10.5.07

Ville de M. — La Route

La route secondaire qui nous mènera vers la ville de M. est étrangement belle. Mais avant de quitter notre grande ville, nous avons croisé des lieux remplis de souvenirs : le bar où j'ai rencontré Jakeza; l'université où j'ai subi mes études littéraires et où Jakeza a réussi with honors son doctorat en psychologie behavioriste; les cafés où j'ai déclaré ma passion plus de cent fois, où j'ai déclamé des poèmes sans sens, où j'ai chanté le blues du vingtnaire blasé.

Toute cette myriade de flashbacks se trimbale dans ma tête pendant que Jakeza regarde par la fenêtre, plongée dans une rêverie sans nom; Naoko sifflote des phat beats en tapotant sur le siège avant et Nokäa aligne les vers comme un pécheur en manque de chance.

Arrivé au pont Xantippe, j'ai le goût d'une bière rousse qui me râcle la gorge tandis que les enseignes tape-à-l'œil tentent de nous vendre un livre à scandale, un alcool sucré ou un disque à l'eau de rose.

C'est l'arrière-goût amer de notre grande ville d'Alcibiade que nous laissons couler le long de notre œsophage émotif; les navettes font l'aller-retour entre le temple de Socrate et la banlieue sud sous mes pneus, le chant du métro se fait plus distant, malgré ses accords décousus et pointés.

Sur la route secondaire qui prolonge la vie incessante du pont Xantippe se dresse des collines de part et d'autres comme en un rêve brumeux. Les cimes des arbres, mauves, parlent aux nuages qui terminent leur partie de poker : je suis visiblement épris d'un psychotrope éclatant. Les arbres ne parlent pas, les nuages dorment.

— Mettrais-tu de la musique?

Jakeza est toujours prise par ses rêveries (nostalgiques?) et n'entend pas ma question. Je la répète en mettant l'emphase sur le mot musique.

— Hein? fait-elle, comme extirpée d'un profond sommeil.

— Qu'est ce que t'as envie d'écouter?

Jakeza ouvre distraitement la radio sur la chaîne AM. Ça griche. La radio fait "kchhh" et cela ne semble que me déranger.

— Qu'est ce que t'as?

Jakeza ne me répond pas, toujours partie dans son monde parallèle. Je commence à perdre patience.

— Jak, veux-tu ben me dire kessé que t'as?

Elle hésite. Elle me répond enfin, faiblement.

— C'est lui.

— Qui ça, lui?

— Tu sais.

— Ah! Pas encore! fais-je, excédé. Tu sais ben qu'il faut pas que tu t'impliques. C'est toute des fuckés!

— "La sexualité n'existe pas".

— Ah! Arrête avec tes citations lacaniennes à la noix!

— Attention!

10 comments:

gmc said...

bande-son de l'instant: "miss amérique" de Arno sur l'album "jus de box".
un extrait:
"j'ai tout compris
oui j'ai dormi
avec miss amérique"

Nina louVe said...

Zut ! C'est dans le libellé "horreur". Bin, j'espère qu'ils n'auront pas un accident de discours...

la part said...

Horreur... 2 soeurs asiatiques...

Tu chèckeras ça, tu va passer un bon moment. Par contre, je sais pas si tu vas le trouver au Blockbuster de Lévis...

http://www.allmovie.com/cg/avg.dll?p=avg&sql=1:290214

superk said...

gmc: dormi avec miss amérique, ou miss greece, on verra où l'aventure nous mènera.

nina: il y aura plusieurs accidents, de discours ou autres.

la part: ckoi le titre? la page vers laquelle tu pointes c'est Lessons in Visual Language: Lenses and Perspective, c'est ça?

Nina louVe said...

oôoooh... tu vas pas nous faire mal, dear mâle, hein ?

superk said...

vou zalé toute soufaire.

Nina louVe said...

sal oôh, yétrembll

le rimailleur said...

C'est pas plutôt le rapport sexuel n'existe pas qu'il a dit Lacan ??

superk said...

rimailleur: tu connais bien ton sujet ;)

oui c ça qu'il a dit lacan, c ma variation K-aïenne :)

le rimailleur said...

C'est donc l'ecole lakaienne un peu matinée d'école acadienne.