18.11.09

Comment se faire bercer par Vonnegut

Le Berceau du chat raconte l'histoire de l'écrivain « Jonas » – on n'apprendra pas son nom de famille – qui décide d'écrire un livre sur les phénomènes qui se produisirent simultanément lorsque la bombe atomique fut lancée sur Hiroshima en 1945. Pour ce faire, Jonas pénètre dans l'univers de Felix Hoenikker, un des co-créateurs de la bombe atomique. En fait ici se mêlent réalité et fiction car, même si le canevas de l'histoire s'avère « réel », Vonnegut y va de fantaisies de son cru qui n'ont rien à voir avec l'Histoire : Felix Hoenikker n'existe que dans Le Berceau du chat.

Donc, Jonas rencontre un à un les enfants de Hoenikker – un nain, une sans-cervelle et un fan de modèles réduits doté d'un don naturel pour l'architecture, devenu milicien – et chemine vers la glace-9, soit une structure alternative d'eau, solide lorsque la température ambiante est de moins de 45,9 celsius. Mais lorsqu'une goutte de glace-9 entre en contact avec de l'eau, toute l'eau devient glace... et cause la mort. C'est d'ailleurs ainsi que meure Felix Hoenniker, bêtement, alors qu'il expérimentait dans son chalet, à la veille de Noël, et que les enfants étaient partis faire des emplettes. Le chien des Hoenikker en périra également.

Afin de faire avancer son bouquin, qui n'est qu'un prétexte pour s'immiscer dans la vie privée des Hoenikker et leur extirper de l'information sur le génie du père, Jonas s'envole pour San Lorenzo, une île imaginaire des Caraïbes où l'on parle un créole très approximatif : elé sam artière n'deledem okra-zy signifie « et les 100 martyrs de la démocratie ».

Sur cette île règne en tyran « Papa » Monzano, qui menace de torturer n'importe qui sous le croc, une arme massacrante directement sortie du musée des horreurs de Londres (ou de l'esprit de l'auteur?). Sa fille adoptive, Mona, grande xylophoniste devant l'éternel, incarne tout le contraire de son paternel : symbole sexuel de l'île, promise au général Hoenikker (le fils aîné de Felix Hoenikker); Jonas en tombe amoureux et découvre par le fait même les vertus du bokonisme.

Tu suis toujours?

Le bokonisme est la religion qu'il ne faut pas pratiquer sur l'île, de peine de mort par le croc. En fait, Bokonon, le père du bokonisme, et « Papa » Monzano, s'opposent en tout pour des raisons qui s'exposent tout au long du roman : pour maintenir un certain équilibre entre le Bien et le Mal.

Cette fable fantaisiste, aux frontières de la science-fiction, m'a procuré un rare plaisir de lecture. Me rappelant autant Borges de par ses parallèles entre réalité et fiction, que Sony Labou Tansi (voir La Vie et demie) pour sa satire de la tyrannie coloniale, qu'Orwell ou Voltaire pour cette naïveté qui mène le narrateur à se perdre lui-même d'un amour impossible avec une nymphe paradisiaque (Mona).

Et le berceau du chat dans tout ça:
« Pas étonnant que les gosses deviennent fous en grandissant. Un berceau de chat n'est rien d'autre qu'un faisceau d'X entre les mains de quelqu'un, et les gosses regardent tous ces X, iles les regardent, ils les regardent...
-- Et?
-- Et il n'y a pas plus de chat que de berceau. »
C'est Newt Hoenikker, le benjamin de la famille, qui nous montre que cette fable est un magnifique leurre.

Au sujet des Américains :
« Les Américains, dit-il en citant la lettre écrite au Times par sa femme, cherchent toujours à se faire aimer des formes qui n'existent pas et en des lieux impossibles. Il y doit avoir là une survivance de l'ancien esprit de la Frontière. »
Et à propos de l'apport de la littérature dans le monde:
— Je songe à déclencher une grève générale de tous les écrivains jusqu'à ce que l'humanité redevienne raisonnable. En seriez-vous?
— Est-ce que les écrivains ont le droit de se mettre en grève? Ce serait comme si la police ou les pompiers faisaient grève, non?
— Ou les enseignants.
— Ou les enseignants, » acquiesçai-je. Je secouai la tête. « Non, je ne crois pas que ma conscience m'autoriserait à donner mon soutien à une grève de ce genre. Lorsqu'un homme se fait écrivain, j'estime qu'il assume comme une obligation sacrée le devoir de produire de la beauté, de la lumière et du réconfort, et au galop encore!
— Je ne puis m'empêcher de penser au total désarroi de l'humanité si du jour au lendemain il n'y avait plus de nouveaux livres, de nouvelles pièces, de nouvelles histoires, de nouveaux poèmes...
— Et vous vous sentiriez fier quand les gens commenceraient à mourir comme des mouches? Demandai-je.
— Ils mourraient plutôt comme des chiens enragés, je crois – la bave aux lèvres, en montrant les dents et en se mordant la queue. »

4 comments:

daniel guimond said...

Se faire bercer par V?! Moé je cherche seulement à me faire tu sais quoi par X!
Ça pas rapport, franchement!

Lâchez la littérature, c'est F-i-n-i, man!
Maintenant c'est l'heure de la politique internationale en 4d Haute Déflagration....

LeRoy K. May said...

mais la littérature, c'est ben plus in, on rencontre du monde comme toi, bourbon et mélodie nelson, sans parler de la groupie par excellence, Ema Ch'Vai =)

café radical said...

On est bien obligé de revenir à Vonnegut, toujours, et à cette géniale traduction du berceau du chat

soo-pah kay said...

Oui, j'y reviens périodiquement. Dommage que tous ses livres ne soient pas tous traduits (peut-être que je m'y mettrai :)