19.12.08

Simon Poulin nous fourre? Lighten up...

Laisse-moi déroger de ma ligne éditoriale habituelle - tout est fiction - pour discuter d'actualité bloguesque et littéraire.

L'aventure Papa me fourre a atteint son climax hier, certains diront son éjaculation finale, alors que Christian Mistral a démasqué l'auteur bédéiste farceur imposteur qu'est Jean-François Provençal, celui qu'on verra en janvier dans Les Appendices à Télé-Québec.

Patrick Lagacé a repris l'histoire et puis pow! Tout le Québec le savait - certains découvraient le fourreur, d'autres se marraient du canular, d'autres trouvaient que c'était un criss de colon. Éric Samson semblait aussi un insider à toute l'histoire, ayant même interviewé Batman Provençal pour son mémoire en littérature (si j'ai bien compris).

Et moi dans tout ça?

J'avoue avoir été pris au piège de Simon Poulin, le pseudo de JF Provençal. J'ai lu quelques mois de son blogue pendant des heures, en décembre, pour découvrir un personnage attachant, drôle, pas toujours sympathique mais vrai.

Mais qu'est-ce que le vrai?

Récemment, Michelle Blanc retweeetait un message de TanMcG: c'est quoi les qualités principales d'un bon blogue, et j'avais répondu innocemment "authenticity and transparency". Je me suis même posé la question «devrais-je faire mon coming out sur mon blogue», moi aussi (non je ne compte pas changer de sexe ni me marrier avec une chèvre clônée à Végas).

Et c'est en lisant Pourquoi bloguer dans un contexte d'affaires que quelque chose m'a frappé quant à la définition de la personnalité bloguesque:

Bien que votre blogue soit la meilleure représentation possible de vous, le personnage qui en ressort n'est pas vous. C'est une construction sociale et médiatique, basée en partie sur ce que vous êtes, sur ce que vous projetez et communiquez, le tout interprété par celui qui vous lit.
 
- Sylvain Carle in Pourquoi bloguer dans un contexte d'affaires, p. 72, éditions Isabelle Quentin
 
En littérature, Rimbaud avait exprimé quelque chose de similaire avec son célèbre Je est un autre, c'est-à-dire celui qui écrit n'est pas nécessairement celui qui incarne l'action du texte. Dans le cas de Papa me fourre, c'est exactement ça.

Simon Poulin a réussi à créer une fiction tellement vraie, tellement authentique, que plusieurs se sont dit «c'est une histoire vraie». Depuis 20 ans (sinon plus), on nous rabat les oreilles avec des romans, des films qui sont censés être des «histoires vraies». Comme si ça ajoutait quoique ce soit à l'histoire. C'est même le titre du premier collectif que j'ai publié, Une Histoire vraie, titre ironique s'il en est.

L'histoire est bonne ou ne l'est pas. Qu'elle ait été vécue par ta tante ou un chevalier gay du Moyen-Âge n'a rien à voir. Les habitués de LKM savent qu'ici tout est fiction, sauf quand je tague mon post avec "mylife".

Simon Poulin a brouillé les cartes parce que tout semblait véridique. Il n'a pas annoncé sa blague, d'où la chute encore plus incroyable que s'il l'avait annoncée d'avance. En fait s'il l'avait annoncée, ça n'aurait jamais marché. Les lecteurs auraient cru que c'était un sadique pervers pas fin qui ri des ceuses qui vivent l'inceste et les autres déguelasseries dont il a pu parler.

Mais justement.

En se créant l'identité de Simon Poulin, JF Provençal a réussi à parler de thèmes qu'il n'aurait jamais pu aborder avec sa vraie identité: vol, viol, drogue, perversion, inceste et j'en passe. À travers son personnage, il a réussi à établir un dialogue avec des milliers de gens qui ont ressenti de l'empathie, du dégoût, du mépris, de la compréhension envers un être fragile qui vivait des trucs vraiment fuckés.

Et si Yvon Deschamps avait écrit un texte pareil, l'aurais-tu cru? Aurais-tu pensé que c'était vraiment vrai? Ou Guy Nantel?

On verra si l'avenir me fera prophète - comme on a déjà dit à mon égard que je serais chef d'une secte, un jour - mais je crois que JF Provençal a approché ces ténors de l'humour.

Comment?
  1. Parce qu'il m'a fait rire en tabarnak
  2. Parce qu'il m'a fait réfléchir
  3. Parce qu'il m'a fait rire jaune
Tu vois que je me range du côté de ceux qui pensent que JF Provençal a réussi un coup d'éclat débile.

Je me range du côté de ceux qui croient que le personnage qui incarne un blogue n'est pas le même que celui qui invite sa femme au resto.

Simon Poulin est une construction sociale et médiatique, basée en partie sur ce qu'est JF Provençal, sur ce qu'il projète et communique, le tout interprété par des milliers de gens qui ne font pas toujours la différence entre la réalité et la fiction.

Je prends aussi le bord de ceux qui aiment rire et qui acceptent d'être tombés dans le panneau d'un gars brillant.

8 comments:

Simon said...

Wow! Tu as tout compris!

Merci beaucoup pour ce beau texte intelligent.

LeRoy K. May. said...

tu peux prendre le crédit simon, sans toi je ne l'aurais jamais écrit :)

Mistral said...

Minute, moumoutte. Sans moi non plus. Faut rendre à César sa salade, anyway Old Sim est allergique à la verdure. Pourquoi penses-tu que j'ai tant de chou en surplus, pourrissant pépère dans le frigidaire en attendant le prochain Slam?

LeRoy K. May. said...

c'est pas au slam qu'il faut lancer ton chou, c'est au prochain salon du lirrrrre, mais ça c'est un autre débat ;-)

Anonymous said...

Romain Gary aussi s'est réinventé, fatigué du "personnage" Gary... Il a retrouvé une vérité dans un mensonge crée de toutes pièces, Émile Ajar.

"Je est un autre". Et l'autre, c'est aussi moi.

Chroniques B.

LeRoy K. May. said...

@chroniques b

C'est vrai que Gary s'est réinventé à travers Ajar, mais Gary existait déjà alors que Simon Poulin ou JF Provençal, c'était des des nobodys avant l'histoire Papa me fourre, ou presque.

Il y a une certaine ambiguïté dans l'auteur bicéphale qu'est Gary/Ajar. Gary semble s'être lassé du personnage Gary, comme tu le dis, après 19 romans. Peut-être n'avait-il plus de défi.

Gary s'est réinventé plusieurs fois, un peu comme Provençal. Né Roman Kacew, puis Romain Kacew, Gary. Puis Émile Ajar, sans oublier Shatan Bogat et Fosco Sinibladi. Le bonhomme aimait changer d'identité ou semblait ne pas être à l'aise dans son statut de Juif immigrant dans la France des années 30 (des suppositions de ma part).

N'empêche qu'il n'est pas le seul à avoir joui de personnalités multiples, ni ne sera-t-il le dernier. Réjean Ducharme (Roch Plante), Shakespeare et les nombreux "auteurs" qui l'auraient aidé à édifier son oeuvre, Jean Leloup tant qu'à y être.

Bref, l'Auteur semble aimé être Autre, que le public aime ça ou non.

Mistral said...

Gary souhaitait surtout être lu avec un oeil neuf, sans présupposés.

LeRoy K. May. said...

c vrai que se faire dire ah ça c'est du "gary", ça doit être chiant. se réinventer à travers un pseudonyme, c'est une autre façon de donner au lecteur la chance de voir avec un oeil neuf.