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5.11.07

LivEvil2K - María III

Voici la suite de LivEvil2K, entamée il y a un bout de temps déjà.

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Toujours sur un high après mon expérience hors de l'ordinaire d'hier, je me dirige vers l'aéroport Charles-de-Gaulle, où je prendrai le prochain vol pour faire escale à Toronto, puis me rendre jusqu'à Calgary, ville du stampede et du boeuf à chier. Je peine encore à comprendre comment ce billet aller simple s'est retrouvé dans ma poche, même si je sais que mon ange gardien veille toujours sur moi.

María, après s'être chaudement préoccupée de moi, m'ayant entourloupée comme une souris dans une trappe à fromage, sort de la douche et m'apprend qu'elle est également hôtesse de l'air, et que Gerry lui a élégamment demandé de conduire Miss Téria dans la jungle de l'Alberta. Gerry, que j'avais vu pour la dernière fois il y a exactement 2 ans, alors que je déclamais des vers et qu'il se masturbait dans ma chemise. Gerry, que jamais je n'aurais cru si habile avec la verge, que j'aurais plutôt qualifié hâtivement sans le connaître, et donc remplie de préjugés, que j'aurais plutôt qualifié, dis-je, de fif et de maniéré, mais ses yeux...

Je dépose 50 francs et le Roissy Bus me mène au Terminal A. Je déteste prendre le RER si bien que je traverse Paris depuis la place de l'Opéra jusqu'au nord du 18e avant de prendre l'autoroute A1 qui me guide droitement vers ce phœnix mécanique; j'imagine déjà le doublé de films américains moches : une comédie insipide et une pétarade d'explosions superficielles. Heureusement que j'ai mon portable intégrant lecteur de musique tactile, client mail et caméra numérique.

Il est temps que je pose quelques hypothèses concernant les meurtres de propriétaires de Pizza 2=1, et que je cesse un peu de penser aux plaisirs que pourraient me donner Sieur Gérard. Tout d'abord, depuis que le premier meurtre a eu lieu le 27 mai 2002, il s'est perpétré exactement 12 crimes du genre sur le seul territoire de l'île de Montréal en deux mois. En ce 26 juillet, je n'ai pratiquement aucune piste quant aux auteurs de ces meurtres, ni quant à leur motif, et surtout : pourquoi des propriétaires de Pizza 2=1? Y avait-il anguille sous roche pour que 12 quidams se la fassent faire exploser par un (ou plusieurs) désaxés graves. Pourquoi entretenir une haine contre les Pizza 2=1 : cela tenait pratiquement du délire...

Mon patron, Stephen McEwan, me sait à Paris pour mes deux semaines de vacances, mais il ne sait pas que je reviens plus tôt que prévu en terre canachienne et que je pourrai prendre de l'avance dans mon enquête, mais un pit-stop à Calgary ne me gêne pas non plus... Je pourrais tenter d'établir un schème de l'ordre des meurtres et de leurs lieux : le premier s'est déroulé le lundi 26 mai à l'angle du chemin de la Côte-des-Neiges et de St-Kevin; le deuxième, le vendredi 31 mai au coin de Frontenac et Papineau; le troisième, le jeudi 5 juin sur René-Lévesque, au coin de Drummond; et le quatrième, le mercredi 11 juin sur Verdun au coin de Woodland.

Le cinquième s'est déroulé le mardi 17 juin à l'angle du boulevard St-Michel et de la rue Hochelaga; le dimanche 22 fut le théâtre du sixième tandis que le samedi 28 accueillit le septième en l'espace d'un mois. J'aurais pu commencer à faire de la numérologie prestement, mais n'étant pas une amante des maths, je me suis éloignée des conclusions actuarielles : je ne suis pas dans un film américain.

Ce qui m'effrayait, c'était cette forte possibilité de procrastination aiguë, laquelle il m'est difficile d'éviter par nature, me sachant portée vers cette faiblesse ô combien libératrice et antistressante à souhait (bon, je ne commercialiserai toutefois pas cette idée, quoique... de plus en plus d'espace est réservé à la publicité à la télé non payante, avez-vous déjà remarqué? Avez-vous remarqué que les talk-shows sont de moins en moins populaires, que la bonne population se couche à 22 heures anywayz, et qu'on peut polluer les ondes de télé-incitations à la trisomie volontaire chronique, à patauger entre un Abs-Builder et un Trim 'Til You're Slim?).

Je crains qu'une fois à Calgary, je peinerai à m'extirper de ses griffes épaisses et dodues, et que je m'en sortirai seulement en arborant un red neck...

María, que je n'ai pas remarquée durant tout le vol, se pointe dans ma rangée où un banc est inoccupé. Elle se glisse comme une fauve, et je sens que je vais encore expérimenter les désirs de l'autre... Mon coeur palpite et je tremble légèrement : María me sourit gentiment, du moins je n'y détecte aucune malice, elle prend ma main et la glisse dans son chemisier, pendant que j'humecte mon majeur pour m'égayer sous les plis de ma jupe, et que le steward me demande : "Poulet ou saumon?"

Je réponds poulet.

22.5.07

Kanlabrum, prise III

Morris et Karl n'ont pas besoin de valise. Ce sont des aventuriers, un packsack leur suffit. Layne Staley et Jerry Cantrell les accompagnent par la voie des ondes radiophoniques. Ils sont accompagnés de deux grands, de deux gars qui ont compris. Ils n'ont pas vraiment besoin de leur aide, mais encore, ça fait partie intégrante du trip de l'exode vers l'Ouest, Go West Young Men Go West. Comme dans les romans de Kerouac, la poésie de Ginsberg, les trames narratives de Burroughs accompagnés à la guitare du supranaturel Kurt.

I feel so alone gonna end up a big pile a them bones. Morris a pris soin d'équiper le bolide d'albums incontournables; en passant, ils se dirigent vers Vancouver, BC (ou du moins le croient-ils), capitale du Nouveau-Monde. Donc, Morris a pris soin de faire le plein d'Alice in Chains, c'est évident n'est-ce pas? Offspring, Pearl Jam, Nirvana, c'est quintessenciel comme on dit au Yémen; Miles Davis, et plus précisément les albums de la période modal/free jazz, voire destroy, tels que A Tribute to Jack Johnson, Bitches Brew, In a Silent Way, Miles in the Sky. Trane les accompagne également : A Love Supreme, Giant Steps, Live in the Antibes, Meditations et Impressions, sans oublier les percussions endiablées de Rashied Ali sur Interstellar Space et le Live in Japan; puis l'indescriptible Hendrix : rien de moins que l'anthologie complète. C'est au son de Tax Free que leur périple échappatoire commence, un jam écrit par a couple of sweedish cats named Hanson & Carlsson. Un beat omniprésent se répercute sur les vitres, maintenant elles sont ouvertes; il s'évanouit dans l'espace entre Toronto et Winnipeg (Ah! Winnipeg! Cet amoncellement de rien parsemé de plus que rien. Ah! Les silos! Ah! La verdure à perte de vue. Mais bon, passons.).

De peur de se faire réprimander, malgré l'état cadavérique de Karl, Morris n'a pas lésiné sur les chefs-d'oeuvre de Arthur H, Mano Negra, Lo'Jo, Les Négresses vertes, empilés dans le coffre à gants. Le long voyage eut été gâché sans les notes des œuvres de Schumann, dont la pièce Scènes d'enfant fait indubitablement partie. Ces pièces ne devraient pas être jouées par des enfants; ce sont des souvenirs d'adultes reproduits en musique, un simulacre de rêve qui permet d'échapper à la réalité, banale si elle n'est pas poétisée ou à tout le moins, vécue pleinement. C'est un peu un paradis perdu mais bon, les rois de ce périple y pensent-ils vraiment lorsqu'ils écoutent cette musique, romantique à souhait, du dix-neuvième siècle? Qu'en pensez-vous? Vous avez raison, il est à croire que non. Mais, étalage de culture purement gratuit oblige, vous connaissez maintenant la vraie pensée de Schumann lorsqu'il écrivait ces pièces d'enfants, selon Dieter Rexroth, ce qui est purement subjectif, comme se veut ce texte en pleine expansion, désirant tout embrasser.

S'extirpant soudainement de son état végétatif aigu, Karl demande si Santana résonnera dans l'antre aux quatre roues motrices. Morris rétorque me prends-tu pour un innocent, ce qui le fait dûment sourire, pour ne pas dire éclater de rire, mais bon, ce ne sont que des impressions, et dieu sait (au fait, le sait-il?) que les impressions sont purement subjectives. Le pendule oscille-t-il du côté du bien ou dans l'abîme du mal? Les lecteurs devraient s'en crisser, éperdument. Tel que stipulé dans l'introduction de ce texte : « Nous recherchons la division entre le charme et l'ennui ». Je respecterai votre intelligence et ne reproduirai pas les premières pages de ce texte atemporel, comme l'aurait fait un de mes maîtres à penser.

27.3.07

LivEvil2K - Kanlabum, prise II

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Nébuleux et à contrepoint, le Kor Griffè parle encore de façon allusive, vous plongeant dans un cirque infernal qui ne fait que commencer. Prenant pour prémisse que l'homme archaïque se cachait dans les villes pour fuir l'hydre de la campagne, nous affirmons que la réalité n'est plus fonction de l'imitation d'un archétype céleste et que Morris, Karl, Miss Téria et Gerry, entre autres, seront les victimes de ces rituels oubliés, signe d'un passage du temps inéluctable et tremblant comme le chêne à l'approche de l'orage sulfureux.

La répétition des gestes ancestraux, dans des circonstances sacramentelles, afin, inconsciemment peut-être, de rejoindre l'ab origine des temps immémoriaux, aura un effet indélébile sur les personnages susmentionnés, car des faits inéluctables montrent la puissance des rites et l'impuissance de leurs participants : au Texas, en Belgique, au Québec, les leaders de sectes ont créé des imbéciles à batteries rechargeables, aussi cons qu'un homme acoquiné par manque de couilles. La réalité quotidienne est tributaire de la participation au symbolisme central : les villes, les temples, les maisons deviennent réels par le fait d'être assimilés au « centre du monde » et rassurent les pauvres quidams perdus dans cette mer déchéante qu'est notre vie. Enfin, ne me prenez pas trop au sérieux, les rituels et les gestes profanes significatifs que nous réalisons chaque jour ne prennent le sens qu'on leur prête que parce qu'ils répètent délibérément tels actes posés ab origine par des dieux, des héros ou des ancêtres, quoique plus souvent qu'autrement par une star du tube cathodique.

Tel que stipulé quelques lignes plus haut, Morris et Cie ont marché dans le sable mouvant, tornade qui les mène à travers différents couloirs, portes et passages, pas toujours parallèles. Et peut-être que leurs histoires saupoudrées d'événements circonstanciels les mèneront-ils au summum de l'existence, déchirant par le fait même le silence qui abrite le charme en pilant sur la tombe de l'ennui. Nos amis tentent de rompre avec leur animalité; ils cessent de répéter les prototypes archétypaux et cherchent l'âge d'or ou l'Or du Temps. Mais dans ce dédale de luxure, de sang, de muscles et de rythmes, le temps prendra-t-il le temps de s'arrêter pour laisser naître un nouveau monde afin qu'un nouvel homme soit?...

* Image :
Caransac-Psycho, œuvre conséquente.
© 21.05.2002, LeRoy K May

Œuvre originelle tirée de PHOTOPLANE
GALLERY. Album de vues aériennes en télécommade
.
© 18.05.2002, Daniel GOURRIBON.

Cette œuvre est libre, vous pouvez la copier, la redistribuer et la modifier, selon les termes de la Licence Art Libre.

20.2.07

LivEvil2K — Kanlabrum

Kor Griffè II



When I go driving I stay in my lane
But getting cut off makes me insane
I open the glove box
Reach inside
I'm gonna wreck this fucker's ride
I guess I got a bad habit
Of blowing away.


— The Offspring


Large comme huit circonférences orbitales reliées bout à bout, la relativité des vies parallèles de Ell&Il tardent à fusionner, mais le texte est encore jeune. Le cloisonnement a cédé la place à la liberté, qui ne se crie pourtant pas encore sur tous les toits; chuchotées en background, les inhibitions, rares, se dévêtent, les masques tombent et la vie reprend son long périple, sinueux comme l'exode des Juifs.

Aux prises avec différents chants divins, qui varient tant par leur forme que par leur contenu, les héros de l'épopée n'en sont pas moins incités à s'engouffrer dans la vie comme le ver de terre dans la masse humide du terreau détrempé. Peut-être toucheront-ils la source de l'Homme? Qui sait? Sauront-ils aller jusqu'au bout de leur peine, ou se cacheront-ils dans le placard de l'existence? L'heure est trop jeune pour tirer de telles conclusions, hâtivement, au gré de quelques malentendus bien placés ou de paroles mal interprétées, nonobstant toute la bonne foi implicite à cet exercice où le charme et l'ennui sont difficilement discernables, où la chair et le sang tendent à se désunifier pour intégrer un corps nouveau qui transcende leurs espaces géographiquement délimités.

En présence de personnages ubuesques, despentistes et nothombiens, quoi de plus facile que de se laisser berner par les masques de l'ironie, du sarcasme et du cynisme. Hélas! La vérité s'immisce entre ses faux atours qui détournent l'attention du lecteur vers des paysages fauves et superficiels, dénudés comme le Champ-de-Mars de Marcelle Ferron. Si au moins le sens pouvait s'introduire et ramener le lecteur en terre connue, promise, Ell&Il ne se vautrerait plus dans les bordels de l'humanité où il souffre de tous les vices, de tous les espoirs déchus, maître alité dans un conte de foire éléphantesque. Les personnages multiples et dédoublés de cette fable moderne sont fidèles à notre ère : éparpillés et multidirectionnels, comme les freins de votre BMW. N'est-ce pas que je m'abîme dans des méandres douteux, comme l'infirmier meurtri par ses clients à bout de nerfs? Vous saurez sûrement débusquer le renard en pleine forêt alors que le lièvre s'éperd d'un amour tendre et impossible avec le guépard.