oreille vive et l'oeil rapide : la délation, faut-il croire, en attire encore...
Le fantomatique K, croyez-en mon diagnostique, n'a ni la force ni le désir immédiat de quitter son plus récent « appartement », car la drogue finit par avoir son homme, tous les hommes. Certains la fument, d'autres la boivent, mais les plus chanceux la dévêtent... Je puise en moi l'énergie nécessaire pour insinuer le plus clairement et subtilement possible à K que ce soir, nous nous enfuirons de tout, surtout de la morphine, nous nous éloignerons du monde pour vivre dans le Nôtre, hors de toute atteinte et visiblement plus sain que cette porcherie belle comme une ambulance dans un supermarché.
Voici comment je procéderai : je volerai une tenue d'infirmier après avoir doucement battu une stagiaire, pour la rendre plus belle; j'emprunterai une civière et y déposerai K, comateux averti valant bien un ministre; l'électricité mourra par ma faute et nous nous évaderons doucement de LaSalle-sur-le-fleuve rejoindre la rivière de notre enfance.
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© 1996 - 2007 LeRoy K May
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Mais hélas, tout n'est pas de bleu. Revenons à nos moutons...
La chambre 201 du Centre Hospitalier Aquatique (car, comme on le sait, il est très à la mode de renommer les hôpitaux et de rafraîchir leur pseudonyme pour les ajuster au goût de l'heure...) respire autant la mort malgré ce léger changement de toponymie. Précise-t-il vraiment la nature et les fonctions dudit établissement? Sert-il plutôt à employer quelque illuminé se donnant pour mission la renomenclature systématique des asiles modernes? Nous nous égarons de nouveau...
K, de par le tube qui lui sort du nez, respire mal aisément (...) et cherche son air, comme on dit. Pourtant, l'envie me tracasse et tenaille mes tripes lorsque je le vois déchéer ainsi, accroché presque artificiellement à la vie comme on se pique pour tout laisser aller pour le meilleur et pour le pire, l'envie de le libérer du joug érigé en Vert, celle de rompre avec la passivité et d'entrer dans l'action, maintnow, pour que des remords ne contraignent jamais ma conscience; l'envie de passer un après-midi chaud et venteux sur la plage à boire par grandes vagues des Rhum & Coke et à fumer des Dunhill inexpressément; à nous élever plus haut que l'âme humaine et nous laisser dériver à même la mer si proche et si vive où s'écrase la boule de feu qui cède le pas nuitamment à notre satellite.
Je ne manque pas d'imagination lorsqu'il s'agit d'inventer des scénarios d'évasion dignes des plus populaires et insipides navets de Hollywood. Mais je cherche toujours le moment parfait pour exécuter cet acte malgré moi illégal. Qui connaît mieux K? Cette bande de médecins de 22 ans ou son ami, fidèle comme un chien sans médaille? Cette question rhétorique m'incite à passer à l'action, si K le veut bien, car lorsqu'on s'échappe d'un hôpital dit psychiatrique...
L'imagination déborde aussi concernant la procrastination, cette lâche et vile façon de tout délayer, de remettre à demain ce qui est dû depuis trop longtemps... évidemment, nous ne pouvons parler à voix haute de notre dessein, puisque dans ces refuges où cohabitent maniaques et gens bien ordinaires survivent toujours les plaisirs de la médisance et du qu'en-dira-t-on. Malgré l'aspect fort près de la mort de ces compagnons de galère involontaires, certains d'entre eux gardent l'oreille vive et l'oeil rapide : la délation, faut-il croire, en attire encore...
Le fantomatique K, croyez-en mon diagnostique, n'a ni la force ni le désir immédiat de quitter son plus récent « appartement », car la drogue finit par avoir son homme, tous les hommes. Certains la fument, d'autres la boivent, mais les plus chanceux la dévêtent... Je puise en moi l'énergie nécessaire pour insinuer le plus clairement et subtilement possible à K que ce soir, nous nous enfuirons de tout, surtout de la morphine, nous nous éloignerons du monde pour vivre dans le Nôtre, hors de toute atteinte et visiblement plus sain que cette porcherie belle comme une ambulance dans un supermarché.
Voici comment je procéderai : je volerai une tenue d'infirmier après avoir doucement battu une stagiaire, pour la rendre plus belle; j'emprunterai une civière et y déposerai K, comateux averti valant bien un ministre; l'électricité mourra par ma faute et nous nous évaderons doucement de LaSalle-sur-le-fleuve rejoindre la rivière de notre enfance.
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17.1.07
LivEvil2K — Aube, prise III
KLM : Journal de MorrisLa chambre 201 de l’Hôpital des Grands Lacs (ou HGL) abrite K, comateux révolté. Il ressasse nombre d’images, tant autobiographiques que fictives, qui revivent dans sa mémoire disjonctée par la drogue : la morphine, etc. Les souvenirs et fantasmes se mêlent sans que K ne sache différencier le vrai du faux. Mais je ne saurais me laisser berner par ce vieil ami qui, sur son lit de mort, s’attaque à sa mémoire comme on viole l’intimité d’un jeune homme se masturbant à la chandelle.
Cette chambre semi-privée respire la mort, bien entendu. Vous n’avez qu’à vous rappeler vos nombreuses visites hospitalières pour comprendre que le vert hôpital ne sied nullement au rétablissement des chroniques désabusés. Les fleurs en plastique n’inspirent guère autre chose qu’un mépris pour la nature, qui nous a mal foutus, après tout. Car, comment expliquer que K, idéaliste et aventurier s’il en fut, qui a fait le tour de l’expérience que l’on nomme vie, à l’affût de découvertes et de science, ait comme dernier compère de galère un septuagénaire dégoûtant crevant du cancer?
Ce co-loque, contrairement aux aînés dont la mémoire éveille nos plus jeunes bonheurs, ne fait que s’enliser dans le climat déjà sordide de la chambre 201 : il pue la merde, sacre à tout bout de champ, se mouche dans ses draps et râle comme un loup quadraplégique. Heureusement, un grand rideau blanc sépare K de cet être dégueulasse, qui me fait envier les odeurs de bouffe thaïlandaise qui émanent des murs de mon 4½ sur Marie-Anne.
Un autre drôle se promène dans le corridor au volant de sa chaise électrique. Il klaxonne arbitrairement, évite des passants fictifs et brûle les feux rouges de sa délirante folie. Tout dépeigné, comme c’est la mode dans les grands hôpitaux du monde, il s’assure que le coulis de bave qui arpente son menton dégouline jusque par terre pour que les employés à temps partiel ne se plaignent pas d’un manque de travail (le syndicat froncerait des sourcils...). Puis une infirmière toute de vert vêtue (obviously) s’écrie Monsieur Hurtubise! Retournez dans votre chambre. Vous dérangez les visiteurs, inconsciente de l’état d’esprit absent de sieur Hurtubise, qui nage dans sa salive depuis huit heures et demie. On se demande même s’il comprend ce qu’il voit, ou encore où il est, tellement son regard apeuré nous fait penser aux yeux terrifiés d’un orignal sur la 117, une Camaro de l’année s’apprêtant à le happer.
Puis il y a la coquette qui cruise tout ce qui bouge dans son peignoir rose grand ouvert, évoquant le temps des cerises et son roman préféré : Histoire d’O, duquel elle déclame les passages les plus représentatifs selon son expérience qu’elle dit «personnelle» :
Désormais, huit jours durant, entre la tombée du jour où finissait son service dans la bibliothèque et l’heure de la nuit, huit heures ou dix heures généralement, où on l’y ramenait –– quand on l’y ramenait –– enchaînée et nue sous sa cape rouge, O porta fixée au centre de ses reins par trois chaînettes tendues à une ceinture de cuir autour de ses hanches, de façon que le mouvement intérieur de ses muscles ne la pût repousser, une tige d’ébonite faite à l’imitation d’un sexe dressé. Une chaînette suivait le sillon des reins, les deux autres le pli des cuisses de part et d’autre du triangle du ventre, afin de ne pas empêcher qu’on y pénétrât au besoin.
À maintes reprises l’a-t-on vue sur le bord de l’orgasme, se frottant sur le rebord d’une fenêtre et riant d’un apocalyptique crie sonore, lorsqu’on la prenait en flagrant délit de jouissance. Elle s’en était prise au plus viril de ses co-loques, maniant la verge avec une dextérité peu commune pour une dame de soixante-quatre ans.
Parmi cette horde de fous, K ne pouvait cacher longuement le rictus qu’il affichait : il savait très bien que son tour viendrait, qu’il en prendrait pour son rhume et que lui aussi deviendrait la risée de ses plus jeunes co-loques et clients (eh oui ! nous ne sommes plus que des «clients»...) de l’HGL; mais, pour l’instant, il avait le beau jeu : une Royal Flush et les manches pleines d’as.
Comment K pouvait-il guérir de sa terrible maladie parmi cette dite horde de fous? Quotidiennement, je me posais cette question et tentais vainement d’y répondre. J’aurais pu m’infiltrer à des heures plus que matinales dans l’HGL, et le délivrer de cet antre de perdition; je l’aurais assis confortablement sur sa chaise roulante blindée, et roulé à toute vitesse dans les corridors suintant la pisse; dans ma Camaro de l’année, je l’aurais installé, et nous aurions roulé jusqu’à Val-d’Or sur la 117.
À la tombée de la nuit, je me roulais un dernier spliff et me disais Tonight’s the Night. Mais dès que l’étoile polaire scintillait sur mon pare-brise, j’imaginais les gyrophares policiers rouge supplice, j’entendais la sirène du dernier jour qui chantait au loin sur les rives de la rivière des Outaouais; inévitablement, elle entraînait la carrosserie de mon véhicule vers l’avacuité de mon royaume, où règne le bleu, où la mer profonde habitée d’hippocampes et de bélugas m’accueille en roi; limpide, le calme éructe à 360 degrés; cette lave bleue qui tapisse les murs de mon royaume...
À priori, je te vois, K, de bleu submergé; les eaux réparatrices redonnent de l’éclat à tes yeux, de la couleur à tes joues et de la folie à tes cheveux bouclés bleus frisés et follement heureux de vivre!
LivEvil2K, work-in-progress
© 1996 - 2007 LeRoy K May
Copyleft LeRoy K. May
Inclut l'image K Bleu : œuvre conséquente
© 10.12.2000, Thierry Vendé
Œuvre originelle : © Bruno Deshayes
14.1.07
LivEvil2K - Aube, prise II
***
Le Kor Griffè a parlé. Sachez qu'il en sera ainsi jusqu'à la fin de cette prose pestilentielle, guidée entre autres par le rythme du hip hop. Vous serez mené par ce corps déchiqueté et, si votre raisonnement se heurte à plusieurs points d'interrogation, so sorry ! Cette introduction, cet aparté, où conduit-t-il et surtout, où veut-il en venir ? Jamais de question plus difficile ne fut posée. L'oreille ouverte, les sens à l'écoute, la vie au bord du coeur : libérez-vous de vos inhibitions et plongez aveuglément dans ce dédale de maux. Généralisons : le lien intime qui relie une partie de baseball et de fesses, un rythme indéfinissable et une mélodie sourde, redondante, qui passe et repasse sans avertir, déambulant tel un génie aérien sans arrière-pensée, spontané : trêve de généralités.
Un jeune homme dans la vingtaine se sauve avec un sac contenant une bouteille de Jack Daniels et deux onces de marie-jeanne. Il n'a ni but, ni espoir, sinon celui de vivre pleinement, sans limites et sans conventions. Il se moque d'à peu près tout, sauf peut-être de la musique, que ce soit de l'atonal, du baroque, du blues, du classique, du grunge, du jazz, du punk, du rhythm & blues, du rock, du techno, (remarquez ici le rationnel ordre alphabétique), il s'en contre-crisse éperdument et c'est tant mieux. Ce qui le fait bander, c'est le rythme, toujours le rythme, que ce soit le Mahavishnu Orchestra, Miles Davis, Kurt Cobain, Jimi, l'éternel Jimi, Steve Coleman (il lui a serré la main), bref, le rythme sous toutes les formes possibles.
Il ne se limite pas au platonique 4/4, il s'étend sur des vagues iconoclastes, passant du 7/4 au 17/8 avec une facilité déconcertante. Ce qu'il préfère, c'est le live, le rythme live, le
vibediront certains. En quelque sorte, il est pris dans le vibe, et c'est tant mieux. Car qui a vécu le vibe ne veut pas en sortir. Il veut le vivre à perpétuité ; il se construit un univers, incompréhensible pour certains, apparemment issu de l'abstraction mais toujours concret dans son état d'âme le plus pur. En fait, c'est un trip complexe, jamais dénué de subtilités, toujours reconstruit, différant à chaque reprise, s'accroissant infiniment, de chaque note, chaque schème rythmique ; il accentue constamment le deux et le quatre, et seulement parfois se permet-il de déhancher sur le un et le trois, sans jamais se pervertir à danser sur le mauvais beat, car le rythme est démoniaque. Voilà pour les prémisses de ce texte mouvant et incertain, en construction, ne se limitant à rien, désirant tout embrasser, pour le meilleur et pour le pire.
Ah ! Man...
Ce jeune homme se sauvant avec une bouteille de Jack Daniels et un sac de deux onces de marie-jeanne a tué quelqu'un, quelqu'un qui, selon plusieurs critères, ne méritait pas de vivre, se moquait des détails de la vie, et ne vivait que pour une chose : son commerce. Et là, certains me diront, sans verser dans la peste nouvelle, la rectitude politique : Man, who the fuck are you to judge people's values?. Et moi de répondre : "Je juge qui doit être jugé, selon mes règles, selon l'entendement que j'ai pris avec le tout-puissant, mon tout-puissant, c'est-à-dire moi-même, the one and only, l'égoïste trinitaire me-myself-&-I, le maître de la cérémonie". Mais encore, suis-je objectif ? tonitrueront certains. Non, pas vraiment, mais je ne désire point tendre à l'objectivité, je n'ai que faire de cette chimère. Je tends vers la subjectivité pure, vers l'univers des possibilités. Si je n'évoluais pas, à quoi bon écrire ce texte, à quoi bon se sauver avec une bouteille de Jack Daniels et un sac de deux onces de marie-jeanne ?
Y a-t-il un état plus plat que celui de la certitude, qu'elle soit intellectuelle ou amoureuse, voire la certitude d'exprimer la vie ? Vous le demandé-je ? Non, ce n'est qu'une question rhétorique. C'est pourquoi je décide de repousser les limites, toutes les limites, celles vitales à l'homme qui se veut libre, du moins qui tente d'être libre, car le libertaire est souvent freiné par les ornières de ceux qui se veulent ses pairs...
Entrons maintnow dans la chair du sujet.
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LivEvil2K - Aube
Kor Griffè
— (...) Et dehors ?Large de neuf longueurs de lance, le couloir débouche sur une porte. Quel couloir, me manderez-vous ? Un couloir, that's all man. Il est indescriptible, il n'est qu'imaginable ou visualisable, rêvé, voire cinématographique. Il est ample, il est facile d'y manoeuvrer, il est ample, on pourrait dire qu'il y a une ample marge de manoeuvre pour y circuler, ce qui permet un certain va-et-vient entre les deux murs, parallèles.
— Dehors ?
— Dehors ! de l'autre côté de ces murs ?
— Il y a un couloir.
— Et au bout du couloir ?
— Il y a d'autres chambres et d'autres couloirs et des escaliers.
— Et puis ?
— C'est tout.Jean-Paul Sartre
Susurré dans le couloir, Ell&Il entend Dawn : le Mahavishnu Orchestra se prépare à faire crouler le toit. Un rythme effréné l'emporte vers le nord ; l'issue ou la porte, laquelle notre quidam meurt d'effroi, d'envie d'ouvrir. Ell&Il oscille, se rapplombe, perd l'équilibre et se précipite vers la poignée de porte qu'il tourne vers la droite, d'un mouvement sec, saccadé. Ce qu'il y a derrière cette porte, il se le demande, tout autant que vous. Il l'entrouvre puis la referme. Les membres du Mahavishnu Orchestra, comme s'ils étaient là, sur place, entrent en transe, alternent les solos, de la guitare au violon et à l'orgue, de John McLaughlin à Jerry Goodman et à Ian Hammer. Et le leitmotiv, que l'on se borne à appeler mélodie, se répète incessamment en trame de fond.
Prise deux. La grille s'ouvre, laissant poindre un latent filet d'aveu-glante lumière. Trois fauteuils vides. Gros plan. Un projecteur, un écran géant. Deux sujets endormis par terre.
Sur un beat hip hop, les personnages, projetés à l'écran, scandent :
— I don't THINK you'll FIND what you been lookin' for asshole.
— Oh yeah?
— Yeah.
— Fine, be that way bitch.
— Only WAY you'll FIND it zif you REALLY go through.
— Go through what?
— It. Yeah, IT.
Quasi neurasthénique, Ell&Il s'assoit et murmure le dialogue qu'il vient à peine d'entendre. Sobre en paroles, il le repasse muettement, secrètement, dans le labyrinthe de sa mémoire : I don't think you'll find what you been looking for asshole oh yeah yeah fine be that way bitch only way you'll find it zif you really go through go through what it yeah it. Il le fredonne sur tous les temps imaginables (3/4, 5/8, 7/4, etc.). Ell&Il déconstruit le rythme, le rebâtit, regroupe les phonèmes, les noires pointées, les sujets. Ah ! Non. Peut-être. Pas vraiment. Mais si, non, ce serait trop simple...
Langoureusement, les deux corps alanguis, étendus par terre, se réveillent, revêtent leurs fringues : ils ne constataient pas leur dénuement. Ils se regardent, avides de paroles. Une seconde mineure harmonise leurs voraces voix qui, goulues de dodécaphonie, déclament à tue-tête :
Ah !
Que la mosaïque couvrant mes globes oculaires s'estompe.
Nus et beaux, abreuveront-ils ma connaissance assoiffée,
[assouvie d'incertitude ?
Ce balconnet, cette incrustation de dentelle, bustée
[sur un édredon de satin,
lequel les bercent entre les faux murs d'un chimérique
[théâtre...
Pourquoi ce titanesque étalage languide,
et pourquoi m'appelles-tu de ton unique doigt,
[vision d'accalmie,
et pourquoi ce quidam, étouffé dans son rire, éreinté
[dans sa joie, traduit-il mon amour ?
Ell&Il croyait chercher l'or du temps, la fracture où l'homme devient vieux-jeu à son insu, par une tendance à l'ultramodernisme. Peut-être eût-il été tenté d'asseoir la vision d'accalmie sur ses genoux, mais tout lecteur averti le lui aurait interdit, sachant bien qu'il l'aurait trouvée amère. Contrairement à ce que vous pourriez penser, il n'est pas ici question de trancher entre le bien défunt et le mal à la mode, de flairer une immanente vérité and all that blah-blah-woof-woof. Nous recherchons plutôt la division entre le charme et l'ennui. En pleine grisaille d'or, il l'est : ne l'êtes-vous pas ?
Derrière la porte, il n'y avait pas grand-chose d'intéressant, si ce n'est ces deux êtres éperdus de sommeil qui, se réveillant, s'amourachent à la vie, la poétisent et la rendent, à leur yeux, plus belle. Mais encore ? Justement. Entendez-vous l'écho des pas perdus qui perdure sur les murs du corridor ? Large comme une lame de rasoir, la porte, derrière Ell&Il, assurément, se referme.
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