2.2.07

Secrets, mensonges et demi-vérités, fin de la première scène

1 (suite et fin)

Malamer. Ça va être tellement propre qu'on va pouvoir se voir dans le prélart, on va pouvoir voir le fruit de mes entrailles briller sur le carrelage comme Marie-Madeleine attendait que les disciples aillent se souler pour être seule avec le Sauveur.

Entre Sauvage-Pas-de-Plume, fâchée.

Sauvage-Pas-de-Plume. Ma fille, tu entaches toute la lignée de Sauvage L'Ancienne, ton aïeule, qui mettait bas plus vite que Renargenté peut descendre sa caisse de 50. Elle, est niaisait pas avec le puck, elle t'accouchait ça nette drec sec, drette-là, sur le prélart balayé par la plus vieille qui avait à peine 11 ans. Dans ce temps-là, on se souciat pas ben ben de la perfection. On ramassait des couvartes en coton blanc, les femmes disait à l'élue « pousse, awèye pousse! », pis là, le p'tit Jésus m'envoie sa foudre si je dis des menteries, pis là, le p'tit bonhomme ou la p'tite bonnefemme se pointait le nez dans notre petit coin de paradis, pis on l'accueillait à bras ouverts, pis on le lavait, pis on l'allaitait parce que dans ce temp-là, ça existait pas le lait en poudre, on leur donnait pas de l'Enfalac à nos poupons, on leur donnait ce qu'il y a de mieux, le sein de leur mère.

Malamer. Sauvage-Pas-de-Plume, te voilà avec ta science et tes bouffoneries d'antan. On n'est plus au temps des sage-femmes, des guérisseuses et des ramancheuses, on est à l'époque de la Science avec un grand Sexe, huh S.

Sauvage-Pas-de-Plume. La langue te fourche ma fille, c'est le serpent du paradis qui te fait dire des niaiseries pareilles.

Malamer. Peu m'importe ton paradis perdu. Mon gynécologue, mon docteur de famille, mes amies, tous les magazines et les émissions de télé que je regarde me l'ont prouvé maintes et maintes fois : aujourd'hui, on ne donne plus le sein. C'est tabou, c'est vicieux, c'est vulgaire. Pourquoi mélanger le sexe et l'enfance alors que les médecins, dans leur grande bonté, nous concocte ce qui a de mieux pour nos petits! Plût au ciel que mon enfant, Martrand Reibéni, reste vierge de toute cette décadence précolombienne.

Sauvage-Pas-de-Plume. Et si c'était une fille?

Malamer. Impossible, j'ai déjà donné.

Sauvage-Pas-de-Plume. C'est prévu pour quand?

Malamer. Aujourd'hui. Pourquoi tu penses que Malamer II et III sont là à astiquer comme des bonnes?

Sauvage-Pas-de-Plume. Aujourd'hui? Bonté divine faut faire un chapelet, une couple de Je vous salue Marie et des dizaines de Notre Père.

Malamer. Arrête tes innocenteries, on n'est plus en l'an 40!

Sauvage-Pas-de-Plume. Arrête de t'énverver. J'ai pas envie que tu me fasses un petit-enfant tout entortiller pis qu'on aille à aller voir le curé pour qu'il y mette de l'huile Saint-Joseph.

Malamer. Arrête tes superstitions. Je ne suis pas la mère de Dieu et je ne vais pas accoucher dans une étable. Je vais l'accueillir avec dignité, que tu le veuilles ou non. C'est mon enfant, pas le tien.

Renargenté entre, émêché.

Renargenté (chante). Ils ont des chapeaux ronds, vive la Bretagne. Ils ont des chapeaux ronds, vive les Bretons-tons-tons-tons, swin-swin-swin-swin.

Malamer. Papa!

Renargenté. Ma fille! Comment vont les développements dans le merveilleux monde de l'enfantillage?

Malamer. T'as encore trop bu. Tu m'avais promis que tu serais sobre pour la naissance de ton petit-fils.

Renargenté. Trop bu? Je pourrais en boire une autre caisse avec un soupe au poivre que je te le ferais giguer dans mes bras en brassant ma ruine-babines.

Malamer. Oh que t'es comique! L'as-tu apportée au moins?

Renargenté sort un harmonica de sa poche gauche et joue un vieil air de bluesharp.



Renargenté. Ben sûr que je l'ai apportée, pour qui tu me prends, un soulon?

Malamer. Ben non, ben non, chicanons-nous pas veux-tu, c'est le plus beau jour de ma vie après mon mariage avec Pitiblou.

Pitiblou qui, depuis l'entrée en scène de Sauvage-Pas-de-Plume, somnole, se lève d'un trait et présente ses hommages à ses beaux-parents.

Pitiblou. Madame Pas-de-Plume, monsieur Genté, je vous présente mes plus sincères condoléances.

Malamer. Pitiblou! Kessé tu racontes-là!

Pitiblou. Je suis navré. Je voulais dire ma plus joyeuse descendance.

Malamer. Retourne donc compter tes colonnes de chiffres, tu seras plus utile là-bas.

Pitiblou. Je suis désolé, Malamer.

Malamer. Désolé, navré, c'est ça, cause toujours, pauvre imbécile.

Pitiblou retourne dans son fauteuil, reprend son journal, somnole à nouveau.

Malamer. Môman! Môman! Je sens que ça coule!

Sauvage-Pas-de-Plume. Qu'est-ce qui coule ma fille?

Malamer. Mes eaux, mes eaux!

Martrand Reibení gesticule dans sa bulle et tente de se frayer un passage. Il n'y arrive pas, panique. Malamer II et III arrivent avec une grande aiguille et crève la bulle. De l'eau surgit de la bulle et Martrand Reibení s'en extirpe péniblement. S'effondre.



Malamer. Plût au ciel que le grand créateur du Ciel et de la Terre me laisse chérir cet enfant inespéré, inattendu. Que je puisse l'aimer comme j'abandonasse ma progéniture ancienne.

Sauvage-Pas-de-Plume. Tais-toi donc maudite folle. Appelle l'ambulance!

Pitiblou s'éveille en sursaut, prend le téléphone et appelle les ambulanciers. Un bruit de sirène se fait entendre en sourdine puis, rapidement, très bruyamment.

8 comments:

Nina louVe said...

Bon joual de saint cibouére...
La belle histoire du Pays Prélart. De l'hôtel, au plancher.

POETIC GLADIATOR said...

Le point commun entre les mystico-machin et les rationalo-truc, c'est que l'un comme l'autre pensent tout savoir, quand chacun ne fait que détenir un tout petit morceau de vérité (à la menthe, de préférence). Ceci dit, le lait en poudre possède un avantage majeur : permettre aux deux parents de faire part équitable. L'essentiel pourtant est ailleurs : j'ai beaucoup ri à votre texte.

superk said...

salut gladiator!

c'est fou comment cette dichotomie s'est opérée sans que je n'en rende compte. c'est un bon filon pour le reste de la pièce.

merci d'avoir ri! c'est rassurant de voir que malgré le joual, l'humour ait franchi l'Atlantique :)

le rimailleur said...

"Le point commun entre les mystico-machin et les rationalo-truc..". C'est plutôt la querelle des anciens contre les modernes, car chacun en appelle finalement à un certain rationalisme : la nature ou la science. Ce qui est marrant c'est que ça s'inverse. On a vu des filles des années quatre-vingt revenir au sein contre leur mère des années soixante qui ne juraient que par la poudre d'escampette.

J'aime beaucoup tes dialogues qui me mettent en joual :-)

superk said...

merci rimailleur! je pensais être passé «à côté de la track» (plaque) n'ayant pas reçu beaucoup de commantaires...

ah! ce que l'ego de l'écrivain peut être fragile, parfois! :)

Nina louVe said...

Ton ÉGO bourre-le de je m'en fouttt.

Bon sang SuperK, y'a que le plaisir que ça nous donne d'écrire qui compte.

Tu trouves pas ? Moi oui.

J'attends pas le chat ni le chien. Je bouffe l'os pis... c'est ok.

superk said...

ça dépend des jours supernina. ya des jours où jm'en fous comme l'an 2 av. JC, d'autres pas, voilà.

mais bon, je garde l'acte (ou la scène) 2 dans ma tête, ya une partie de prête, mais faut quand même qu'il y ait un semblant d'ordre dans cette grotesquerie.

pis vas-tu dans les vieux pays betôt avec le poète qui fouette comme au colisée?

Nina louVe said...

tu te souviens que tu nous proposais de narrer cette scène

"excellent les filles! qué yé ris, qué yé ris. ça me donne le goût de continuer, Secrets, mensonges et demi-vérités juste pour que vous le lisassiez."

ben.. y'a de bonnes chances pour que la Karo et la Nina attrapent un mic betôt.