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20.5.11

Nathalie Elgrably-Lévy ou comment vaincre le cancer

Son nom est probablement trop long pour qu'il devienne un mème sur Twitter, mais Nathalie Elgrably-Lévy occupe une bonne partie des tweets des gens que je suis, comme Jean-Simon Des Rochers et Éric Samson.

Si vous ne connaissez pas la bête, elle enseigne l'économie à HEC, mais ce qui fait rager, ce n'est pas qu'elle enseigne cette matière, mais bien qu'elle ait une chronique dans le Journal de Montréal, où elle traite assez, comment dire... vulgairement, je crois que c'est le bon mot, du financement de la culture. Ses préjugés envers les artistes sont aussi dignes de mention (je lui donne A+).

Évidemment, elle n'a pas que des détracteurs, elle a des fans, comme quelqu'un qui se fait appeler @DinDents (poétique) ou @LibreCommeCa. Ce qui est intéressant avec ces comptes Twitter, c'est qu'il ne s'identifie pas. Pas d'URL. Pas de vrai nom (ou de nom d'artiste, haha). Ron Fournier dirait que, dans son livre à lui, ça s'appelle de la lâcheté.

Répondre à des questions hautement dichotomiques et usant d'irréductibles raccourcis intellectuels peut être épuisant. Voilà pourquoi je vous propose les meilleurs liens que j'ai trouvés pour contrer la pensée de Nathalie Elgrably-Lévy, qui a évidemment le droit à ses opinions: elle a aussi le droit d'entendre les critiques faites à son égard.

Critiques de Nathalie Elgrably-Lévy:
Selon Wikipedia: 

Dans ses chroniques, Nathalie Elgrably-Lévy condamne les subventions publiques aux artistes, les orientations politiques des syndicats, la mobilisation des électeurs. Elle dénonce les associations étudiantes qui rejettent l'augmentation des droits de scolarité, le principe de la retraite par répartition, le Code du travail. Dans La Presse, la chroniqueuse Nathalie Petrowski la décrit comme une «idéologue de droite». Dans le journal Internet Rue Frontenac, la chroniqueuse Valérie Dufour écrit: « Donner un espace à Nathalie Elgrably? C'est une économiste qui travaille pour l'Institut économique de Montréal, un organisme de droite qui prône la privatisation des services publics tous azimuts.»

Nathalie Elgrably-Lévy, c'est l'ami des artistes (cette phrase est ironique (non mais on sait jamais qui va tomber sur cet article)).

Donc, si vous êtes confronté à quelqu'un qui vous dit qu'on devrait payer moins de taxes et arrêter de subventionner des artistes sans talent qui vivent grassement sur le dos de l'État, vous pourrez citer, improviser, et développer les arguments des quatre auteurs susmentionnés. 

Maintenant, je ne vous demande pas d'être d'accord avec moi, ni avec les auteurs mentionnés plus haut. Mais si vous l'êtes, merci de passer le mot, de transférer, de twitter, de facebooker, etc. On n'est jamais trop à contre-attaquer les économistes de la culture.

8.3.10

Vivre pour écrire, écrire pour vivre

Formidable coup de gueule de Thierry Crouzet pour un renouveau du «salaire» de l'auteur:
Je suis fatigué d’entendre dire qu’il faut offrir ses textes sous prétexte qu’ils sont publiés sur un blog et qu’il faut gagner sa vie autrement. Vous voulez donc que je ressorte la barque de mon père et que j’aille pêcher des anguilles devant chez moi? Ou que je redevienne journaliste? Ou que je redevienne salarié et m’agenouille devant un potentat?
Alors on me conseille d’écrire des livres, de les vendre en librairie, de vivre ainsi (ce que j’ai longtemps fait). Cette proposition sous-entend que le blog est un genre inférieur. Je pense le contraire. Je pense qu’il est aujourd’hui le seul genre littéraire novateur et que le livre vivote sur une ancienne économie qui n’a plus aucun rapport avec la création.

19.10.09

Faire la piasse avec Nelly

Je ne peux vraiment plus me passer de Twitter, surtout depuis que je suis plus de litteraires comme Francois Bon (@fbon), Nicolas Dickner (@nicolasdickner) et autres Melodie Nelson (@melodienelson).

Mais la derniere rage vient de The Gazette, qui affirme dans un article de vendredi dernier que l'hertage arcanien serait sur le point d'etre exploite par Seuil, qui a "promis" de publier un autre livre de Nelly Arcan a l'automne 2010.

Comment?

En tentant de hacker son ordinateur et en publiant une partie de journal intime, une partie de roman, et tout autre contenu juge assez litteraire par l'editeur francais.

Bref n'importe quoi pour faire du cash.

Seuil a peut-etre un contrat avec Arcan (ah oui! elle est morte, remember?). Peut-etre qu'elle avait un autre livre a pondre a cause d'un contrat quelconque.

Mais en bout de ligne, n'est-ce pas la famille ou l'executeur litteraire qui devraient prendre ca en main, et non un editeur?

T'en penses quoi? Moi je pense que je vais nommer un executeur litteraire sur-le-champ, des volontaires?

27.7.09

MySpace Sucks

OK, ça fait longtemps que je m'en suis aperçu (genre quand je me suis créé un profil), mais ça faisait également longtemps que je voulais le dire: MySpace Sucks.

C'est une horreur d'ergonomie Web pour adolescents post-boutonneux. Et j'en ai rien à foutre que tu fasses un concert dans un trou dans ton bled. Et ton band n'est pas le prochain Radiohead.

Voilà. C'est dit.

http://www.myspace.com/leroykmay is dead.

Don't bother.

THIS is the (only) place.

14.7.09

Sus aux anonymes!

À la suite de spams répétitifs concernant un dictateur français sur ce blog et sur les Chroniques d'une avatar, j'ai décidé d'interdire les commentaires des anonymes.

Identifiez-vous, lâches.

Et vive la révolution.

5.5.09

Slam 2.0

1-2-3 réunion
on n'avait plus de p'tits crayons
4-5-6 conférence
garde la ligne ya d'l'interférence
7-8-9 webcast
tu fais pas partie d'not' caste
10-11-12 tout l'monde bouge
owèye bouge ton brain bouge!

Part I

1. t'as décidé de t'exposer / moitié nue à Honolulu
2. t'as uploadé tes photos / sur un site même pas porno
3. mais t'as oublié de lire les conditions d'utilisation
4. tu fais maintenant la promotion / d'un site de chat a'c tes tôtons
5. ton désir d'instantanéité / l'affichage de ta banalité
6. se perdre dans ta futilité / montre ton imbécillité
7. que tu te fasses berner / comme Maxime Bernier
8. s'est fait couillonner par Couillard c't évident c't insignifiant

1. s'il fallait que tu rédiges / une charte de vie privée
2. écrite en p'tits caractères / pour de ma liberté me priver
3. il faudrait que tu m'affliges / comme la Vénus Callipyge
4. que par en avant par en arrière / tu me prouves ton savoir-vivre
5. pour kossé faire c'pas d'tes affaires / pourquoi tu fouilles dans mes tiroirs
6. ma vie privée mon jet privé / c'est pas le reflet de ton miroir
7. et la terreur dans tes yeux / comme un voeu pieux un nouveau jeu
8. n'a d'égal que ton exhibitionnisme crasseux et poisseux

Part II

1. t'as voulu participer / à une téléréalité
2. te disant que c'était le fame la gloire le cash assurés
3. pour des années à t'branler / a'c tes chums aux cellules brûlées
4. pendant que le reste de la plèbe / boit sa Molson à ta santé?
5. ton arrogance de phat ass / s'affiche sur le cover du Lundi
6. quand tu exposes ton fat ass / dans un bikini ben trop p'tit
7. tes répliques mièvres, fadasses / en widescreen live à Loft Story
8. me laissent de glace, me glace les sangs, j't'envoie du fanmail de vomi

1. pis là tu m'trouves rough / tu trouves que j'exagère
2. tu trouves que chus trop tough / avec la blonde de ton beau-frère
3. comme si Andrei Markov / slappait un plomb dans son derrière
4. pis qu'on y disait fuck off / montre donc tes boules pour vendre d'la bière!
5. mais non mais là, cum'on! / arrête de faire ton hypocrite
6. tu regardes le show jour et nuite dans l'espoir d'la voir sucer une bitte
7. et de la regarder / get it on / dans l'sauna qu'elle attrape des bibittes
8. pis qu'après tu puisses te vanter de savoir où est-ce qu'elle habite

Part III

1. t'es loin d'être exceptionnel / ça t'fait l'effet d'une douche froide
2. t'es comme les rois d'Israël / qui joue à la chasse a'c les Arabes
3. ton trip c'est de te foutre à poil / mon coeur ma tête restent de marbre
4. ton univers consensuel / pour moi c'est un gros char de marde
5. ta connerie universelle / est séduisante comme une charade
6. où les lutins du Père Noël / se transforment en pin-ups Aubade
7. où les So you think you can dance The Next Pussycat Doll
8. Pimp my car Mes vieux tout neufs et autres lofteuses me rendent malades

1. j'en ai assez d'notre apathie / de notre paresse culturelle
2. de notre suffisance pythique / de nos superstars de poubelle
3. de notre absence de sens critique / de nos chansons à l'eau de vaisselle
4. not' simplicité cathodique / j'espère / n'est que conjoncturelle
5. mon arsenal de rimes fat / te coupe l'herbe au niveau de la cheville
6. pendant qu'tu t'roules un gros bat / mes deux poings se recroquevillent
7. pour écarquiller tes billes de rate / pendant que tu te démaquilles
8. mon slam est un échec et mat / à l'art dont tu es la béquille

30.4.09

Les Éditions Jean-Coutu

Pas sûr que ça va me remonter le moral, mais je mets La Part Maudite presque dans le tapis pour cracher un peu de venin sur tes entrailles, Web.

Ce blog a démarré par ennui, pour découvrir cette blogosphère, pour m'y perdre et être entraîné par le mosh pit nommé désir. Mais là...

Rien.

Comme une écoeurantite aiguë. Voudrait me consacrer pleinement à l'écriture et en même temps, quand je suis derrière l'écran. Rien.

Du buttinage de blogue. Du commentage. Comme une période de relaxation avant la tempête. Mais j'ai hâte qu'elle arrive qu'elle me renverse et que j'en aie la tête pleine d'eau. 

C'est peut-être la quarantaine qui me guette. Pas à cause des cochons éternuants. 

Le big 4-0. C'est pas tout de suite. Mais bon.

Une insatisfaction grandissante. Un écoeurement facile aussi. Comme un vieux chien qui veut plus courir après sa ba-balle.

Puis le monde de l'édition aussi. Avec ses putes et ses best sellers. Avec ses cocktails de grands primés qui s'autocongratulent pendant que je ronge mon frein à essayer d'être authentique tout en n'étant pas pathétique.

J'avais pas de titre pour ce post. Là je l'ai. Les Éditions Jean-Coutu. 

J'en viens à me dire qu'il faudrait que j'écrive de la chick litt de fantasy d'horreur pour les jeunes pour être publié. Faudrait peut-être juste que j'écrive plus et puis que je bitche moins.

Plus capable de rentrer au Renaud-Bray et de voir les livres en rentrant: Audrey Parilly, Anne Robillard, Marc Lévy. Un DVD du centenaire du CH avec ça?

Ça rejoint un peu Stéphane Ranger lorsqu'il dit crève, Quebecor.

Il y a pourtant toute une économie qui gravite tant bien que mal autour du soleil Quebecor. Les librairies indépendantes -- trop peu présentes dans mon coin, déménage à Montréal LeRoy tabarnak! -- les disquaires indépendants, les éditeurs intelligents.

Juste tanné de chercher I guess. 

Fak je devrais reconcentrer mes efforts dans un projet au lieu de m'éparpiller en twitteromans... 

Su'l bord de rappeler la psy moi là...

Focus on focusing disait mon grand manitou. Ouin. Focus LeRoy!

Dans le doute, il y a toujours MC Gilles pour me montrer que la vie vaut la peine d'être écoutée dans la noirceur.

14.4.09

Nina est en crisse...

... pis moi avec.

Il semble qu'un bon docteur lui ait prescrit du dextropropoxyphène paracétamol alors que dans son cas, ben c'est contre-indiqué... avec des conséquences pas vraiment cools, voire alarmantes.

Je t'invite donc à passer chez Nina et à lâcher ton fiel toi aussi.

Moi ça m'écoeure. Grave.

C'est de la VIE d'une personne qu'on parle!

SVP pas de pitié, pas de "bon courage". 

Fougue. Force. ViVante! C'est comme ça que Nina aime ça.

Crisse de gang d'incompétents en sarrau pogné avec le complexe de Dieu.

10.3.09

57 %

Même si mon état physique ne me permettait pas de performer ce soir, je me devais de continer à bosser mon roman. Être si prêt du but et ne pas l'atteindre. Non.

Mais s'il y a une chose que je peux conseiller à tous les romanciers de la terre : pensez à votre mise en page AVANT de commencer à écrire, à moins de vouloir virer fou.

Je hais profondément les traitements de texte, mais ça atteint de nouveaux sommets ce soir. Les styles, c'est d'la marde. D'la grosse marde. Que ce soit dans Word, OpenOffice ou n'importe quel logiciel de traitement de texte, c'est fait pour des textes de 10 pages max.

Les citations qui sacrent le camp, les listes à puces qui sautent de pages, les titres qui font aussi sauter des pages. J'ai passé le plus clair de mon temps à régler des problèmes de cet ordre. Mais bon, j'en suis quand même à 57%, heureusement.

Et si je l'avais fait en XML ou en HTML, me diras-tu, le smat? Tu connais un éditeur qui accepte du HTML, toi?

Téka.

4.2.09

Michel Vézina: The Real McCoy

À l'instar de Mistral et McComber, je republie la dernière chronique de Michel Vézina, crissé à la porte du ICI de façon cavalière.

Suis-je étonné? Non.

Suis-je en tabarnak? Certes.

///\\\

Communiqué: Michel Vézina n’a pas démissionné.

Thu 2:06pm

Comme vous avez pu le constater dans l’édition du ICI du 29 janvier 2009, j'y signe ma dernière chronique. Le paragraphe suivant l’intertitre This is the end (air connu), se lit comme suit : ''C’est fini. Nous n’aurons plus le plaisir de nous croiser, du moins ICI, chers lecteurs.

Pour des raisons hors de mon contrôle et de ma volonté, je ne tiendrai malheureusement plus cette chronique.''

Veuillez noter que la version envoyée au journal a été modifiée, et qu’elle aurait du se lire comme suit : ''C’est fini. Nous n’aurons plus le plaisir de nous croiser, du moins ICI, chers lecteurs. Vous avez été nombreux à avoir remarqué que mon nom n’apparaissait pas sur la liste des chroniqueurs, en une du dernier numéro du ICI. J’ai cru bon poser la question à mon patron, lundi dernier. Pour toute réponse, il m’a signifié que le temps était venu que nous nous séparions.

J’aurais «fait le tour».''

Cette coupure intempestive relève de la censure pure et simple.

Selon la version publiée par l’hebdomadaire ICI, propriété de Québécor, on a l’impression que je rends les armes, que je baisse les bras, bref, que je démissionne. Or la vérité est toute autre. Sylvain Prévate, éditeur adjoint de l’hebdo, m'a signifié que mes services n’étaient plus requis, en me donnant pour toute raison que j'avais « fait le tour », et ce, à peine six semaines après m'avoir assuré être très satisfait de mon travail de chroniqueur littéraire.

À noter, Je n’avais pas encore signé le contrat de cession de droit, non-négociable, qu’impose depuis peu Québécor à tous ses pigistes.

Dernier Bord en bord, intégral!

Thu 10:25am

Le tour

Ma chronique de la semaine dernière vous a apparemment interpellé. Vous avez été nombreux à me signifier qu’elle vous avait fait réfléchir, qu’elle vous avait obligé à vous questionner sur la liberté d’expression, sur le courage, sur le droit à la parole, sur la place des médias, sur leur responsabilité, sur la critique, le second degré, l’ironie.

Dans toute cette saga du Byebye, tout le monde s’est accordé, dans une belle unanimité – médias, public, ligue des noirs, celle-là même qui avait demandé le retrait de l’affiche du film Le Neg’ il y a quelques années – pour vilipender les auteurs de la revue de l’année. Mais personne ne s’est levé pour dire que ces attaques passaient carrément à côté du sens du monde.

Libre? Qui peut encore se dit libre, aujourd’hui?

Accuser quelqu’un de racisme quand celui-ci s’attaque justement à cette tare qui gruge profondément notre monde, ici et ailleurs, est un geste grave. Ces accusations ont généralement des répercussions très importantes dans les vies personnelles des auteurs. Et malgré tout le non-sens de cette surenchère médiatique, aucun «bien-pensant», aucun «intellectuel libre», aucun artiste «anti-langue de bois» n'est sorti publiquement contre cette grossièreté digne des pires travers journalistique et sociétal.

Les Québécois sont-ils plus cave qu'en 1969, quand Yvon Deschamps faisait son monologue Nigger Black, ou qu’en 1975, Plume chantait Vieux neg’? Bonne question. Même si je pense que la sensibilité au second degré n’est pas donnée à tous le monde, j’ai du mal à croire que quatre millions de téléspectateurs ne soient pas à même d’en saisir un aussi peu subtil que celui du Bye bye.

En se faisant l'amplificateur des névrosés, des imbéciles et des exaltés, et ce à des fins purement commerciales, les médias ont été très peu édifiants, pour ne pas dire scandaleux. Au contraire du silence, les intellos de service se sont joints au carnage en crachant sur le travail de caricature et en parlant de «nivellement par le bas».

De mauvais goût? Peut-être. Mais aux yeux d’un de mes lecteur assidu, il est de plus mauvais goût encore d'obtenir une entrevue avec Ingrid Bétancourt pour lui montrer une infopub de Jean Charest. D’ailleurs, saviez-vous que Jean Charest était sur le point d’être décoré de la Légion d'honneur par le chum de Desmarais, Sarkozy, celui-là même à qui Bétancourt prétend en devoir beaucoup. Et saviez-vous qu’une des grosses têtes du think-tank de Charest était un des patrons de Zone 3, le producteur d’Infoman? Grossier?

Enfin, pour l’anecdote: quinze jours après le Bye Bye, Denis Lévesque recevait un transexuel. Il lui a demandé, texto, s'il avait profité de l'opération pour en demander une plus grande…

De mauvais goût?

This is the end… (Air connu)

C’est fini. Nous n’aurons plus le plaisir de nous croiser, du moins ICI, chers lecteurs. Vous avez été nombreux à avoir remarqué que mon nom n’apparaissait pas sur la liste des chroniqueurs, en une du dernier numéro du ICI. J’ai cru bon poser la question à mon patron, lundi dernier. Pour réponse, il m’a signifié qu’il le temps était venu que nous nous séparions.

J’aurais «fait le tour».

Merci pour l’intérêt que vous avez porté à cette chronique au fil des six dernières années et quelques mois. Merci à ceux qui ont commenté mes textes. D’ailleurs, un de mes lecteurs assidus m’a écrit il y a quelques jours pour me dire qu’il n’était pas souvent d’accord avec moi, mais que mes textes le forçaient toujours à réfléchir. Ça m’a touché.

Merci aussi à ceux avec qui j’ai eu le plaisir et le bonheur de travailler, au pupitre de votre section préférée pendant quatre ans (2002 – 2006): tous les pigistes, mes collègues des autres pupitres, les correctrices, réviseures, les gens des ventes, ceux de la production, les réceptionnistes et personnel d’entretien! Ce sont eux et eux seuls qui rendent vivable le quotidien d’un hebdo…

Merci aussi à Maxime Catellier, qui a su prendre le relais avec panache et grandeur depuis deux ans et demi. Merci à la plupart des chroniqueurs avec qui j’ai partagé ces pages. Certains n’ont fait que passer, d’autres ont été et sont encore des complices.
Et surtout, surtout, merci à Robert Lévesque, qui a été, reste, et sera toujours mon maître es chronica.

Allez, je pars faire un tour(1)

(1) Vous pouvez continuer de me lire dans Le Libraire et dans le Mouton Noir, et aussi de m’entendre à Vous êtes ici, sur les ondes de la Première chaîne de Radio-Canada.

11.1.09

Après les perronismes et les chétienneries, les brunettismes

Je suis un grand fan de hockey. Pas nécessairement du Canadien, mais de hockey.

Lorsque Benoît Brunet jouait, j'aimais sa fougue, son jeu défensif, à 4 contre 5, etc.

Mais je pense vraiment qu'il devrait laisser la place à un vrai commentateur à RDS. Cum'on.

Ils ont eu des commentateurs pourris, comme Mario Tremblay (ah non ça c'était à Radio-Can), mais le tandem de trois anciens joueurs (tandem de trois, haha) en les personnes de Yannick Bouchard, Dave Morrissette et Benoît Brunet doit figurer dans le temple de la renommée des horreurs de la langue française.

Pour preuve, voici quelques citations recensées par la fan numéro un du CH, Manon:
  • On a tout notre temps, il est huit heures moins vingt. J’ai tu la bonne heure, Pierre? Huit heures quarante?
  • Maltby et Drapper sont des joueurs de rôle. Captain obvious to the rescue!
  • ... ta défensive est ta meilleure défensive
  • Halak, le gars avec les jambières, a bien répondu.
  • C’est 31-25 au niveau des chapitres.
  • Il n’a pas le jeu de temps de glace!!!
  • Il a le temps de prendre le temps... Obviously...
  • Les Thrashers ont le deuxième meilleur jeu de puissance sur la route, à l’étranger, chez l’adversaire.
  • Halak est très bon ce soir, mis à part les 2 rondelles qui sont passées à travers lui. C'est 1-0 Habs...
  • Trois joueurs devant le filet, un, deux, trois, quatre… Math for dummies.
  • Guillaume Latendresse ne patine pas si mauvais que ça quand yé en mouvement!
  • Il faut que tu trouves le moyen d’aller jouer dans la tête de Biron le plus rapidement possible.
  • Kostopoulos est passé dans le vide. Mais au moins il est là.
  • De Pierre Houde qui, lui, fait honneur à la profession: Quand tu parles de Simon Gagné ou de Patrice Bergeron, c’est le genre de joueur souvent blessé. Je vois pas pourquoi tu ris, Benoit. 
  • Price a accordé un long retour juteux à Samsonov.
  • Excusez le mot... le leadership de la chambre au niveau du vestiaire.
  • J’ai hâte de voir la décision qu’on va donner à Toronto. Ben on est à Toronto.
  • C’est pas facile à voir de cette langue. Angle, Benoît. Angle.
  • Ce trio-là était tout feu, tout couleurs. 
  • Tu es un marqueur, Guillaume, lance!
  • Et là une mauvaise pénalité, et quand je dis mauvaise, c’est que c’est des choses qui arrivent. En français: shit happens.
  • C’est abobinant. 
En effet Benoît, tu es abobinant. Y a sûrement un gars qui étudie en communications quelque part qui pourrait faire une meilleure job que toi!

Sinon, je vais me dévouer à la cause, cum'on, j'y vais gratos.

9.11.08

30.10.08

Poésie (sic!). Sick Poetry

Je soliloque en solitaire
esseulé assoiffé
de savoir va savoir

Je me parle pour parler
tout le monde m'en parle
mais tout le monde m'emmerde

de gros mots en gros bon sens
je fais sans dessus dessous
semblant d'être signifiant

Je fantôme entre vous, boo!
Chassant l'essaim
séchant le sang
sur ton sein

Je suis signifié
je suis signe et kifé
tu sanctifies le chant
du cygne que je suis

C'est le mois des morts
le mois de Moi
le mois des mois qui t'émeuvent
le mois de ma mie qui m'abreuve
de ses mamours molichinelles
saltimbanque des désamours

Mourrisse et pourrisse l'écrevisse
du songe
entre les miches d'un néologisme
à la Ponge

Et le slam dans tout ça?
Et le public dans tout ça?

Il faudrait que je jouisse du jury
Que je jure et murmure
Me genouflexiant entre les pierres du chapelet
de la belle ou du beau
Qui me note que je joue son jeu
Que je me le
Que je me la tape en douce entre les
6.9 et les 9.6
Cuz if a 6 turned out being 9
I don't mind I don't mind
Disait Jimini Criquet sur sa Stratocaster
crème gauchère et cordée à l'envers
Entre deux Oh-oh say can you seeeeeeeeeeee

Hit me!

Dah-dam,dah-dam,dah-dam
Dah-dam,dah-dam,dah-dam

Je suis aussi Noir
Que Barack Obama
surfant sur le Mississippi

J'ai des caisses de rime en triolet
Prêtes à faire sauter
un État de l'axe du Bien-Pensant

Je trimballe dans ma poche arrière
un Afghan, un Irakien et un Libanais
(juste au cas où)
(juste au cas où)

Où j'aurais les moyens de moyenner
l'Moyen-Orient et d'l'orienter
dans l'bon sens du Moi

Et le slam dans tout ça?
Et le public dans tout ça?

Je serai poète jusqu'au bouche-à-bouche
de ton entre-jambe
Je déboucherai l'entendement des bombes
de tes lectures estivales
Et je brûlerai en passant un best-seller de cuisine
et le dernier life-coach book sur l'art de vivre
zen-en-santé-en-guérissant-le-cancer-et-le-cholestérol
pour te crisser
  • Chorégraphies de Mylène Lauzon
  • Téléthons de la Grande Surface de Marc-Antoine K. Phaneuf
  • et Aïe! Boum de Gilles Amalvie
dans ton bas de Noël

Une claque s'a yeule avec ça?

I'll drink to that honey-bun, pis ramène-moi donc une autre bière mon p'tit sucre

18.10.08

Fous ta cagoule

Parodie des vidéos de rap hardcore (ou gangsta rap). À voir surtout pour la parodie de Grand Corps Malade où il dit (avec le même ton détaché):

Je voudrais jeter une slam
Pour cette maladie qui l'hiver l'anus m'irrite
Un virus venu du froid qu'on appelle gastro-entérite
La prochaine fois je mettrai ma cagoule


23.9.08

Le soir où la poésie est morte?

Un soir sans poésie – ou si peu

Avertissement: Ce texte, subjectif s'il en est, pourrait écorcher les fans du Télé Journal qui voient en le slam un moyen d'expier tous les maux sociétaux: Afghanistan, Irak, Conservateurs, coupure dans la culture, et autres éphémérides d'actualité.

Pourtant, s'il y a un slameur à Québec qui s'est joué (ou a joué avec) des thèmes «engageants» (écologie, média, pédophilie), c'est bien moi.

Mais dimanche soir, lors de la première partie du Grand Slam à Montréal, la plus grande perdante n'aura pas été Annie Beaulac, qui n'a jamais reçu d'aussi mauvaises notes que dimanche au Lion d'Or. Le plus grand loser, non plus, n'aura pas été votre tout dévoué, qui a mérité une belle leçon d'humilité.

Et les perdants sont: la poésie et l'art.

Pour que vous compreniez mieux mon propos: l'équipe de Québec (Annie Beaulac, Paul Dallaire, Jean Désy, moi-même) s'est faite torcher par Sherbrooke par le score de 150 à 130 (on n'est pas à un centième de point près). En comparaison, Gatineau à battu Montréal 154 à 151.

Il semble que pour espérer plaire aux jurys de ce Grand Slam, il eut fallu jouer à la pute de TVA, à s'allonger jambes grandes ouvertes pour se faire pénétrer d'un enchaînement de syllabes dont la poésie, la plupart du temps, était absente (la plupart du temps, dis-je bien).

Il y avait toutefois l'étonnant Mathieu Lippé, qui nous a transportés de Kyoto jusqu'en Birmanie en passant par le Vatnajökull. Il y avait Sophie et David (Sherbrooke) qui ont flirté avec la poésie dans trois slams époustouflants. Il y avait Mehdi et Guy (Gatineau) qui ont baisé les astroslameurs du monde uni. Il y avait 4 poètes de Québec peut-être trop... poétiques?

Et puis il y avait les autres.

Ceux et celles socialement inacceptables: intolérables vieux d'hospice déserté par ses enfants; inconcevables guéguerres en Afghanirakoslavie (une banlieue près de chez vous), les Big Bad Mother Fucken States (l'origine même de l'originalité poétique et de l'engagement social) et les autres thèmes écologiquement et éthiquement corrects. Ou socialisme poétique?

Faut dire qu'avec un jury uniquement composé d'étudiants en art (philo, arts de la scène, etc.), je m'attendais à mieux.

Je ne m'attendais pas à ce que des sujets aussi racoleurs obtiennent la faveur du jury. Je ne m'attendais pas à ce que l'humour, le sensationnalisme, les effets spéciaux et autres populismes dament le pion à la poésie.

Il semble que pour obtenir une note décente à ce Grand Slam, il eut fallu favoriser le Revlon, le coup d'éclat, l'artifice. Car vous le valez bien.

La poésie, assise au bar où près de la console de son, devait être encore trop saoule ou occupée à se faire reluquer.

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En discutant après la compétition avec quelques amis, et m'étant remis de ma frustration slamesque, nous avons parlé de poésie. Pas à pelleter des nuages pour se construire un château de rimes, mais bien à tenter de la cerner. La poésie n'a plus de cadre. La poésie rime et ne rime pas. La poésie est prose et vers. La poésie est et n'est pas. Nulle part et partout à la fois. La poésie est faite, rien ne va plus. Put your money where your rhyme is.

La poésie se cache entre deux attentats-suicides et un accord de paix. Elle passe aux nouvelles entre les dents de Sophie Durocher. À 110%, elle est «pour» les batailles au hockey junior. Pendant les Gémeaux, elle crie haut et fort son écoeurantite face aux coupures des Conservateurs en culture. La poésie fait rimer «bateau» avec «château» à Tout le monde en parle et sourit de sa trouvaille. Ah oui! Et la poésie tire sur des adolescents à coups de mitraillette sur YouTube, en Finlande, à la Polytechnique, dans une école près de chez vous. Une histoire vraie.

La poésie s'est transformée. Elle est partout.
Elle s'est staracadémisée. Comme Passe-Partout.
(Ben quoi? Faut que ça rime. Ah non? Mais la poésie c'est...)

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Tout cela m'a ramené à la première question qu'on nous a proposé au bac en Études françaises: qu'est-ce que la littérature? Je me rappelle vaguement avoir écrit un truc probablement ronflant sur l'art des mots, comme la musique est l'art des sons (première question posée en théorie musicale).

À l'université, j'étais choqué d'entendre les profs parler de la littérature et de ses sous-genres. Je trouvais le discours pédant. Mais plus aujourd'hui.

Pour toutes les écrivaines de romans à succès (aka Best Sellers), il n'y a qu'un Danielewski. Pour tous les poètes engagés, il n'y a qu'un Loco Locass. Pour tous les slameurs bien pensants, il n'y a qu'une poésie. Inutile que la poésie pense bien, d'en faire une norme altermondialiste machin. La poésie normalisée... I crack myself...

La deuxième évaluation universitaire qui m'avait frappé, c'était celle qui consistait à défendre l'une des deux positions suivantes: l'art pour l'art (en s'appuyant sur un texte de Robbe-Grillet), et l'art engagé (basé sur un texte de Sartre). J'avais choisi la première proposition pour son caractère universel, trouvant que la deuxième (proposition) prostituait trop le caractère de l'art par sa temporalité, par son socialisme bourgeois, et autres démagogies idéologiques.

Malgré mon attirance pour les deux positions car, qui n'aime pas se faire mettre en bouche de temps en temps, et malgré que je n'aie que très peu d'affinités avec l'élite artistique, je n'ai d'autres choix que de basculer dans le camp du slam pour le slam, ne serait-ce que par désir d'entrevoir l'infini.

Qu'est-ce que la littérature, qu'est-ce que la poésie, qu'est-ce que le slam? Le slam doit-il être engagé pour être?

Écrivez-moi entre 7 et 10 pages à double intreligne en Times New Roman 12 points. Aucun retard ne sera accepté, même si une tuerie se déroule dans un hospice hébergeant des héros de la Deuxième Guerre dans votre quartier.

2.4.08

Tout n'est pas parfait - À propos de l'embargo sur Hommes à louer de Rodrigue Jean

UPDATE

Si vous désirez co-signer ce texte, merci de laisser un commentaire si ça vous chante, et de communiquer directement avec André Habib.

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Avec l'aimable accord de Horschamp, le netzine de cinéma québécois le plus lu, je reproduis l'article d'André Habib concernant l'embargo sur un film que vous ne verrez peut-être jamais, Hommes à louer, oeuvre de Rodrigue Jean qui s'immisce dans l'univers de la prostitution masculine.

Le texte original est ici.

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À propos de l'embargo sur Hommes à louer de Rodrigue Jean

TOUT N'EST PAS PARFAIT


par André Habib
février 2008


Lire également : Un embargo inacceptable, de Sylvain L'Espérance

Aux derniers Rendez-vous du cinéma québécois, plus de 160 personnes ont rempli à craquer la salle Claude-Jutra de la Cinémathèque québécoise, un vendredi, à 13h30, pour assister à l'unique projection du documentaire de Rodrigue Jean, Hommes à louer(1). Un film de 140 minutes sur la prostitution masculine, tourné sur une période d'un an et qui prit presque autant de temps à être monté, et qui est un chef-d'œuvre. Le programme des Rendez-vous nous annonçait pourtant que nous aurions droit à un « montage avancé ». Nous mentait-on ? Oui(2).

Ce film, c'est ce que nous devions comprendre, était en fait encore un objet « brut » qu'il fallait ajuster, mettre au format et au bon goût… non du réalisateur et du monteur (pour qui le film est terminé depuis belle lurette), mais des producteurs de l'ONF et du privé, Jacques Turgeon et Nathalie Barton. Depuis le mois d'octobre, après avoir tenté sans succès d'imposer « leur vision » du film au réalisateur récalcitrant, ils ont préféré le mettre sur les tablettes et stopper la production. Le plus étonnant c'est que ces gens sont assis sur un des plus grands documentaires québécois des 10 dernières années, et ils ne s'en doutent même pas…

Voilà deux ans que Rodrigue Jean et son monteur Mathieu-Bouchard Malo s'épuisent à convaincre les bonzes de l'ONF du bien-fondé de leur démarche, de la rigueur de leur approche. Ils opposent un refus parfaitement légitime et louable de voir la réalité qu'ils ont patiemment filmée sur une période d'un an (malgré qu'à plusieurs reprises la production ait tenté d'interrompre le projet), qu'ils ont structurée et présentée de la façon la plus honnête qui soit au fil des mois, se faire réduire à un vague défilé attachant de « personnages », bon qu'à servir un human interest, en reproduisant, comme des bons petits soldats, la posture de tous ceux qui, dans le monde du documentaire et de la fiction au Québec, veulent se donner, en amont en les créant, en aval en les regardant, une bonne conscience sociale (dans les deux cas, il s'agit avant tout de leur nombril).

Si l'ONF, désormais, refuse même à Rodrigue Jean de racheter ses droits sur le film (qui appartiennent, vous l'apprenez peut-être chers lecteurs, non aux réalisateurs, mais aux producteurs), c'est qu'ils sentent qu'ils ont une belle « pièce de viande » à lancer sur le marché. Après tout, n'y a-t-il pas là un potentiel « Voleurs d'enfance 2 » ? Tout y est : un sujet à scandale et sur lequel il « faut lever le voile », des jeunes victimes qui veulent s'en sortir, une vie difficile et de l'espoir au bout du tunnel. Ce serait si simple à « vendre », à « louer », à « exploiter ». Or, c'est précisément ce que Rodrigue Jean et son équipe ont refusé, par simple respect pour les individus qu'ils avaient filmés et côtoyés de près, pour le cinéma, pour le réel. Et c'est cela - cette intégrité, cette intelligence, cette noblesse du regard - qui semble intolérable aux professionnels de la profession, qui n'ont de toute évidence rien à battre du cinéma et du monde dans lequel on vit.

Ce film s'érige contre tous ceux qui veulent voir les « problèmes de la rue » mis en boîte et prédigérés, où il y a des bons et des méchants, des « statistiques alarmantes » et des « lueurs d'espoir ». Il s'érige contre la logique barbare des enquêtes-reportages, des télé-réalité à rabais et de toute la ribambelle de films « intouchables » réalisés au Québec depuis quinze ans sur la délinquance ou la pauvreté. L'industrie du documentaire et de la télévision nous tartinent et nous forcent à gober l'idée selon laquelle il suffirait de donner à tous ses « jeunes au cœur d'or », ses « petits combattants de la rue », une mini-DV, des gants de boxe ou des chaussons de danse pour qu'il y ait « raison d'espérer », c'est-à-dire de ne plus avoir à y penser. Et c'est cela qui « nous » semble intolérable.

Un film nécessaire

Hommes à louer est un film-ovni dans le paysage cinématographique québécois (ce qui nous fait dire que les choses vont plutôt mal). Comme pour l'incroyable Yellowknife, son long métrage précédent, complètement évincé par le manque de courage des distributeurs, personne dans « l'industrie » ne semble savoir quoi en faire. Il s'agit pourtant d'un des films les plus puissants, les plus forts et, en un mot, les plus nécessaires que l'on puisse imaginer aujourd'hui. Pendant deux heures et demie, une douzaine de jeunes nous parlent, d'un mois de novembre à un autre, de leur métier, de leur vie quotidienne, de leur histoire, avec une intelligence et une lucidité qui glacent le sang, qui font tour à tour rire et frémir : ils savent parler mieux que quiconque de la réalité qu'ils vivent, de la logique infernale dans laquelle ils sont pris, de l'exploitation qu'ils subissent, qu'ils entretiennent et qu'ils reproduisent. Et en même temps ils sont à mille lieux de toute victimisation, de tout apitoiement éploré. Ils sont filmés la plupart du temps en très gros plan, avec les lumières de la rue qui scintillent à travers la vitre derrière eux ; les micros sont placés directement sur leur poitrine, donnant au son de leur voix, de leur toux, de leur silence, une netteté, une proximité proprement terribles. On ne connaît par le nom de ces jeunes, souvent même peine-t-on à les reconnaître d'un mois à l'autre, tant leur physionomie a changé, et tant leur réalité peut paraître interchangeable. Aucune voix-off péremptoire, aucun témoignage de spécialiste, aucune statistique sur la criminalité, la prostitution ou la toxicomanie, aucune caméra cachée, aucun voyeurisme, aucune démagogie, aucune morale, aucun didactisme, aucune « leçon de vie » à tirer, aucune complaisance. Seulement des fragments de vie qui s'agencent ; des paroles qui s'accumulent ; une caméra et une écoute qui les accompagnent. Et on en sort les jambes sciées, les yeux pleins d'eau, avec l'envie de crier. Mais notre révolte naît moins de ce qu'on a entendu et vu (qui serait suffisant), que de l'idée qu'on veut empêcher ce film-là d'exister dans la forme que ses créateurs lui ont donnée et qui est la seule acceptable.

Que reproche-t-on au film ? Son absence de « point de vue », la multiplication des « personnages » qui rend difficile « l'identification » (c'est leurs mots, qu'on me les explique). Car pour eux un film, tout film, est potentiellement un arbre livré par le réalisateur qu'il s'agit d'émonder afin qu'il cadre avec une forme que les producteurs-distributeurs-télédiffiseurs ont dans leurs têtes, et qui serait la seule, la vraie, l'unique façon de parler de « ce monde-là » pour que ça « pogne », pour qu'ils puissent mettre leur estampille d'approbation sur un film : « si tu me coupes tel ou tel personnage, si tu enlèves celui qui est violent, celui qui a été abusé, si tu tailles dans les références trop nombreuses à la drogue, si tu me ramènes ça à une heure et quart, on pourra plus facilement s'identifier et ton film sera plus "punché" » (c'est leur idée). Est-ce bien ça le but d'un documentaire, s'identifier, compatir, « puncher » ? S'identifie-t-on aux pêcheurs de marsouins de Pour la suite du monde, aux Bûcherons de la manouane, aux travailleurs d'On est au coton ? Aurait-il fallu demander à Pierre Perrault, Arthur Lamothe ou Denys Arcand, de rajouter une voix-off et d'éliminer quelques-uns des « personnages secondaires » du film, pour que le « message » passe mieux ? On a beau rire, mais ce qu'on demande aux réalisateurs aujourd'hui est tout aussi absurde, humiliant, honteux et politiquement douteux que ça. On leur impose une logique calquée, non sur celui de l'art et de la vie, mais des communications et de la rentabilité. Après tout, comme l'expliquait une responsable de Radio-Canada à Rodrigue Jean : « on est là pour vendre de la pub ».

Les ennemis du cinéma sont parmi nous

À l'heure où l'on fait la promotion guillerette d'un documentaire sur l'histoire de la censure au Québec (Les ennemis du cinéma, de Karl Parent et Yves Lever), on présuppose qu'aujourd'hui « tout est parfait », comme si cette « période sombre » était nécessairement loin derrière nous (le duplessisme, la phobie des gauchistes, etc.). Ce qu'on oublie de dire c'est que la disparition des salles de cinéma à Montréal et à travers le Québec, la frilosité devenue proverbiale des distributeurs, la mainmise des producteurs sur les œuvres des créateurs, l'emprise des lobbys américains sur la distribution, le pouvoir démesuré accordé aux télédiffuseurs pour obtenir le financement d'un film, l'obsession avec l'audimat, les entrées et la « performance », exercent une censure infiniment plus perverse en empêchant un nombre incalculable d'œuvres fortes (d'ici et d'ailleurs) d'exister et de nous parvenir. Cependant que nos institutions se gaussent d'être au service du « cinéma d'ici », du cinéma d'auteur, ils sont en train de les asservir et de les soumettre à une violente et impitoyable loi du marché (heureusement, il y a, ici et là, quelques exceptions, quelques foyers de résistance, mais ils sont rares).

Il est effarant de voir à quel point le système actuel agit de façon sournoise, et non moins pernicieuse, en conspirant à saboter des œuvres pour la simple et bonne raison qu'elle ne correspond pas à un format préétabli. Le « format » dont il est question ici n'est pas seulement celui de la durée, mais bien celui du « formatage » que l'on veut faire subir à certains « sujets », au mépris des créateurs et de tout bon sens, et qui répondent à des critères souvent complètement arbitraires et capricieux. Il est temps de redonner aux créateurs un véritable droit sur leur œuvre, de remettre en cause cet asservissement dégoûtant à la logique de l'exploitation, et de recommencer à faire confiance au public, qu'on prend trop souvent pour des imbéciles. Nous ne pouvons qu'espérer que - pour reprendre le titre d'un film honteusement oublié d'Arthur Lamothe - le mépris n'aura qu'un temps, que l'ONF saura répondre publiquement de ces agissements ineptes, et accordera à ce film incroyable le simple droit d'exister, dans sa durée (140 min.) et dans son format (35mm) prévus.

M. Perlmutter (nouveau commissaire de l'ONF), vous rêviez récemment de faire renaître la grande époque du documentaire canadien ? Vous avez ici une occasion en or de faire amende honorable, en renversant l'embargo injustifié qui a été mis sur ce film. Pour le reste, ce sera au public de juger.

Hommes à louer (Rodrigue Jean, 2008) - 23.2 ko
Hommes à louer (Rodrigue Jean, 2008)

Cette lettre a été appuyée par :

Judith Abitbol (Paris), Stéphanie Allaire, Olivier Asselin, Eliette Aubin, Pierre Barrette, Phile Beauchemin, Denis Blaquière, Yordan Bobev, Vincent Bonin, Karine Boulanger, Manon Briand, Serge Cardinal, Suzanne Chartrand, Réjean Chayer, Stéphane Claude, Denis Côté, Jean-Claude Coulbois, Jeanne Crépeau, Jacques d'Amboise, Evelyne de la Chenelière,Sophie Deraspe, Lhassa De Sela, Michel de Silva, Patrick Demers, Mathieu Denis, Jean-Francois DesBois, Jean-Philippe Desrochers, Guylaine Dionne, Simon Dor, Felix Dufour-Laperrière, Elitza Dulguerova, Bernard Émond, Hélène Faradji, Marie-Josée Ferron, Jean Fontaine, Anne-Michèle Fortin, Vali Fugilin, Gaston Gagné, Simon Galiero, Emmanuel Galland, Pierre Gauvreau, Maxime Giroux, Catherine Goupil (Paris), Louis Goyette, Gérard Grugeau, Brigitte Haentjens, Catherine Hébert, Julie Hivon, Karim Hussain, Katerine Jerkovic, Yvan Lafontaine, Arthur Lamothe, Simon Laperrière, Jean-Pierre Lavallée, Pierre-Jean Lavigne, Simon Lavoie, Sylvain Lavigne, Franck Le Coroller, Pierre Lefebvre, Karl Lemieux, Jean-Pierre Lefebvre, Marquise Lepage, Stéphane Lépine, Marie-Claude Loiselle, Geneviève Lussier, LeRoy K. May, Gilles McMillan, Silvestra Mariniello, Catherine Martin, François Miron, Rosanna Maule, Cristiana Nicolae, Geneviève Ouellet, Viva Paci, Frédérick Pelletier, Ariane Pétel-Depsots, Marina Polosa, Éric Prince, Sophie Prophète, Norma Rantisi, Nicolas Renaud, Robert Richard, Lucie Robitaille, Hubert-Yves Rose, André Roy, Mikhaël Roy, Simon Sachel, Nathalie Saint-Pierre, Michel Simonsen, Anick St-Louis, Marie-Jan Seille, Paul Tana, Jean Théberge, Michel Thériault, Donato Totaro, Gisèle Trudel, Barbara Ulrich, Pierre-Luc Vaillancourt, Francis van den Heuvel, Marie-Christine Vanier, Myriam Yates, Maryanne Zéhil.

Si vous désirez soutenir cette initiative et rajouter votre nom à la liste d'appui, écrivez-nous.

Notes :

1) Pour en savoir plus sur le film, je vous invite à lire l'entretien paru dans le dernier numéro de la revue 24 Images (no. 136, mars-avril 2008), ainsi que l'excellent article de Gérard Grugeau, "Les enfants sauvages", p. 34-36.
2) Une version tronquée de cette lettre a été publiée dans l'édition du 3 mars du quotidien Le Devoir.

11.2.08

Sucking Up

F***!
Les
Lèch'-cul
Ont toujours
Le nez dans le cul
Du boss : veule prostitution

18.9.07

Dilbert Marketing

J'aimerais dédier cet épisode de Dilbert à tous ceux qui ont l'indicible honneur de travailler en marketing.

Non mais, Dogbert n'a pas tort :)

1,060 Cigarets and Counting

Ah! Cigarette, quand tu me tenais!

Il y a déjà de cela trois mois, j'arrêtais peut-être de me cancérigéner. À 10 cigarettes par jour pendant trois mois et quelque, faites le calcul.

La meilleure façon pour moi d'arrêter de fumer a été de me dire que mes gouvernements n'étaient pas assez braves pour interdire ces clous de cercueil. C'est sûrement plus rentable d'investir en santé et en éducation que de dégoudronner les dépanneurs.

Si vous me comprenez bien, je suis en train de vous dire (ben oui, René...) que la prochaine fois, je voterai avec un dé.