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20.2.07
LivEvil2K - Aube, podcast de Nina
Large de neuf longueurs de lance, le couloir débouche sur une porte. Quel couloir, me manderez-vous ? Un couloir, that’s all man. Il est indescriptible, il n’est qu’imaginable ou visualisable, rêvé, voire cinématographique. Il est ample, il est facile d’y manoeuvrer, il est ample, on pourrait dire qu’il y a une ample marge de manoeuvre pour y circuler, ce qui permet un certain va-et-vient entre les deux murs, parallèles.
La suite de Aube.
My Odeo Channel (odeo/cc4642d65fc12ca5)
LivEvil2K — Kanlabrum
Kor Griffè II
When I go driving I stay in my lane
But getting cut off makes me insane
I open the glove box
Reach inside
I'm gonna wreck this fucker's ride
I guess I got a bad habit
Of blowing away.
— The Offspring
Large comme huit circonférences orbitales reliées bout à bout, la relativité des vies parallèles de Ell&Il tardent à fusionner, mais le texte est encore jeune. Le cloisonnement a cédé la place à la liberté, qui ne se crie pourtant pas encore sur tous les toits; chuchotées en background, les inhibitions, rares, se dévêtent, les masques tombent et la vie reprend son long périple, sinueux comme l'exode des Juifs.
Aux prises avec différents chants divins, qui varient tant par leur forme que par leur contenu, les héros de l'épopée n'en sont pas moins incités à s'engouffrer dans la vie comme le ver de terre dans la masse humide du terreau détrempé. Peut-être toucheront-ils la source de l'Homme? Qui sait? Sauront-ils aller jusqu'au bout de leur peine, ou se cacheront-ils dans le placard de l'existence? L'heure est trop jeune pour tirer de telles conclusions, hâtivement, au gré de quelques malentendus bien placés ou de paroles mal interprétées, nonobstant toute la bonne foi implicite à cet exercice où le charme et l'ennui sont difficilement discernables, où la chair et le sang tendent à se désunifier pour intégrer un corps nouveau qui transcende leurs espaces géographiquement délimités.
En présence de personnages ubuesques, despentistes et nothombiens, quoi de plus facile que de se laisser berner par les masques de l'ironie, du sarcasme et du cynisme. Hélas! La vérité s'immisce entre ses faux atours qui détournent l'attention du lecteur vers des paysages fauves et superficiels, dénudés comme le Champ-de-Mars de Marcelle Ferron. Si au moins le sens pouvait s'introduire et ramener le lecteur en terre connue, promise, Ell&Il ne se vautrerait plus dans les bordels de l'humanité où il souffre de tous les vices, de tous les espoirs déchus, maître alité dans un conte de foire éléphantesque. Les personnages multiples et dédoublés de cette fable moderne sont fidèles à notre ère : éparpillés et multidirectionnels, comme les freins de votre BMW. N'est-ce pas que je m'abîme dans des méandres douteux, comme l'infirmier meurtri par ses clients à bout de nerfs? Vous saurez sûrement débusquer le renard en pleine forêt alors que le lièvre s'éperd d'un amour tendre et impossible avec le guépard.
1.2.07
Release Early, Release Often
Je travaille avec Linux depuis 7 ans. Dans la philosophie des logiciels libres, il y a un adage qui dit release early, release often (publiez en avance, publiez souvent). Quoique la plupart des textes que vous lisez sur LKM en soient à leur phase finale, il y a quelques exceptions.
LivEvil2K est un éternel work-in-progress que je travaille depuis plus de 10 ans; Ell&Il, quoique achevé, à mon humble avis, est un peu une continuité, ou un avant-texte après la lettre, de LivEvil12K.
Maintenant, avec Secrets, mensonges et demi-vérités, je tente un work-in-progress que je publierai par scénette. Aussi, n'hésitez pas à me faire vos commentaires! Ils sont tellement instructifs! J'en apprends autant sur moi-même que sur mes écrits donc, s'il vous plaît, n'ayez aucune retenue et commentez (j'accepte passablement bien la critique :)
Donc voilà, j'espère que vous apprécierez Secrets, mensonges et demi-vérités.
Bonne lecture!
LivEvil2K est un éternel work-in-progress que je travaille depuis plus de 10 ans; Ell&Il, quoique achevé, à mon humble avis, est un peu une continuité, ou un avant-texte après la lettre, de LivEvil12K.
Maintenant, avec Secrets, mensonges et demi-vérités, je tente un work-in-progress que je publierai par scénette. Aussi, n'hésitez pas à me faire vos commentaires! Ils sont tellement instructifs! J'en apprends autant sur moi-même que sur mes écrits donc, s'il vous plaît, n'ayez aucune retenue et commentez (j'accepte passablement bien la critique :)
Donc voilà, j'espère que vous apprécierez Secrets, mensonges et demi-vérités.
Bonne lecture!
30.1.07
LivEvil2K — Aube, prise VIII
The Ceremony Is About to Begin : journal de Maïté
PC, on laisse tomber la formalité du Mr. après deux Glenfiddish, trois rousses, une noire, deux brunes, pas de blonde; les blondes, c'est pour les mâles dont la peur de l'infériorité intellectuelle est incommensurable. Bref, PC glisse Steamin' de Miles Davis dans le lecteur de DC, et fait propulser des haut-parleurs une de ces balades qui me rendent mélancolique, qui me font envier tous ces gens qui ont vu, entendu, ressenti la puissance du Miles Davis Quartet live. Something I Dreamed Last Night. Bill Evans solo si bien, personne ne parle, tout le monde écoute ce virtuose des touches noires et blanches. On se laisse emporter par ce flot de délicatesse mortuaire qui fait de nous de vulgaires mortels, tandis que cette musique coule éternellement dans nos oreilles et atteint les sens les plus cachés de chacun.
À mesure que Gerry claque des doigts, Manú s'excite et, tranquillement, se dévêt, arborant maintenant son plus simple apparat, lequel j'admire béatement depuis environ cinq minutes. Une transe s'empare de Manú qui, dansant telle une tulipe sous une averse de torrentielle pluie, provoque un déhanchement collectif, une tribale valse désarticulée où tous nos membres, désaxés, se meuvent en toute place, occupant tout l'espace oxygéné de ce loft du fin fond de l'Alberta. Gerry gémit au plus grand plaisir de PC, lequel grogne en ma direction; je masturbe habilement Manú qui, extasiée, se laisse aller au délire le plus total. La pudeur en prend pour son rhume.
Avant de s'euphoriser dans le plaisir charnel qui consiste à se fondre l'un dans l'autre dans l'autre dans l'autre - PC fait tournoyer un chapeau de cow-boy qu'il fait virevolter à proximité de mes seins; je m'éclipse dans le cerceau de la perversité outrancière, l'orgasme à la portée de la main; Gerry empoigne sauvagement ma poitrine, déchiquetant mes mamelons comme jamais auparavant je n'avais senti la pleine exubérance de l'amour sans retour —, Manú, collée aux hanches de Gerry, ne se contrôlant plus, lâche un maintnow retentissant qui nous fait tous crouler au plancher, comme des êtres nus devant un projecteur cinéma.
Un corridor, large de neuf longueurs de lance, mène à une porte. PC et Manú l'ouvrent. Ce semble routinier, ce n'est pas la première fois qu'ils initient de la sorte de purs étrangers, voire des amants passagers. Diane, extraite de Steamin' with the Miles Davis Quintet, résonne partout dans ce couloir. Une ambiance propice au vice se crée tranquillement, portée doucement sur le flot trompettesque de l'instrument du grand Miles lui-même. Le leitmotiv se répète incessamment, immédiatement dans cette atmosphère de fête champêtre exagérément alcoolisée. Gerry et moi avons suivi les deux gourous de la soirée, innocemment, sans trop faire attention aux burlesques détails (le projecteur de cinéma, les quatre fauteuils).
Prise deux. La porte refermée derrière nous, nous attendons que le show commence.
«The ceremony is about to begin», s'esclaffe PC d'un puissant cri primal, primitif, intuitif, avec conviction. «Avant de nous laisser aller à l'extase la plus sublime, écoutez le grand oracle déclamer un de ses plus beaux chants d'amour». D'une seule voix, Manú et PC déclament :
Jamais nuit ne fut plus mémorable.
LivEvil2K, work-in-progress
© 1996 - 2007 LeRoy K May
Copyleft LeRoy K. May
PC, on laisse tomber la formalité du Mr. après deux Glenfiddish, trois rousses, une noire, deux brunes, pas de blonde; les blondes, c'est pour les mâles dont la peur de l'infériorité intellectuelle est incommensurable. Bref, PC glisse Steamin' de Miles Davis dans le lecteur de DC, et fait propulser des haut-parleurs une de ces balades qui me rendent mélancolique, qui me font envier tous ces gens qui ont vu, entendu, ressenti la puissance du Miles Davis Quartet live. Something I Dreamed Last Night. Bill Evans solo si bien, personne ne parle, tout le monde écoute ce virtuose des touches noires et blanches. On se laisse emporter par ce flot de délicatesse mortuaire qui fait de nous de vulgaires mortels, tandis que cette musique coule éternellement dans nos oreilles et atteint les sens les plus cachés de chacun.
À mesure que Gerry claque des doigts, Manú s'excite et, tranquillement, se dévêt, arborant maintenant son plus simple apparat, lequel j'admire béatement depuis environ cinq minutes. Une transe s'empare de Manú qui, dansant telle une tulipe sous une averse de torrentielle pluie, provoque un déhanchement collectif, une tribale valse désarticulée où tous nos membres, désaxés, se meuvent en toute place, occupant tout l'espace oxygéné de ce loft du fin fond de l'Alberta. Gerry gémit au plus grand plaisir de PC, lequel grogne en ma direction; je masturbe habilement Manú qui, extasiée, se laisse aller au délire le plus total. La pudeur en prend pour son rhume.
Avant de s'euphoriser dans le plaisir charnel qui consiste à se fondre l'un dans l'autre dans l'autre dans l'autre - PC fait tournoyer un chapeau de cow-boy qu'il fait virevolter à proximité de mes seins; je m'éclipse dans le cerceau de la perversité outrancière, l'orgasme à la portée de la main; Gerry empoigne sauvagement ma poitrine, déchiquetant mes mamelons comme jamais auparavant je n'avais senti la pleine exubérance de l'amour sans retour —, Manú, collée aux hanches de Gerry, ne se contrôlant plus, lâche un maintnow retentissant qui nous fait tous crouler au plancher, comme des êtres nus devant un projecteur cinéma.
Un corridor, large de neuf longueurs de lance, mène à une porte. PC et Manú l'ouvrent. Ce semble routinier, ce n'est pas la première fois qu'ils initient de la sorte de purs étrangers, voire des amants passagers. Diane, extraite de Steamin' with the Miles Davis Quintet, résonne partout dans ce couloir. Une ambiance propice au vice se crée tranquillement, portée doucement sur le flot trompettesque de l'instrument du grand Miles lui-même. Le leitmotiv se répète incessamment, immédiatement dans cette atmosphère de fête champêtre exagérément alcoolisée. Gerry et moi avons suivi les deux gourous de la soirée, innocemment, sans trop faire attention aux burlesques détails (le projecteur de cinéma, les quatre fauteuils).
Prise deux. La porte refermée derrière nous, nous attendons que le show commence.
«The ceremony is about to begin», s'esclaffe PC d'un puissant cri primal, primitif, intuitif, avec conviction. «Avant de nous laisser aller à l'extase la plus sublime, écoutez le grand oracle déclamer un de ses plus beaux chants d'amour». D'une seule voix, Manú et PC déclament :
Le cerveau défoncé, grugé par la faim, les munchies, CMR s'apprête à commander le mets tant réclamé par son estomac, une pizza. Au carrefour des rues Côte-des-Neiges et St-Kevin se situe le célèbre Pizza 2=1. à l'achat d'une small all dress, il en obtient gratuitement une seconde, tout cela pour 9,99 $. De plus, le charmant propriétaire lui donne deux boissons gazeuses, en l'occurrence deux Coke. Le commerce, à moitié vide, se compose d'une clientèle disparate : un gros Italien, la bouche emplie de fumée du mauriène, une barbie aux talons haut douteux, à la conversation niaise, et un jeune Mexicain, Pepsi en main.
Le tenancier l'interpelle :
— Salut mon ami, qu'est-ce que j'peux faire pour toi?
— Deux small all dress, man.
Affamé. Vingt-trois heures 20. Son chum l'attend depuis déjà vingt minutes. Peut-être seriez-vous tenté de lui dire : «C'est pas grave, relaxe man». Mais non, à ce moment précis, la situation, critique, l'exaspère. La radio, branchée sur la radio énergie, tonne un rythme agressant, aliénant par sa monotonie répétitive : This is how we do it, boom, boo-boom-boom-boom, boom, this is how we do it baby. Le goût de hurler shut the fuck up! lui prend soudain. Mais, bienséance oblige, il s'abstient de déranger les clients de l'établissement.
Doit-il se rabaisser, les oreilles désorbitées, à laisser régner en tyran ces monopolisateurs des ondes? Dépassé par la nouvelle génération? Trop vieux? Sénile? Il n'en croit rien. Les goûts et les couleurs se discutent. Tous les goûts se trouvent dans la nature, dites-vous. Certaines gens, dénaturées, bêlent sans cesse, répètent toutes en choeur, y'a pas d'job, man. Malheureusement, le Big Boss Man, que vous appelez Temps, s'impose.
Souhaite-t-il vraiment discuter avec cette rapace à moustache adolescente, à talons aiguilles ridicules, à l'haleine épicée? Préjugés raciaux? Non, vous lisez mal l'énoncé. Plutôt, il traite du développement de l'être humain, voilà tout. Sage, CMR ne déverse pas sa logorrhée verbale, ne se risque pas en ce territoire de pédagogue, voire d'enseignant, lorsque son adversaire se trouve acculé au mur, désarmé. Au fin fond de lui, il se contrefout du tact. Mais, vu l'heure tardive, il oubliera, pour ce soir, l'élaboration de sa philosophie à propos du genre humain et de ses sous-genres.
Ici, il tente d'exprimer que ses pizzas tardent à cuire, qu'il est pressé, stressé, oui oui. Tout à fait d'accord, son amoureux, le seul affecté, affection de son monde, l'attend il désire le rejoindre le plus pressément possible, gloutonner avec lui, ne pas le décevoir une fois de plus.
En tant qu'ex-cleptomane, il vérifie le système d'alarme, les caméras : absence.
Le téléphone sonne. Le propriétaire se précipite, telle une balle de calibre 12, au secours de l'alarme téléphonique. Un jeune Arabe, dans la vingtaine, s'introduit dans la pizzeria. Un serveur se lance à sa rescousse culinaire, gastrique. Le jeune Arabe (nous l'appellerons Amir) commande une pointe all dress ou végétarienne, il s'en balance. Leur langue de communication empêche notre héros de comprendre ce qu'ils disent : ils rient, ils s'amusent. Et pendant tout ce temps, les pizzas de notre risque-tout ne fricotent pas. L'impatience atteint son comble rapidement. Après cinq longues minutes, le propriétaire lui fait ses excuses : un interurbain d'Arabie Saoudite.
Essayant de l'émouvoir de son fendant sourire, le hardi CMR lui demande s'il peut emprunter son téléphone, question d'appeler son chum. Il lui répond que oui. Alors que le téméraire s'apprête à traverser l'inconnu, à se mêler aux cuisiniers, un flash surgit dans l'esprit de ce surhomme : «Yé malade! R'garde moé l'allure! Un coat de cuir brun, long jusqu'aux genoux, une casquette par-dessus 'es yeux, un chandail de Woodstock qui pue la bière, la cigarette, le pot, c'est quoi son crisse de problème!», se dit-il intérieurement.
Visionne-t-il trop de films américains? Le drapeau bleu blanc rouge bordé d'étoiles serait-il tatoué sur son coeur? Le mythe du tueur en série, médiatisé à outrance, dépasserait-il sa fiction?
Comme à son habitude, il ne pense pas, il agit. Le canon de son douze brûle sous mon manteau. Il sent les balles, impatientes, destructrices. Il imagine l'air désemparé de ces pauvres immigrants, leur gagne-pain détruit par un désaxé, un famélique insatisfait, perturbé par l'espace-temps, coincé entre les identités québécoise et américaine, assoiffé de sang comme un chacal en plein désert. Il téléphone à Paul.
— Salut Ti-Paul, ça va.
— Ah oui, quand est-ce que t'arrives?
— Dans cinq minutes, les pizzas s'en viennent, ciao.
— J't'aime.
— Moé 'si j't'aime, mon ourson en p'luche rose.
Son pizzaman préféré lui sourit, tout va bien, quelle belle vie! semble-t-il dire de ses astronomiques armillaires, subjuguant ses moqueurs de yeux. Les lèvres de notre colosse casse-cou esquissent un léger tremblement puis, retirant son pardessus, il découvre son «cauchemarme». Une ribambelle de paroles, qu'il ne comprend pas, déferlent en sa direction. Des yeux apeurés prient son regard.
The Antichrist is in the house.
Les clients, le serveur se cachent sous les tables, derrière le comptoir. Il prend ses pizzas, enfin cuites, ses deux Coke, laisse l'argent dans le tiroir-caisse, croyiez-vous vraiment que cela l'intéresse? Il tire sur le propriétaire, droit au coeur. Et vous de lui dire : «Chill out man! The way I see it, change le poste d'la radio, ça va t'changer 'es idées». Suivant votre conseil, il syntonise le poste le plus à gauche : Will I live tomorrow, well I just can't say, but I know for sure, I don't live today.»
Jamais nuit ne fut plus mémorable.
LivEvil2K, work-in-progress
© 1996 - 2007 LeRoy K May
Copyleft LeRoy K. May
25.1.07
LivEvil2K — Aube, prise VII
KLM II : Journal de Morris
Nous avions tout prévu, de la musique qui nous guiderait jusqu'en Outaouais aux rafraîchissements que nous descendrions à vive allure, tout comme ce seize chevaux fulgurant, décapotable et capoté comme nous. Noir et violet comme il se doit, notre véhicule roulerait, violant toutes les lois possibles et imaginables, pour mettre du piquant à notre escapade inespérée, inattendue.
Je me glissai dans les corridors de l'HGL, telle une couleuvre sur la plage attendant patiemment que les bébés tortues échouent dans sa gueule. Le sarrau blanc me servant de déguisement masquait bien l'acte illégal que j'allais commettre. Je croisai l'infirmière de garde et lui demandai poliment de m'indiquer la salle de bains, prétextant une urgente envie de libérer ma vessie. Alors qu'elle pointa vers une direction X, j'appliquai un mouchoir imbibé de formol sur sa bouche et, comme elle se débattait frénétiquement, je lui assenai un coup de crosse de 12 derrière la tête, facilitant illico ma tâche frauduleuse. Tel qu'annoncé, la marre rouge gluée à l'arrière de sa tête la rendait effectivement plus belle.
Après l'avoir dûment sodomisée, nécromancien illuminé par saturne que j'étais, j'enfilai son uniforme puis, je la laissai pour morte dans un bac à linge souillé. J'en profitai pour me chapeauter d'une perruque blonde, remplit de serviettes le soutien-gorge que j'avais emprunté à Gwendolyne, maquillai mes yeux et ma bouche, et pressai le pas vers la chambre 201.
Alors que j'allais pénétrer dans ladite chambre, je croisai la nymphomane sexagénaire, insomniaque, et lui adressai la parole en ces termes : «Que faites-vous debout à cette heure si tardive?» Contente que je m'intéresse à elle, elle me répondit qu'elle attendait que le concierge de nuit passe par ce corridor pour lui suggérer une fellation digne de mention. J'échappai un rire étouffé et m'infiltrai dans la chambre de Karl.
Le septuagénaire cancéreux ronflait à poings fermés, ce qui facilitait mon ouvrage. Karl, assoupi, avait rangé ses affaires dans un sac (comment avait-il fait?) et je n'eus qu'à lui tapoter l'épaule pour que ses yeux s'illuminent. Rassuré par l'état de Karl, je me précipitai dans une pièce où j'avais entrevu quelques civières vacantes, chose rare dans les hôpitaux québécois.
Alors que je faisais le chemin inverse, le gardien de nuit m'interpella : «Hey! Où tu t'en vas?» Je lui répondis nonchalamment qu'un client devait être transféré d'urgence à la salle d'opération, qu'une trachéotomie était nécessaire. Ses yeux s'écarquillèrent, mais il ne répliqua rien.
Karl semblait nerveux, il avait hâte d'être libéré du joug hospitalier. Je l'installai malaisément sur la civière, engendrant un bruit sourd qui nous effraya. Mais personne ne réagit, aucune alarme ne sonna, et nous en fûmes rapidement rassurés jusqu'à ce que la sexagénaire, interloquée, me demande : «Où amenez-vous ce viril?» –– «Je m'en vais lui faire une pipe, c'est urgent.» Elle trouva mon argument fort raisonnable et nous poursuivîmes notre périple sans peine. Ne restait plus qu'à franchir l'infranchissable, soit la dernière porte menant à l'exode.
Arrivés devant le poste du gardien de nuit, il m'interrogea de nouveau : «Ton patient, y'é pas s'posé être sur une table d'opération?» Je répondis que oui, mais que le chirurgien n'était pas présent et que je prenais le client sous ma responsabilité. Il rétorqua que j'avais besoin d'une autorisation spéciale, signée par ledit chirurgien, laquelle je n'avais évidemment pas.
C'est alors que le temps sembla ralentir, que j'entendis des paroles quasi inaudibles, qu'une lourde décharge se fit entendre et que, malgré moi, Karl et moi nous sommes retrouvés dans le bolide fulgurant, esquivant les chauffeurs du dimanche sur la 20 ouest.
LivEvil2K, work-in-progress
© 1996 - 2007 LeRoy K May
Copyleft LeRoy K. May
Nous avions tout prévu, de la musique qui nous guiderait jusqu'en Outaouais aux rafraîchissements que nous descendrions à vive allure, tout comme ce seize chevaux fulgurant, décapotable et capoté comme nous. Noir et violet comme il se doit, notre véhicule roulerait, violant toutes les lois possibles et imaginables, pour mettre du piquant à notre escapade inespérée, inattendue.
Je me glissai dans les corridors de l'HGL, telle une couleuvre sur la plage attendant patiemment que les bébés tortues échouent dans sa gueule. Le sarrau blanc me servant de déguisement masquait bien l'acte illégal que j'allais commettre. Je croisai l'infirmière de garde et lui demandai poliment de m'indiquer la salle de bains, prétextant une urgente envie de libérer ma vessie. Alors qu'elle pointa vers une direction X, j'appliquai un mouchoir imbibé de formol sur sa bouche et, comme elle se débattait frénétiquement, je lui assenai un coup de crosse de 12 derrière la tête, facilitant illico ma tâche frauduleuse. Tel qu'annoncé, la marre rouge gluée à l'arrière de sa tête la rendait effectivement plus belle.
Après l'avoir dûment sodomisée, nécromancien illuminé par saturne que j'étais, j'enfilai son uniforme puis, je la laissai pour morte dans un bac à linge souillé. J'en profitai pour me chapeauter d'une perruque blonde, remplit de serviettes le soutien-gorge que j'avais emprunté à Gwendolyne, maquillai mes yeux et ma bouche, et pressai le pas vers la chambre 201.
Alors que j'allais pénétrer dans ladite chambre, je croisai la nymphomane sexagénaire, insomniaque, et lui adressai la parole en ces termes : «Que faites-vous debout à cette heure si tardive?» Contente que je m'intéresse à elle, elle me répondit qu'elle attendait que le concierge de nuit passe par ce corridor pour lui suggérer une fellation digne de mention. J'échappai un rire étouffé et m'infiltrai dans la chambre de Karl.
Le septuagénaire cancéreux ronflait à poings fermés, ce qui facilitait mon ouvrage. Karl, assoupi, avait rangé ses affaires dans un sac (comment avait-il fait?) et je n'eus qu'à lui tapoter l'épaule pour que ses yeux s'illuminent. Rassuré par l'état de Karl, je me précipitai dans une pièce où j'avais entrevu quelques civières vacantes, chose rare dans les hôpitaux québécois.
Alors que je faisais le chemin inverse, le gardien de nuit m'interpella : «Hey! Où tu t'en vas?» Je lui répondis nonchalamment qu'un client devait être transféré d'urgence à la salle d'opération, qu'une trachéotomie était nécessaire. Ses yeux s'écarquillèrent, mais il ne répliqua rien.
Karl semblait nerveux, il avait hâte d'être libéré du joug hospitalier. Je l'installai malaisément sur la civière, engendrant un bruit sourd qui nous effraya. Mais personne ne réagit, aucune alarme ne sonna, et nous en fûmes rapidement rassurés jusqu'à ce que la sexagénaire, interloquée, me demande : «Où amenez-vous ce viril?» –– «Je m'en vais lui faire une pipe, c'est urgent.» Elle trouva mon argument fort raisonnable et nous poursuivîmes notre périple sans peine. Ne restait plus qu'à franchir l'infranchissable, soit la dernière porte menant à l'exode.
Arrivés devant le poste du gardien de nuit, il m'interrogea de nouveau : «Ton patient, y'é pas s'posé être sur une table d'opération?» Je répondis que oui, mais que le chirurgien n'était pas présent et que je prenais le client sous ma responsabilité. Il rétorqua que j'avais besoin d'une autorisation spéciale, signée par ledit chirurgien, laquelle je n'avais évidemment pas.
C'est alors que le temps sembla ralentir, que j'entendis des paroles quasi inaudibles, qu'une lourde décharge se fit entendre et que, malgré moi, Karl et moi nous sommes retrouvés dans le bolide fulgurant, esquivant les chauffeurs du dimanche sur la 20 ouest.
LivEvil2K, work-in-progress
© 1996 - 2007 LeRoy K May
Copyleft LeRoy K. May
21.1.07
LivEvil2K — Aube, prise VI
Rencontre avec Mariá. Journal de Maïté II
Je me préparais tranquillement à ma soirée avec Gerry. Je voulais lui en mettre plein la vue, car Avicennes sait si je le désirais depuis longtemps : sa moustache me faisait trépigner d'impatience dans l'attente de ses baisers doux, vifs et circoncis, son torse musclé me faisait fantasmer depuis notre dernière baise, sans parler de ses cuisses de tennisman gonflées à bloc par les stéroïdes. Pour un scribe, Dame Nature l'avait foutrement bien modelé!
Pour l'occase, j'avais parcouru les boutiques du Marais, les galeries Lafayette (en vain); je m'étais arrêtée dans le 6e arrondissement au Garage, où j'avais trouvé quelques chemisiers sexy épousant mes formes et courbes comme si elles m'eussent été prédestinées. Au Miss China, dans le 2e, je m'étais extasiée devant quelques tenues aux allures asiatiques jusqu'à ce que j'arrête mon choix sur quelque pantalon noir s'arrêtant au genou, la chaînette à la cheville que je porte rarement faisant office de dernier obstacle au dénudement que j'anticipais déjà si tôt dans l'après-midi...
Pour ne pas rater ma chance, je m'étais donnée une journée complète de shopping : mes culottes, usées par de trop nombreuses nuits torrides, prirent un aller simple vers la poubelle; mes bas ne méritaient plus d'être appelés ainsi depuis belle lurette. C'est alors que je pris le parti de participer pleinement au monde de la consommation. Je m'épris d'une boutique de lingerie fine où je me soulageai de quelques milliers de balles. Il me restait à trouver un salon de coiffure abordable et une paire de chaussures.
Mes cheveux effilochés n'avaient plus de volume; ma repousse, affreuse, me donnait un air de catin, que les dégradés de blond et de brun rendaient risibles : «On te dirait sortie des années 80!», me dis-je en riant jaune.
Trouver un salon de coiffure abordable, sympathique et efficace n'est pas chose facile dans la Ville des Lumières. Ici, où tout semble artifice et façade, on est loin du laisser-aller et de la bonhomie du nouveau continent. Mais avec force volonté, je dénichai une perle du côté de la Gare de l'Est. Une jeune Marocaine dans la vingtaine, aux yeux pers et aux lèvres charnues que quelques anneaux ornaient, m'accueillit comme si j'eus été sa cousine perdue de vue depuis 10 ans : «Bonjour mademoiselle!», me lança-t-elle, joviale. Je fus surprise d'un tel accueil, car mon allure déglinguée ne sollicitait pas tant d'empathie, surtout dans une ville aussi guindée que Paris. Cela dit, le quartier de la Gare de l'Est n'est pas le plus huppé des arrondissements parisiens.
Telle une cliente chez un psy, je lui racontai mon histoire, mes dépenses folles, ma rencontre tant attendue avec Gerry, etc. : les coiffeuses, bien qu'elles ne soient pas titulaires d'un diplôme en psychiatrie, font souvent office de thérapeute, d'où le pourboire généreux que je comptais lui laisser. «Je sais exactement ce qu'il vous faut. Une coupe courte, dégradée en arrière. La physionomie de votre visage s'y prête à merveille. Montrez-moi vos chemisiers.» J'obéis docilement, stupéfaite devant son enthousiasme exagéré. «Je vais teindre vos cheveux noir jais, y glisser quelques mèches bleu foncé, et votre Gerry ne saura vous résister.»
Je ne savais pas comment réagir. Je me confondais en mille remerciements désespérés. J'allai même jusqu'à lui dire : «Merci docteur!» Elle continuait son discours sans relever mes remarques : «Si vous le voulez bien, je passerai chez vous ce soir et vous maquillerai subtilement, pour mettre vos traits en relief. Vous verrez, vous serez à croquer!» Ébaubie, je souris timidement, signifiant mon accord.
Lorsqu'elle cogna à la porte de ma chambre d'hôtel (la 101), je venais à peine d'ajuster mon porte-jarretelles. Je me promenais seins nus, admirant ma silhouette que je ne reconnaissais pas grâce aux coups de ciseaux magiques de cette fabuleuse Marocaine. J'ouvris en attachant malhabilement mon chemisier, laissant poindre le souti de dentelle pourpre que je m'étais procuré plus tôt dans l'après-midi...
LivEvil2K, work-in-progress
© 1996 - 2007 LeRoy K May
Copyleft LeRoy K. May
Je me préparais tranquillement à ma soirée avec Gerry. Je voulais lui en mettre plein la vue, car Avicennes sait si je le désirais depuis longtemps : sa moustache me faisait trépigner d'impatience dans l'attente de ses baisers doux, vifs et circoncis, son torse musclé me faisait fantasmer depuis notre dernière baise, sans parler de ses cuisses de tennisman gonflées à bloc par les stéroïdes. Pour un scribe, Dame Nature l'avait foutrement bien modelé!
Pour l'occase, j'avais parcouru les boutiques du Marais, les galeries Lafayette (en vain); je m'étais arrêtée dans le 6e arrondissement au Garage, où j'avais trouvé quelques chemisiers sexy épousant mes formes et courbes comme si elles m'eussent été prédestinées. Au Miss China, dans le 2e, je m'étais extasiée devant quelques tenues aux allures asiatiques jusqu'à ce que j'arrête mon choix sur quelque pantalon noir s'arrêtant au genou, la chaînette à la cheville que je porte rarement faisant office de dernier obstacle au dénudement que j'anticipais déjà si tôt dans l'après-midi...
Pour ne pas rater ma chance, je m'étais donnée une journée complète de shopping : mes culottes, usées par de trop nombreuses nuits torrides, prirent un aller simple vers la poubelle; mes bas ne méritaient plus d'être appelés ainsi depuis belle lurette. C'est alors que je pris le parti de participer pleinement au monde de la consommation. Je m'épris d'une boutique de lingerie fine où je me soulageai de quelques milliers de balles. Il me restait à trouver un salon de coiffure abordable et une paire de chaussures.
Mes cheveux effilochés n'avaient plus de volume; ma repousse, affreuse, me donnait un air de catin, que les dégradés de blond et de brun rendaient risibles : «On te dirait sortie des années 80!», me dis-je en riant jaune.
Trouver un salon de coiffure abordable, sympathique et efficace n'est pas chose facile dans la Ville des Lumières. Ici, où tout semble artifice et façade, on est loin du laisser-aller et de la bonhomie du nouveau continent. Mais avec force volonté, je dénichai une perle du côté de la Gare de l'Est. Une jeune Marocaine dans la vingtaine, aux yeux pers et aux lèvres charnues que quelques anneaux ornaient, m'accueillit comme si j'eus été sa cousine perdue de vue depuis 10 ans : «Bonjour mademoiselle!», me lança-t-elle, joviale. Je fus surprise d'un tel accueil, car mon allure déglinguée ne sollicitait pas tant d'empathie, surtout dans une ville aussi guindée que Paris. Cela dit, le quartier de la Gare de l'Est n'est pas le plus huppé des arrondissements parisiens.
Telle une cliente chez un psy, je lui racontai mon histoire, mes dépenses folles, ma rencontre tant attendue avec Gerry, etc. : les coiffeuses, bien qu'elles ne soient pas titulaires d'un diplôme en psychiatrie, font souvent office de thérapeute, d'où le pourboire généreux que je comptais lui laisser. «Je sais exactement ce qu'il vous faut. Une coupe courte, dégradée en arrière. La physionomie de votre visage s'y prête à merveille. Montrez-moi vos chemisiers.» J'obéis docilement, stupéfaite devant son enthousiasme exagéré. «Je vais teindre vos cheveux noir jais, y glisser quelques mèches bleu foncé, et votre Gerry ne saura vous résister.»
Je ne savais pas comment réagir. Je me confondais en mille remerciements désespérés. J'allai même jusqu'à lui dire : «Merci docteur!» Elle continuait son discours sans relever mes remarques : «Si vous le voulez bien, je passerai chez vous ce soir et vous maquillerai subtilement, pour mettre vos traits en relief. Vous verrez, vous serez à croquer!» Ébaubie, je souris timidement, signifiant mon accord.
Lorsqu'elle cogna à la porte de ma chambre d'hôtel (la 101), je venais à peine d'ajuster mon porte-jarretelles. Je me promenais seins nus, admirant ma silhouette que je ne reconnaissais pas grâce aux coups de ciseaux magiques de cette fabuleuse Marocaine. J'ouvris en attachant malhabilement mon chemisier, laissant poindre le souti de dentelle pourpre que je m'étais procuré plus tôt dans l'après-midi...
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19.1.07
LivEvil2K — Aube, prise V
Escape From HGL : Journal de Morris
Mais hélas, tout n'est pas de bleu. Revenons à nos moutons...
La chambre 201 du Centre Hospitalier Aquatique (car, comme on le sait, il est très à la mode de renommer les hôpitaux et de rafraîchir leur pseudonyme pour les ajuster au goût de l'heure...) respire autant la mort malgré ce léger changement de toponymie. Précise-t-il vraiment la nature et les fonctions dudit établissement? Sert-il plutôt à employer quelque illuminé se donnant pour mission la renomenclature systématique des asiles modernes? Nous nous égarons de nouveau...
K, de par le tube qui lui sort du nez, respire mal aisément (...) et cherche son air, comme on dit. Pourtant, l'envie me tracasse et tenaille mes tripes lorsque je le vois déchéer ainsi, accroché presque artificiellement à la vie comme on se pique pour tout laisser aller pour le meilleur et pour le pire, l'envie de le libérer du joug érigé en Vert, celle de rompre avec la passivité et d'entrer dans l'action, maintnow, pour que des remords ne contraignent jamais ma conscience; l'envie de passer un après-midi chaud et venteux sur la plage à boire par grandes vagues des Rhum & Coke et à fumer des Dunhill inexpressément; à nous élever plus haut que l'âme humaine et nous laisser dériver à même la mer si proche et si vive où s'écrase la boule de feu qui cède le pas nuitamment à notre satellite.
Je ne manque pas d'imagination lorsqu'il s'agit d'inventer des scénarios d'évasion dignes des plus populaires et insipides navets de Hollywood. Mais je cherche toujours le moment parfait pour exécuter cet acte malgré moi illégal. Qui connaît mieux K? Cette bande de médecins de 22 ans ou son ami, fidèle comme un chien sans médaille? Cette question rhétorique m'incite à passer à l'action, si K le veut bien, car lorsqu'on s'échappe d'un hôpital dit psychiatrique...
L'imagination déborde aussi concernant la procrastination, cette lâche et vile façon de tout délayer, de remettre à demain ce qui est dû depuis trop longtemps... évidemment, nous ne pouvons parler à voix haute de notre dessein, puisque dans ces refuges où cohabitent maniaques et gens bien ordinaires survivent toujours les plaisirs de la médisance et du qu'en-dira-t-on. Malgré l'aspect fort près de la mort de ces compagnons de galère involontaires, certains d'entre eux gardent l'oreille vive et l'oeil rapide : la délation, faut-il croire, en attire encore...
Le fantomatique K, croyez-en mon diagnostique, n'a ni la force ni le désir immédiat de quitter son plus récent « appartement », car la drogue finit par avoir son homme, tous les hommes. Certains la fument, d'autres la boivent, mais les plus chanceux la dévêtent... Je puise en moi l'énergie nécessaire pour insinuer le plus clairement et subtilement possible à K que ce soir, nous nous enfuirons de tout, surtout de la morphine, nous nous éloignerons du monde pour vivre dans le Nôtre, hors de toute atteinte et visiblement plus sain que cette porcherie belle comme une ambulance dans un supermarché.
Voici comment je procéderai : je volerai une tenue d'infirmier après avoir doucement battu une stagiaire, pour la rendre plus belle; j'emprunterai une civière et y déposerai K, comateux averti valant bien un ministre; l'électricité mourra par ma faute et nous nous évaderons doucement de LaSalle-sur-le-fleuve rejoindre la rivière de notre enfance.
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Mais hélas, tout n'est pas de bleu. Revenons à nos moutons...
La chambre 201 du Centre Hospitalier Aquatique (car, comme on le sait, il est très à la mode de renommer les hôpitaux et de rafraîchir leur pseudonyme pour les ajuster au goût de l'heure...) respire autant la mort malgré ce léger changement de toponymie. Précise-t-il vraiment la nature et les fonctions dudit établissement? Sert-il plutôt à employer quelque illuminé se donnant pour mission la renomenclature systématique des asiles modernes? Nous nous égarons de nouveau...
K, de par le tube qui lui sort du nez, respire mal aisément (...) et cherche son air, comme on dit. Pourtant, l'envie me tracasse et tenaille mes tripes lorsque je le vois déchéer ainsi, accroché presque artificiellement à la vie comme on se pique pour tout laisser aller pour le meilleur et pour le pire, l'envie de le libérer du joug érigé en Vert, celle de rompre avec la passivité et d'entrer dans l'action, maintnow, pour que des remords ne contraignent jamais ma conscience; l'envie de passer un après-midi chaud et venteux sur la plage à boire par grandes vagues des Rhum & Coke et à fumer des Dunhill inexpressément; à nous élever plus haut que l'âme humaine et nous laisser dériver à même la mer si proche et si vive où s'écrase la boule de feu qui cède le pas nuitamment à notre satellite.
Je ne manque pas d'imagination lorsqu'il s'agit d'inventer des scénarios d'évasion dignes des plus populaires et insipides navets de Hollywood. Mais je cherche toujours le moment parfait pour exécuter cet acte malgré moi illégal. Qui connaît mieux K? Cette bande de médecins de 22 ans ou son ami, fidèle comme un chien sans médaille? Cette question rhétorique m'incite à passer à l'action, si K le veut bien, car lorsqu'on s'échappe d'un hôpital dit psychiatrique...
L'imagination déborde aussi concernant la procrastination, cette lâche et vile façon de tout délayer, de remettre à demain ce qui est dû depuis trop longtemps... évidemment, nous ne pouvons parler à voix haute de notre dessein, puisque dans ces refuges où cohabitent maniaques et gens bien ordinaires survivent toujours les plaisirs de la médisance et du qu'en-dira-t-on. Malgré l'aspect fort près de la mort de ces compagnons de galère involontaires, certains d'entre eux gardent l'oreille vive et l'oeil rapide : la délation, faut-il croire, en attire encore...
Le fantomatique K, croyez-en mon diagnostique, n'a ni la force ni le désir immédiat de quitter son plus récent « appartement », car la drogue finit par avoir son homme, tous les hommes. Certains la fument, d'autres la boivent, mais les plus chanceux la dévêtent... Je puise en moi l'énergie nécessaire pour insinuer le plus clairement et subtilement possible à K que ce soir, nous nous enfuirons de tout, surtout de la morphine, nous nous éloignerons du monde pour vivre dans le Nôtre, hors de toute atteinte et visiblement plus sain que cette porcherie belle comme une ambulance dans un supermarché.
Voici comment je procéderai : je volerai une tenue d'infirmier après avoir doucement battu une stagiaire, pour la rendre plus belle; j'emprunterai une civière et y déposerai K, comateux averti valant bien un ministre; l'électricité mourra par ma faute et nous nous évaderons doucement de LaSalle-sur-le-fleuve rejoindre la rivière de notre enfance.
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18.1.07
LivEvil2K — Aube, prise IV
Pour Jack.
Quai des brumes : Journal de Maïté
En attendant Gérard, je plonge au fond des maux. J'allume une cigarette et fais tournoyer sa cendre au-dessus du cendrier. Ce dernier, enrobé d'une lumière diffuse provenant des chandelles allumées ici et là dans le bar, est fait d'une vitre opaque blanchâtre, presque grise. La cendre semble vouloir y tomber. Elle oscille entre la stagnation rassurante et le désespoir éperdu dans lequel elle pourrait sombrer. D'un léger coup de tête, elle chancelle : son dernier refuge, le cendrier. Langoureusement, il l'attend, afin d'emplir sa solitude.
La fumée, d'un bleu strident, crie une mélodie nègre de New York où les musiciens noirs étalent leur misère, leur savoir-faire. Partout dans le bar, le smog envahit les corps empêtrés, tous suspendus devant un café noir, une bière brune, un alcool blanc. Une jeune femme, habillée de gris et de noir, pénètre dans le bar, pipe au bec. Elle regarde furtivement devant elle, espérant rencontrer un regard apaisant, et se dirige vers le fond de l'établissement. Son corps, difficilement perceptible, marche de façon aléatoire, avance, recule, fait un pas de côté, prend une autre direction, fait un second pas de côté. La femme inspecte de nouveau la salle. Arrivée au bar, elle s'y assoit et commande une Kronenbourg. L'accumulation de fumée m'empêche de la voir complètement. Je regarde la vacuité céleste : on me chuchote que les musiciens du Death Tone arrivent.
Ian Butler, muni de sa clarinette basse, salue la serveuse. Il lui dit que l'amour plane comme une feuille d'olivier sur une tombe. Elle lui lance un regard fugace, ne prête aucune attention à ses insipides propos. Ian enlève son chandail couleur ambre. Il ne porte plus qu'un t-shirt mauve, arborant les mots Dark Alley. Il lèche son anche, l'insère dans le bec de sa clarinette, fixe le bec au corps de son instrument, puis se dirige vers le bar où il embrasse la jeune fille buvant sa Kronenbourg. Elle se nomme Manú, me susurre-t-on à l'oreille. Elle le reconnaît, lui fait une accolade. Je crois qu'elle lui sourit. Elle lui offre une bière, qu'il prend volontiers. Elle se retourne vers moi, plisse les yeux, essaie de voir à travers les nues bleues. Elle n'y parvient pas.
Christian Jorgenssön fait son entrée. Il n'a l'air de rien, c'est-à-dire qu'il n'a pas l'air musicien. Plutôt, il ressemble à un oncle que l'on ne voit qu'une fois l'an, soit au réveillon de Noël, soit à Pâques. Ses cheveux, peignés sur le côté, transpirent la graisse. Sa chemise blanche, presque transparente, détachée jusqu'au troisième bouton, fait voir la masse de poil collée à sa poitrine. Il salue la serveuse, lui dit que l'amour s'écoule de sa bouche comme d'une fontaine ; elle lui sourit, ou me semble du moins le faire.
Christian assemble sa trompette et en fait gémir quelques notes pratiquement inaudibles. Elles semblent lui plaire, et lui aussi paraît sourire. La batterie de Paul McGwire est déjà en place sur les planches du petit amphithéâtre. Il arrive, les cheveux au vent, très enthousiaste. Il échange quelques poignées de main avec des amis, que je ne connais pas. Il salue la serveuse et lui dit que l'amour est une forteresse hors d'atteinte ; elle rit faiblement et marche en ma direction.
Pénétrant dans l'antre de perdition qu'est le Yardbird Suite, Norm Langford et sa contrebasse. Il l'accorde, affiche un air anxieux, ne sourit pas, ne parle à personne, attend impatiemment que ses musiciens se joignent à lui afin d'entamer la première pièce de la soirée : Now's the Time.
Enfin, Gérard se pointe à ma table. Ses dents jaunies par un nuage de nicotine sont cachées derrière un timide sourire. Sa moustache finement taillée donne un éclat surprenant à son visage, habituellement terne, voire lymphatique. Ses cheveux brun-roux, tout ébouriffés, me font esquisser un fin sourire.
Il porte un bandeau noir, ce qui met en relief sa crinière endiablée. Il me dévisage d'une grimace-sourire statique ; à quoi pense-t-il? Je ne le sais pas et ne daigne le lui demander. Comme si je n'étais pas assez complexée par l'omniprésente brume, il s'allume une cigarette, une Chesterfield je crois. Cette dernière crée chez moi un aveuglement quasi total : à peine puis-je l'entrevoir dans ce capharnaüm d'exhalaisons. Je me résigne donc à utiliser mes autres sens, mon ouïe, mon toucher, mon odorat : mes yeux me sont maintenant chimériques.
La serveuse me demande ce que nous voulons boire. Je fixe momentanément sa poitrine : elle porte une blouse noire très serrée, ce qui met en évidence son buste, particulièrement ses deux mamelons. Je détourne mon regard. Comment ai-je fait pour voir ses mamelons ? La brume se serait-elle dissipée? Il semble que oui. Peut-être n'est-ce qu'une illusion : après tout, on voit bien ce que l'on veut bien voir... Le regard de la serveuse s'immobilise sur moi. Elle rit sardoniquement, elle s'impatiente. Gérard cligne des yeux : la fumée. Il joue dans ses cheveux, m'envoie un baiser soufflé. Sa bouche forme un cercle parfait, pareil au goulot d'une bouteille. Je commande deux 1664.
L'insolite beauté installée au bar regarde dans notre direction, allume sa pipe. La serveuse, tout en apportant nos bières, me dit que Manú aimerait bien se joindre à nous. Gérard n'y voit pas d'objection, moi non plus. Elle s'amène lentement, se laisse désirer.
Elle se nomme Manú, vous l'avez appris plus tôt, en même temps que moi. En pleine brousse albertaine, j'assiste à un concert de jazz, 10203 86th Avenue. Il y a Gérard, vous l'avez rencontré plus tôt. Il y a Manú, cette étrangère aguichante qui ne connaît pas le passé des nuits sombres et ombrageuses (du moins, c'est ce que je crois), jazzées par l'effusion émanant des cuivres et des percussions aphrodisiaques de ce band déchaîné nommé Death Tone.
Il entame donc sa première pièce, Now's the Time, une composition de Parker, un hymne à la révolution complète. Un hymne à la noire révolution, à la liberté, à tout ce vers quoi je tends, à tout ce vers quoi vous tendez, du moins, j'ose l'espérer. Ce n'est certainement pas en remplissant mon devoir de journaliste que j'y accéderai (à cette révolution), mais, en attendant, je me contente de voir, de sentir, d'ouïr, pour ne pas dire, voire commettre le lapsus qui consisterait à ajouter un « j » au mot ouïr...
Après le crapuleux meurtre perpétré le Xième jour du Xième mois de cette sainte année mil neuf cent X, celui où un jeune poltron a assassiné un propriétaire de Pizza 2=1, mon patron, un vaurien, sûrement inspiré par la pleine lune (comme à son habitude), m'a envoyée bien loin dans la faune edmontonienne sur un simple hunch, un pressentiment : «J 'ai l'feeling qu'il s'en va vers l'Ouest. C'est ben connu, les jeunes partent tout' vers l'ouest, vers Vancouver, capitale du punk-rock qu'z'appellent ça. Moé, j'comprends rien là-d'dans, le punk-rock. C'est du bruit de drogués, de dégénérés. », m'a-t-il postillonné au visage de son air je-sais-tout, car il ne connaît sûrement pas le mot omniscient, de son air dans-mon-temps-c'était-ben-mieux, et bla bla, et bla bla.
Donc, obéissant à son impératif, je m'envole vers la belle capitale de la drogue, comme il aime tant l'appeler. Je manque mon avion, roule sur mon pouce, me ramasse dans un trou à Edmonton où, heureusement, j'ai des contacts. Gérard est journaliste au Edmonton Tribune, un journal pourri mais bon, faut ben vivre. On a fait connaissance à Montréal dans un cours de littérature, Poésies II, où l'on étudiait les oeuvres de Paul-Marie Lapointe, Gérald Godin, Gilles Hénault, et j'en passe. Bref, Gérard est un joli mec qui baise bien, qui a un bel appart à Edmonton Beach et dont l'accent français, charmant, ferait défroquer les plus pieuses des nonnes.
Manú, rousse comme une Dos Equis, n'attend pas les un deux trois et claque à qui mieux mieux sur le deux et le quatre, sur les up beat comme on dit dans le milieu, ce qui m'impressionne. Elle me regarde de ses yeux brillants qui parlent ainsi à mes sens : «Ça m'prendrait pas grand-chose pour te traîner dans mon appart ; j'te f'rais la passe du canard qui tousse, d'la brouette québécoise ; Debby Does Dallas deviendrait Manú Does Maïté from Sainte-Dorothée.» Tout ça en l'espace d'un clin d'oeil emboucané, merci beaucoup.
Puis, comme si Norm Peterson pénétrait chez Cheers, le célèbre bar de Boston, Mr. PC, comme tout le monde aime le prénommer au Yardbird Suite, fait son entrée, assez fulgurante d'ailleurs. Il s'assoit à notre table, embrasse Manú, fraternise avec Gérard, m'embrasse, je ne le connais pas, du moins, je ne le crois pas, je ne suis pas sensée le connaître. Ça me fait esquisser, de nouveau, un on ne peut plus fin sourire.
Après avoir joué Mr. P.C., chanson dédiée au bassiste du fameux quartet de John Coltrane, Paul Chambers, et à Mr. PC lui-même ici présent, Death Tone prend une pose bien arrosée de Straight no Chaser, s'il vous plaît.
Quai des brumes : Journal de Maïté
En attendant Gérard, je plonge au fond des maux. J'allume une cigarette et fais tournoyer sa cendre au-dessus du cendrier. Ce dernier, enrobé d'une lumière diffuse provenant des chandelles allumées ici et là dans le bar, est fait d'une vitre opaque blanchâtre, presque grise. La cendre semble vouloir y tomber. Elle oscille entre la stagnation rassurante et le désespoir éperdu dans lequel elle pourrait sombrer. D'un léger coup de tête, elle chancelle : son dernier refuge, le cendrier. Langoureusement, il l'attend, afin d'emplir sa solitude.
La fumée, d'un bleu strident, crie une mélodie nègre de New York où les musiciens noirs étalent leur misère, leur savoir-faire. Partout dans le bar, le smog envahit les corps empêtrés, tous suspendus devant un café noir, une bière brune, un alcool blanc. Une jeune femme, habillée de gris et de noir, pénètre dans le bar, pipe au bec. Elle regarde furtivement devant elle, espérant rencontrer un regard apaisant, et se dirige vers le fond de l'établissement. Son corps, difficilement perceptible, marche de façon aléatoire, avance, recule, fait un pas de côté, prend une autre direction, fait un second pas de côté. La femme inspecte de nouveau la salle. Arrivée au bar, elle s'y assoit et commande une Kronenbourg. L'accumulation de fumée m'empêche de la voir complètement. Je regarde la vacuité céleste : on me chuchote que les musiciens du Death Tone arrivent.
Ian Butler, muni de sa clarinette basse, salue la serveuse. Il lui dit que l'amour plane comme une feuille d'olivier sur une tombe. Elle lui lance un regard fugace, ne prête aucune attention à ses insipides propos. Ian enlève son chandail couleur ambre. Il ne porte plus qu'un t-shirt mauve, arborant les mots Dark Alley. Il lèche son anche, l'insère dans le bec de sa clarinette, fixe le bec au corps de son instrument, puis se dirige vers le bar où il embrasse la jeune fille buvant sa Kronenbourg. Elle se nomme Manú, me susurre-t-on à l'oreille. Elle le reconnaît, lui fait une accolade. Je crois qu'elle lui sourit. Elle lui offre une bière, qu'il prend volontiers. Elle se retourne vers moi, plisse les yeux, essaie de voir à travers les nues bleues. Elle n'y parvient pas.
Christian Jorgenssön fait son entrée. Il n'a l'air de rien, c'est-à-dire qu'il n'a pas l'air musicien. Plutôt, il ressemble à un oncle que l'on ne voit qu'une fois l'an, soit au réveillon de Noël, soit à Pâques. Ses cheveux, peignés sur le côté, transpirent la graisse. Sa chemise blanche, presque transparente, détachée jusqu'au troisième bouton, fait voir la masse de poil collée à sa poitrine. Il salue la serveuse, lui dit que l'amour s'écoule de sa bouche comme d'une fontaine ; elle lui sourit, ou me semble du moins le faire.
Christian assemble sa trompette et en fait gémir quelques notes pratiquement inaudibles. Elles semblent lui plaire, et lui aussi paraît sourire. La batterie de Paul McGwire est déjà en place sur les planches du petit amphithéâtre. Il arrive, les cheveux au vent, très enthousiaste. Il échange quelques poignées de main avec des amis, que je ne connais pas. Il salue la serveuse et lui dit que l'amour est une forteresse hors d'atteinte ; elle rit faiblement et marche en ma direction.
Pénétrant dans l'antre de perdition qu'est le Yardbird Suite, Norm Langford et sa contrebasse. Il l'accorde, affiche un air anxieux, ne sourit pas, ne parle à personne, attend impatiemment que ses musiciens se joignent à lui afin d'entamer la première pièce de la soirée : Now's the Time.
Enfin, Gérard se pointe à ma table. Ses dents jaunies par un nuage de nicotine sont cachées derrière un timide sourire. Sa moustache finement taillée donne un éclat surprenant à son visage, habituellement terne, voire lymphatique. Ses cheveux brun-roux, tout ébouriffés, me font esquisser un fin sourire.
Il porte un bandeau noir, ce qui met en relief sa crinière endiablée. Il me dévisage d'une grimace-sourire statique ; à quoi pense-t-il? Je ne le sais pas et ne daigne le lui demander. Comme si je n'étais pas assez complexée par l'omniprésente brume, il s'allume une cigarette, une Chesterfield je crois. Cette dernière crée chez moi un aveuglement quasi total : à peine puis-je l'entrevoir dans ce capharnaüm d'exhalaisons. Je me résigne donc à utiliser mes autres sens, mon ouïe, mon toucher, mon odorat : mes yeux me sont maintenant chimériques.
La serveuse me demande ce que nous voulons boire. Je fixe momentanément sa poitrine : elle porte une blouse noire très serrée, ce qui met en évidence son buste, particulièrement ses deux mamelons. Je détourne mon regard. Comment ai-je fait pour voir ses mamelons ? La brume se serait-elle dissipée? Il semble que oui. Peut-être n'est-ce qu'une illusion : après tout, on voit bien ce que l'on veut bien voir... Le regard de la serveuse s'immobilise sur moi. Elle rit sardoniquement, elle s'impatiente. Gérard cligne des yeux : la fumée. Il joue dans ses cheveux, m'envoie un baiser soufflé. Sa bouche forme un cercle parfait, pareil au goulot d'une bouteille. Je commande deux 1664.
L'insolite beauté installée au bar regarde dans notre direction, allume sa pipe. La serveuse, tout en apportant nos bières, me dit que Manú aimerait bien se joindre à nous. Gérard n'y voit pas d'objection, moi non plus. Elle s'amène lentement, se laisse désirer.
Elle se nomme Manú, vous l'avez appris plus tôt, en même temps que moi. En pleine brousse albertaine, j'assiste à un concert de jazz, 10203 86th Avenue. Il y a Gérard, vous l'avez rencontré plus tôt. Il y a Manú, cette étrangère aguichante qui ne connaît pas le passé des nuits sombres et ombrageuses (du moins, c'est ce que je crois), jazzées par l'effusion émanant des cuivres et des percussions aphrodisiaques de ce band déchaîné nommé Death Tone.
Il entame donc sa première pièce, Now's the Time, une composition de Parker, un hymne à la révolution complète. Un hymne à la noire révolution, à la liberté, à tout ce vers quoi je tends, à tout ce vers quoi vous tendez, du moins, j'ose l'espérer. Ce n'est certainement pas en remplissant mon devoir de journaliste que j'y accéderai (à cette révolution), mais, en attendant, je me contente de voir, de sentir, d'ouïr, pour ne pas dire, voire commettre le lapsus qui consisterait à ajouter un « j » au mot ouïr...
Après le crapuleux meurtre perpétré le Xième jour du Xième mois de cette sainte année mil neuf cent X, celui où un jeune poltron a assassiné un propriétaire de Pizza 2=1, mon patron, un vaurien, sûrement inspiré par la pleine lune (comme à son habitude), m'a envoyée bien loin dans la faune edmontonienne sur un simple hunch, un pressentiment : «J 'ai l'feeling qu'il s'en va vers l'Ouest. C'est ben connu, les jeunes partent tout' vers l'ouest, vers Vancouver, capitale du punk-rock qu'z'appellent ça. Moé, j'comprends rien là-d'dans, le punk-rock. C'est du bruit de drogués, de dégénérés. », m'a-t-il postillonné au visage de son air je-sais-tout, car il ne connaît sûrement pas le mot omniscient, de son air dans-mon-temps-c'était-ben-mieux, et bla bla, et bla bla.
Donc, obéissant à son impératif, je m'envole vers la belle capitale de la drogue, comme il aime tant l'appeler. Je manque mon avion, roule sur mon pouce, me ramasse dans un trou à Edmonton où, heureusement, j'ai des contacts. Gérard est journaliste au Edmonton Tribune, un journal pourri mais bon, faut ben vivre. On a fait connaissance à Montréal dans un cours de littérature, Poésies II, où l'on étudiait les oeuvres de Paul-Marie Lapointe, Gérald Godin, Gilles Hénault, et j'en passe. Bref, Gérard est un joli mec qui baise bien, qui a un bel appart à Edmonton Beach et dont l'accent français, charmant, ferait défroquer les plus pieuses des nonnes.
Manú, rousse comme une Dos Equis, n'attend pas les un deux trois et claque à qui mieux mieux sur le deux et le quatre, sur les up beat comme on dit dans le milieu, ce qui m'impressionne. Elle me regarde de ses yeux brillants qui parlent ainsi à mes sens : «Ça m'prendrait pas grand-chose pour te traîner dans mon appart ; j'te f'rais la passe du canard qui tousse, d'la brouette québécoise ; Debby Does Dallas deviendrait Manú Does Maïté from Sainte-Dorothée.» Tout ça en l'espace d'un clin d'oeil emboucané, merci beaucoup.
Puis, comme si Norm Peterson pénétrait chez Cheers, le célèbre bar de Boston, Mr. PC, comme tout le monde aime le prénommer au Yardbird Suite, fait son entrée, assez fulgurante d'ailleurs. Il s'assoit à notre table, embrasse Manú, fraternise avec Gérard, m'embrasse, je ne le connais pas, du moins, je ne le crois pas, je ne suis pas sensée le connaître. Ça me fait esquisser, de nouveau, un on ne peut plus fin sourire.
Après avoir joué Mr. P.C., chanson dédiée au bassiste du fameux quartet de John Coltrane, Paul Chambers, et à Mr. PC lui-même ici présent, Death Tone prend une pose bien arrosée de Straight no Chaser, s'il vous plaît.
17.1.07
LivEvil2K — Aube, prise III
KLM : Journal de MorrisLa chambre 201 de l’Hôpital des Grands Lacs (ou HGL) abrite K, comateux révolté. Il ressasse nombre d’images, tant autobiographiques que fictives, qui revivent dans sa mémoire disjonctée par la drogue : la morphine, etc. Les souvenirs et fantasmes se mêlent sans que K ne sache différencier le vrai du faux. Mais je ne saurais me laisser berner par ce vieil ami qui, sur son lit de mort, s’attaque à sa mémoire comme on viole l’intimité d’un jeune homme se masturbant à la chandelle.
Cette chambre semi-privée respire la mort, bien entendu. Vous n’avez qu’à vous rappeler vos nombreuses visites hospitalières pour comprendre que le vert hôpital ne sied nullement au rétablissement des chroniques désabusés. Les fleurs en plastique n’inspirent guère autre chose qu’un mépris pour la nature, qui nous a mal foutus, après tout. Car, comment expliquer que K, idéaliste et aventurier s’il en fut, qui a fait le tour de l’expérience que l’on nomme vie, à l’affût de découvertes et de science, ait comme dernier compère de galère un septuagénaire dégoûtant crevant du cancer?
Ce co-loque, contrairement aux aînés dont la mémoire éveille nos plus jeunes bonheurs, ne fait que s’enliser dans le climat déjà sordide de la chambre 201 : il pue la merde, sacre à tout bout de champ, se mouche dans ses draps et râle comme un loup quadraplégique. Heureusement, un grand rideau blanc sépare K de cet être dégueulasse, qui me fait envier les odeurs de bouffe thaïlandaise qui émanent des murs de mon 4½ sur Marie-Anne.
Un autre drôle se promène dans le corridor au volant de sa chaise électrique. Il klaxonne arbitrairement, évite des passants fictifs et brûle les feux rouges de sa délirante folie. Tout dépeigné, comme c’est la mode dans les grands hôpitaux du monde, il s’assure que le coulis de bave qui arpente son menton dégouline jusque par terre pour que les employés à temps partiel ne se plaignent pas d’un manque de travail (le syndicat froncerait des sourcils...). Puis une infirmière toute de vert vêtue (obviously) s’écrie Monsieur Hurtubise! Retournez dans votre chambre. Vous dérangez les visiteurs, inconsciente de l’état d’esprit absent de sieur Hurtubise, qui nage dans sa salive depuis huit heures et demie. On se demande même s’il comprend ce qu’il voit, ou encore où il est, tellement son regard apeuré nous fait penser aux yeux terrifiés d’un orignal sur la 117, une Camaro de l’année s’apprêtant à le happer.
Puis il y a la coquette qui cruise tout ce qui bouge dans son peignoir rose grand ouvert, évoquant le temps des cerises et son roman préféré : Histoire d’O, duquel elle déclame les passages les plus représentatifs selon son expérience qu’elle dit «personnelle» :
Désormais, huit jours durant, entre la tombée du jour où finissait son service dans la bibliothèque et l’heure de la nuit, huit heures ou dix heures généralement, où on l’y ramenait –– quand on l’y ramenait –– enchaînée et nue sous sa cape rouge, O porta fixée au centre de ses reins par trois chaînettes tendues à une ceinture de cuir autour de ses hanches, de façon que le mouvement intérieur de ses muscles ne la pût repousser, une tige d’ébonite faite à l’imitation d’un sexe dressé. Une chaînette suivait le sillon des reins, les deux autres le pli des cuisses de part et d’autre du triangle du ventre, afin de ne pas empêcher qu’on y pénétrât au besoin.
À maintes reprises l’a-t-on vue sur le bord de l’orgasme, se frottant sur le rebord d’une fenêtre et riant d’un apocalyptique crie sonore, lorsqu’on la prenait en flagrant délit de jouissance. Elle s’en était prise au plus viril de ses co-loques, maniant la verge avec une dextérité peu commune pour une dame de soixante-quatre ans.
Parmi cette horde de fous, K ne pouvait cacher longuement le rictus qu’il affichait : il savait très bien que son tour viendrait, qu’il en prendrait pour son rhume et que lui aussi deviendrait la risée de ses plus jeunes co-loques et clients (eh oui ! nous ne sommes plus que des «clients»...) de l’HGL; mais, pour l’instant, il avait le beau jeu : une Royal Flush et les manches pleines d’as.
Comment K pouvait-il guérir de sa terrible maladie parmi cette dite horde de fous? Quotidiennement, je me posais cette question et tentais vainement d’y répondre. J’aurais pu m’infiltrer à des heures plus que matinales dans l’HGL, et le délivrer de cet antre de perdition; je l’aurais assis confortablement sur sa chaise roulante blindée, et roulé à toute vitesse dans les corridors suintant la pisse; dans ma Camaro de l’année, je l’aurais installé, et nous aurions roulé jusqu’à Val-d’Or sur la 117.
À la tombée de la nuit, je me roulais un dernier spliff et me disais Tonight’s the Night. Mais dès que l’étoile polaire scintillait sur mon pare-brise, j’imaginais les gyrophares policiers rouge supplice, j’entendais la sirène du dernier jour qui chantait au loin sur les rives de la rivière des Outaouais; inévitablement, elle entraînait la carrosserie de mon véhicule vers l’avacuité de mon royaume, où règne le bleu, où la mer profonde habitée d’hippocampes et de bélugas m’accueille en roi; limpide, le calme éructe à 360 degrés; cette lave bleue qui tapisse les murs de mon royaume...
À priori, je te vois, K, de bleu submergé; les eaux réparatrices redonnent de l’éclat à tes yeux, de la couleur à tes joues et de la folie à tes cheveux bouclés bleus frisés et follement heureux de vivre!
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© 1996 - 2007 LeRoy K May
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Inclut l'image K Bleu : œuvre conséquente
© 10.12.2000, Thierry Vendé
Œuvre originelle : © Bruno Deshayes
14.1.07
LivEvil2K - Aube, prise II
***
Le Kor Griffè a parlé. Sachez qu'il en sera ainsi jusqu'à la fin de cette prose pestilentielle, guidée entre autres par le rythme du hip hop. Vous serez mené par ce corps déchiqueté et, si votre raisonnement se heurte à plusieurs points d'interrogation, so sorry ! Cette introduction, cet aparté, où conduit-t-il et surtout, où veut-il en venir ? Jamais de question plus difficile ne fut posée. L'oreille ouverte, les sens à l'écoute, la vie au bord du coeur : libérez-vous de vos inhibitions et plongez aveuglément dans ce dédale de maux. Généralisons : le lien intime qui relie une partie de baseball et de fesses, un rythme indéfinissable et une mélodie sourde, redondante, qui passe et repasse sans avertir, déambulant tel un génie aérien sans arrière-pensée, spontané : trêve de généralités.
Un jeune homme dans la vingtaine se sauve avec un sac contenant une bouteille de Jack Daniels et deux onces de marie-jeanne. Il n'a ni but, ni espoir, sinon celui de vivre pleinement, sans limites et sans conventions. Il se moque d'à peu près tout, sauf peut-être de la musique, que ce soit de l'atonal, du baroque, du blues, du classique, du grunge, du jazz, du punk, du rhythm & blues, du rock, du techno, (remarquez ici le rationnel ordre alphabétique), il s'en contre-crisse éperdument et c'est tant mieux. Ce qui le fait bander, c'est le rythme, toujours le rythme, que ce soit le Mahavishnu Orchestra, Miles Davis, Kurt Cobain, Jimi, l'éternel Jimi, Steve Coleman (il lui a serré la main), bref, le rythme sous toutes les formes possibles.
Il ne se limite pas au platonique 4/4, il s'étend sur des vagues iconoclastes, passant du 7/4 au 17/8 avec une facilité déconcertante. Ce qu'il préfère, c'est le live, le rythme live, le
vibediront certains. En quelque sorte, il est pris dans le vibe, et c'est tant mieux. Car qui a vécu le vibe ne veut pas en sortir. Il veut le vivre à perpétuité ; il se construit un univers, incompréhensible pour certains, apparemment issu de l'abstraction mais toujours concret dans son état d'âme le plus pur. En fait, c'est un trip complexe, jamais dénué de subtilités, toujours reconstruit, différant à chaque reprise, s'accroissant infiniment, de chaque note, chaque schème rythmique ; il accentue constamment le deux et le quatre, et seulement parfois se permet-il de déhancher sur le un et le trois, sans jamais se pervertir à danser sur le mauvais beat, car le rythme est démoniaque. Voilà pour les prémisses de ce texte mouvant et incertain, en construction, ne se limitant à rien, désirant tout embrasser, pour le meilleur et pour le pire.
Ah ! Man...
Ce jeune homme se sauvant avec une bouteille de Jack Daniels et un sac de deux onces de marie-jeanne a tué quelqu'un, quelqu'un qui, selon plusieurs critères, ne méritait pas de vivre, se moquait des détails de la vie, et ne vivait que pour une chose : son commerce. Et là, certains me diront, sans verser dans la peste nouvelle, la rectitude politique : Man, who the fuck are you to judge people's values?. Et moi de répondre : "Je juge qui doit être jugé, selon mes règles, selon l'entendement que j'ai pris avec le tout-puissant, mon tout-puissant, c'est-à-dire moi-même, the one and only, l'égoïste trinitaire me-myself-&-I, le maître de la cérémonie". Mais encore, suis-je objectif ? tonitrueront certains. Non, pas vraiment, mais je ne désire point tendre à l'objectivité, je n'ai que faire de cette chimère. Je tends vers la subjectivité pure, vers l'univers des possibilités. Si je n'évoluais pas, à quoi bon écrire ce texte, à quoi bon se sauver avec une bouteille de Jack Daniels et un sac de deux onces de marie-jeanne ?
Y a-t-il un état plus plat que celui de la certitude, qu'elle soit intellectuelle ou amoureuse, voire la certitude d'exprimer la vie ? Vous le demandé-je ? Non, ce n'est qu'une question rhétorique. C'est pourquoi je décide de repousser les limites, toutes les limites, celles vitales à l'homme qui se veut libre, du moins qui tente d'être libre, car le libertaire est souvent freiné par les ornières de ceux qui se veulent ses pairs...
Entrons maintnow dans la chair du sujet.
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LivEvil2K - Aube
Kor Griffè
— (...) Et dehors ?Large de neuf longueurs de lance, le couloir débouche sur une porte. Quel couloir, me manderez-vous ? Un couloir, that's all man. Il est indescriptible, il n'est qu'imaginable ou visualisable, rêvé, voire cinématographique. Il est ample, il est facile d'y manoeuvrer, il est ample, on pourrait dire qu'il y a une ample marge de manoeuvre pour y circuler, ce qui permet un certain va-et-vient entre les deux murs, parallèles.
— Dehors ?
— Dehors ! de l'autre côté de ces murs ?
— Il y a un couloir.
— Et au bout du couloir ?
— Il y a d'autres chambres et d'autres couloirs et des escaliers.
— Et puis ?
— C'est tout.Jean-Paul Sartre
Susurré dans le couloir, Ell&Il entend Dawn : le Mahavishnu Orchestra se prépare à faire crouler le toit. Un rythme effréné l'emporte vers le nord ; l'issue ou la porte, laquelle notre quidam meurt d'effroi, d'envie d'ouvrir. Ell&Il oscille, se rapplombe, perd l'équilibre et se précipite vers la poignée de porte qu'il tourne vers la droite, d'un mouvement sec, saccadé. Ce qu'il y a derrière cette porte, il se le demande, tout autant que vous. Il l'entrouvre puis la referme. Les membres du Mahavishnu Orchestra, comme s'ils étaient là, sur place, entrent en transe, alternent les solos, de la guitare au violon et à l'orgue, de John McLaughlin à Jerry Goodman et à Ian Hammer. Et le leitmotiv, que l'on se borne à appeler mélodie, se répète incessamment en trame de fond.
Prise deux. La grille s'ouvre, laissant poindre un latent filet d'aveu-glante lumière. Trois fauteuils vides. Gros plan. Un projecteur, un écran géant. Deux sujets endormis par terre.
Sur un beat hip hop, les personnages, projetés à l'écran, scandent :
— I don't THINK you'll FIND what you been lookin' for asshole.
— Oh yeah?
— Yeah.
— Fine, be that way bitch.
— Only WAY you'll FIND it zif you REALLY go through.
— Go through what?
— It. Yeah, IT.
Quasi neurasthénique, Ell&Il s'assoit et murmure le dialogue qu'il vient à peine d'entendre. Sobre en paroles, il le repasse muettement, secrètement, dans le labyrinthe de sa mémoire : I don't think you'll find what you been looking for asshole oh yeah yeah fine be that way bitch only way you'll find it zif you really go through go through what it yeah it. Il le fredonne sur tous les temps imaginables (3/4, 5/8, 7/4, etc.). Ell&Il déconstruit le rythme, le rebâtit, regroupe les phonèmes, les noires pointées, les sujets. Ah ! Non. Peut-être. Pas vraiment. Mais si, non, ce serait trop simple...
Langoureusement, les deux corps alanguis, étendus par terre, se réveillent, revêtent leurs fringues : ils ne constataient pas leur dénuement. Ils se regardent, avides de paroles. Une seconde mineure harmonise leurs voraces voix qui, goulues de dodécaphonie, déclament à tue-tête :
Ah !
Que la mosaïque couvrant mes globes oculaires s'estompe.
Nus et beaux, abreuveront-ils ma connaissance assoiffée,
[assouvie d'incertitude ?
Ce balconnet, cette incrustation de dentelle, bustée
[sur un édredon de satin,
lequel les bercent entre les faux murs d'un chimérique
[théâtre...
Pourquoi ce titanesque étalage languide,
et pourquoi m'appelles-tu de ton unique doigt,
[vision d'accalmie,
et pourquoi ce quidam, étouffé dans son rire, éreinté
[dans sa joie, traduit-il mon amour ?
Ell&Il croyait chercher l'or du temps, la fracture où l'homme devient vieux-jeu à son insu, par une tendance à l'ultramodernisme. Peut-être eût-il été tenté d'asseoir la vision d'accalmie sur ses genoux, mais tout lecteur averti le lui aurait interdit, sachant bien qu'il l'aurait trouvée amère. Contrairement à ce que vous pourriez penser, il n'est pas ici question de trancher entre le bien défunt et le mal à la mode, de flairer une immanente vérité and all that blah-blah-woof-woof. Nous recherchons plutôt la division entre le charme et l'ennui. En pleine grisaille d'or, il l'est : ne l'êtes-vous pas ?
Derrière la porte, il n'y avait pas grand-chose d'intéressant, si ce n'est ces deux êtres éperdus de sommeil qui, se réveillant, s'amourachent à la vie, la poétisent et la rendent, à leur yeux, plus belle. Mais encore ? Justement. Entendez-vous l'écho des pas perdus qui perdure sur les murs du corridor ? Large comme une lame de rasoir, la porte, derrière Ell&Il, assurément, se referme.
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29.11.06
Ell&Il, prise 18
Elle et Il savent que leur avenir se trouve étroitement lié à Virabelle cette jeune déesse au coeur tendre mais dur comme le roc du cimetière en rose en fleurs en grâce éternelle et joyeusement éphèbe comme les tourterelles qui sommeillent dans le ciel enneigé de Brooklyn Tokyo Paris Montréal; Elle et Il reconnaissent que malgré leur désir de liberté leurs récentes actions imposent un karma douteux qui pourrait entaché leur légende leur vibrant hommage à la vie alors que les Berlinois gisent dans un lac d'hémoglobine rouge et or comme les vallées inondées qui parsèment les rivages houleux des mers désenchantées.
Elle et Il s'embarquent sur rame de métro par dessus quai par dessus ticket étudiant adulte avez-vous une carte d'identité avez-vous une foutue carte d'identité Elle et Il se crispent crissent les roues de leurs cerveaux déferlent comme des pierres douces et belles comme la peau de Virabelle qui fait passer le temps en observant les véhicules qui roulent au qui vive du coeur sur le boulevard St-Laurent du désir ininterrompu.
Elle et Il passent par St-Michel point mitoyen de leur chute et de leur arrivée simultanée lieu de transfert transmigratoire qui les mènera de Paris à Montréal en passant par Reykjavik et le Groënland; ils visiteront entre-temps les lieux saccagés des passages vikings deux millénaires trépassés sous l'océan bitumineux des alcools noirs d'Alberta; Elle et Il traversent des raz-de-maréeet des tsunamis arrivent en ville les quatre fers en l'air et se précipitent sur le premier venu la première mordue ils trouvent un pawnshop dans Centre-Sud miteux comme il se doit le propriétaire Raymond leur dit c'est pour quoi et ils répondent en coeur c'est pour un gun avez-vous un permis non parfait ça va être deux fois plus cher y en pas de problème rétorque Il qui sort ses liasses de liquide infecte et ses cartes fausses comme les promesses électorales.
Elle et Il paient leur dû they pay their dues commes des vieux bluesmen en visite dans la métropole à revisiter Robert Johnson en grattant de vieilles guitares battues la voix rauque qui baigne dans le Johnny Walker le rythme syncopé dans le sang comme une femme en mal d'amour; Elle et Il se disent simultanément sauvons Virabelle de cette vie de merde attaquant en plein jour comme des sauvages pas de plumes agissons maintenant pendant que l'air est chaud et que la chaire est tendre il n'y a plus une minute à perdre dans les transports en commun de toutes les villes parallèles et imaginaires de tous les mondes possibles et impossibles il faut mettre un terme au règne de la Merde pour que celui d'Ell&Il soit pour qu'il fasse taire les excréments de ce siècle de tous les siècles pour les siècles qui perdurent depuis trop longtemps dans la dichotomie du Bien et du Mal.
Elle et Il voient déjà leur trône au-dessus du 3½ caverneux de la rue St-Laurent au-dessus du stand à patate et de la pizzeria de monsieur Marcario il y aura fort à faire pour déjouer ces déchets qui survivent bon an mal an qui s'accrochent à la vie comme des coquerelles s'aglutinent au pied des saules-pleureurs l'automne.
Virabelle regarde l'oeil vitreux et hagard pendant que George revisionne pour la ixième fois le DVD de Miss Cumalot la main gauche plongé dans un bol de KY et la droite dans un sac de chips au vinaigre; Jean-Thomas grille une Camel la soirée a été longue et les queues se sont faites rares il pleuvait l'automne approche mine de rien les aventuriers des parcs Lafontaine Central Park Tokyo Bay Bois-de-Boulogne se font timides à l'approche du grand gel.
Quoi de mieux que de ruminer en silence le passé glorieux de la Merde et la vengeance froide qui sera servie dans un ramequin d'argent.
La Merde suce lèche gémit pour payer son loyer car Jean-Thomas déçoit n'a plus la même ardeur au travail George ne fait rien que se branler et Virabelle quoiqu'on en pense est toujours clouée à la maison depuis qu'Elle est partie impossible de lui faire dire faire quoique ce soit elle reste figée dans une stupeur imparable un spectre passerait sous son nez qu'elle ne ferait que lui montrer l'oiseau du creux de la main celui qui s'élève vers le soleil et qui cause l'affront de l'irrespect chaque fois qu'il se pointe vers le Créateur.
Elle et Il prennent la ligne bleue direction Snowdon pour débarquer à De Castelnau près de l'ancien parc Jarry ils montent un peu plus haut croisent le poste de police et se dirigent lentement comme des félins vers l'antre de la matrice de la Merde Toute-Puissante; Jean-Thomas les aperçoit du coin de l'oeil tire une dernière bouffée de sa Camel et dit à Virabelle viens je veux te montrer quelque chose; il l'amène dans sa chambre et tire le dernier tiroir de sa commode au fond duquel se cache un faux-tiroir où se trouve un poignard datant de la Deuxième Guerre utilise-le s'il le faut c'est tout ce qu'il lui dit et de ses yeux prépubères mais écoeurés de subir les injustices familiales elle sourit enfouit le poignard entre ses seins que retienne un soutien-gorge usé à la corde mais toujours efficace pour sa jeune poitrine en devenir.
Ell&Il croise du regard Jean-Thomas qui le leur rend il fait signe de la tête que la Merde est en arrière en train de besogner le loyer en nature Ell&Il passe par la ruelle prend l'escalier qui mène au troisième étage fracasse la fenêtre de la Merde la bouche prise par un plaisir pourri; George n'enttend que dalle trop épris par Miss Cumalot qui se fait chevaucher par Black Stallion; George râle George sue de partout George est vraiment dû pour un bain une douche un jet d'eau n'importe quoi d'hydraulique; Jean-Thomas se poste devant la porte de la Merde qui n'a toujours rien vu jusqu'à ce qu'elle apreçoive les bottes d'Ell&Il débarrassant la fenêtre des derniers morceaux de vitre; la Merde relève la tête la bouche hébétée pleine d'amour; entre ses deux yeux s'achemine une balle de plomb flambant neuve une balle qui mettra un terme à son règne une balle qui libèrera Virabelle.
La Merde s'écroule sur l'engin ruisselant du proprio-pusher-pimp qui crie osti d'câlice de tabarnak Elle kessé t'as faite là?!? Je fais ce que j'aurais dû faire depuis longtemps mettre un terme à mon esclavage accomplir le matricide que les érynnies me poursuivent jusqu'à ce que folie s'en suive et une deuxième balle vient se loger entre les arcades sourcillères pour achever ce cravaté crasseux; Jean-Thomas tente d'étouffer le tumulte en criant osti d'câlice de chaise à marde prétextant s'être cogné le petit orteil sur l'arbre défait mais George malgré sa turpitude malgré sa fascination pour Miss Cumalot renfile son caleçon et s'approche de Jean-Thomas menaçant:
- M'man as-tu fini?
- Je le sais-tu moé.
- Oui tu le sais JT fais pas l'innocent.
- Comment tu veux que je le sache chus pas dans chambre à coucher à ce que je sache
Et George lui assène une droite en pleine mâchoire qui le fait voler sur le coin de la table le crâne ouvert le sang rigole.
George hurle m'maaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan lorsqu'il la voit écroulée une balle entre les deux yeux et son proprio-pimp-pusher dans la même position Ell&Il dit c'est finalement notre tour to rule the world on ne subira plus rien on va te faire payer pour tous les coups de fouet de strap de queue l'humiliation de 6 à 17 ans tu vas payer mon osti et Ell&Il tire mais le gun jamme la balle ne part pas; George a juste le temps de se resaisir et de frapper Ell&Il à la tête dans sa chute Ell&Il tire l'arme s'enclenche et la balle s'extirpe du métal hurlant mais c'est pour s'échouer dans l'estomac d'Ell&Il les rames de métro passe Tokyo Harajuku Staten Island Vatnajokull Mont-Royal Châtelet St-Germain Gare St-Lazarre Angrignon terminus.
Virabelle a tout vu tout entendu. Virabelle s'élance dans le dos de George et plante le poignard au creux de ses reins, tendrement, pendant que Miss Cumalot scande cum you big black mother fucker.
George s'écroule. Le sang gicle comme une fontaine alors que Virabelle l'enfonce aléatoirement dans son dos, sa nuque, sa queue, ses yeux. George est secoué de violents spasmes. Puis tout s'éteint.
« Je suis la Nouvelle Merde! », s'époumone Virabelle pendant que Skip James vide son fiel en braillant Cypress Grove Blues.
Elle et Il s'embarquent sur rame de métro par dessus quai par dessus ticket étudiant adulte avez-vous une carte d'identité avez-vous une foutue carte d'identité Elle et Il se crispent crissent les roues de leurs cerveaux déferlent comme des pierres douces et belles comme la peau de Virabelle qui fait passer le temps en observant les véhicules qui roulent au qui vive du coeur sur le boulevard St-Laurent du désir ininterrompu.
Elle et Il passent par St-Michel point mitoyen de leur chute et de leur arrivée simultanée lieu de transfert transmigratoire qui les mènera de Paris à Montréal en passant par Reykjavik et le Groënland; ils visiteront entre-temps les lieux saccagés des passages vikings deux millénaires trépassés sous l'océan bitumineux des alcools noirs d'Alberta; Elle et Il traversent des raz-de-maréeet des tsunamis arrivent en ville les quatre fers en l'air et se précipitent sur le premier venu la première mordue ils trouvent un pawnshop dans Centre-Sud miteux comme il se doit le propriétaire Raymond leur dit c'est pour quoi et ils répondent en coeur c'est pour un gun avez-vous un permis non parfait ça va être deux fois plus cher y en pas de problème rétorque Il qui sort ses liasses de liquide infecte et ses cartes fausses comme les promesses électorales.
Elle et Il paient leur dû they pay their dues commes des vieux bluesmen en visite dans la métropole à revisiter Robert Johnson en grattant de vieilles guitares battues la voix rauque qui baigne dans le Johnny Walker le rythme syncopé dans le sang comme une femme en mal d'amour; Elle et Il se disent simultanément sauvons Virabelle de cette vie de merde attaquant en plein jour comme des sauvages pas de plumes agissons maintenant pendant que l'air est chaud et que la chaire est tendre il n'y a plus une minute à perdre dans les transports en commun de toutes les villes parallèles et imaginaires de tous les mondes possibles et impossibles il faut mettre un terme au règne de la Merde pour que celui d'Ell&Il soit pour qu'il fasse taire les excréments de ce siècle de tous les siècles pour les siècles qui perdurent depuis trop longtemps dans la dichotomie du Bien et du Mal.
Elle et Il voient déjà leur trône au-dessus du 3½ caverneux de la rue St-Laurent au-dessus du stand à patate et de la pizzeria de monsieur Marcario il y aura fort à faire pour déjouer ces déchets qui survivent bon an mal an qui s'accrochent à la vie comme des coquerelles s'aglutinent au pied des saules-pleureurs l'automne.
Virabelle regarde l'oeil vitreux et hagard pendant que George revisionne pour la ixième fois le DVD de Miss Cumalot la main gauche plongé dans un bol de KY et la droite dans un sac de chips au vinaigre; Jean-Thomas grille une Camel la soirée a été longue et les queues se sont faites rares il pleuvait l'automne approche mine de rien les aventuriers des parcs Lafontaine Central Park Tokyo Bay Bois-de-Boulogne se font timides à l'approche du grand gel.
Quoi de mieux que de ruminer en silence le passé glorieux de la Merde et la vengeance froide qui sera servie dans un ramequin d'argent.
La Merde suce lèche gémit pour payer son loyer car Jean-Thomas déçoit n'a plus la même ardeur au travail George ne fait rien que se branler et Virabelle quoiqu'on en pense est toujours clouée à la maison depuis qu'Elle est partie impossible de lui faire dire faire quoique ce soit elle reste figée dans une stupeur imparable un spectre passerait sous son nez qu'elle ne ferait que lui montrer l'oiseau du creux de la main celui qui s'élève vers le soleil et qui cause l'affront de l'irrespect chaque fois qu'il se pointe vers le Créateur.
Elle et Il prennent la ligne bleue direction Snowdon pour débarquer à De Castelnau près de l'ancien parc Jarry ils montent un peu plus haut croisent le poste de police et se dirigent lentement comme des félins vers l'antre de la matrice de la Merde Toute-Puissante; Jean-Thomas les aperçoit du coin de l'oeil tire une dernière bouffée de sa Camel et dit à Virabelle viens je veux te montrer quelque chose; il l'amène dans sa chambre et tire le dernier tiroir de sa commode au fond duquel se cache un faux-tiroir où se trouve un poignard datant de la Deuxième Guerre utilise-le s'il le faut c'est tout ce qu'il lui dit et de ses yeux prépubères mais écoeurés de subir les injustices familiales elle sourit enfouit le poignard entre ses seins que retienne un soutien-gorge usé à la corde mais toujours efficace pour sa jeune poitrine en devenir.
***
Ell&Il croise du regard Jean-Thomas qui le leur rend il fait signe de la tête que la Merde est en arrière en train de besogner le loyer en nature Ell&Il passe par la ruelle prend l'escalier qui mène au troisième étage fracasse la fenêtre de la Merde la bouche prise par un plaisir pourri; George n'enttend que dalle trop épris par Miss Cumalot qui se fait chevaucher par Black Stallion; George râle George sue de partout George est vraiment dû pour un bain une douche un jet d'eau n'importe quoi d'hydraulique; Jean-Thomas se poste devant la porte de la Merde qui n'a toujours rien vu jusqu'à ce qu'elle apreçoive les bottes d'Ell&Il débarrassant la fenêtre des derniers morceaux de vitre; la Merde relève la tête la bouche hébétée pleine d'amour; entre ses deux yeux s'achemine une balle de plomb flambant neuve une balle qui mettra un terme à son règne une balle qui libèrera Virabelle.
La Merde s'écroule sur l'engin ruisselant du proprio-pusher-pimp qui crie osti d'câlice de tabarnak Elle kessé t'as faite là?!? Je fais ce que j'aurais dû faire depuis longtemps mettre un terme à mon esclavage accomplir le matricide que les érynnies me poursuivent jusqu'à ce que folie s'en suive et une deuxième balle vient se loger entre les arcades sourcillères pour achever ce cravaté crasseux; Jean-Thomas tente d'étouffer le tumulte en criant osti d'câlice de chaise à marde prétextant s'être cogné le petit orteil sur l'arbre défait mais George malgré sa turpitude malgré sa fascination pour Miss Cumalot renfile son caleçon et s'approche de Jean-Thomas menaçant:
- M'man as-tu fini?
- Je le sais-tu moé.
- Oui tu le sais JT fais pas l'innocent.
- Comment tu veux que je le sache chus pas dans chambre à coucher à ce que je sache
Et George lui assène une droite en pleine mâchoire qui le fait voler sur le coin de la table le crâne ouvert le sang rigole.
George hurle m'maaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan lorsqu'il la voit écroulée une balle entre les deux yeux et son proprio-pimp-pusher dans la même position Ell&Il dit c'est finalement notre tour to rule the world on ne subira plus rien on va te faire payer pour tous les coups de fouet de strap de queue l'humiliation de 6 à 17 ans tu vas payer mon osti et Ell&Il tire mais le gun jamme la balle ne part pas; George a juste le temps de se resaisir et de frapper Ell&Il à la tête dans sa chute Ell&Il tire l'arme s'enclenche et la balle s'extirpe du métal hurlant mais c'est pour s'échouer dans l'estomac d'Ell&Il les rames de métro passe Tokyo Harajuku Staten Island Vatnajokull Mont-Royal Châtelet St-Germain Gare St-Lazarre Angrignon terminus.
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Virabelle a tout vu tout entendu. Virabelle s'élance dans le dos de George et plante le poignard au creux de ses reins, tendrement, pendant que Miss Cumalot scande cum you big black mother fucker.
George s'écroule. Le sang gicle comme une fontaine alors que Virabelle l'enfonce aléatoirement dans son dos, sa nuque, sa queue, ses yeux. George est secoué de violents spasmes. Puis tout s'éteint.
« Je suis la Nouvelle Merde! », s'époumone Virabelle pendant que Skip James vide son fiel en braillant Cypress Grove Blues.
20.11.06
Ell&Il, prise 17
Ils n'avaient pas la conscience tranquille à trimballer tous ces euros ces chèques de voyage et ces cartes de crédit tout cela n'était pas prévu mais il fallait vivre avec il n'y avait plus de choix il fallait aller de l'avant ou peut-être se rattraper en faisant une bonne action? Ying yang thank you mam?
Virabelle mourait d'envie de quitter le nid le lit le cercueil familial que George gardait sauvagement pendant que la Merde se tapait quelques nouveaux riches pour payer son smack; Jean-Thomas somnolait l'après-midi mais était toujours à l'affût du moment où il lui faudrait aller chercher la dose pour la Merde Toute-Puissante. Mais Jean-Thomas cogitait ça turbinait entre les tambours les neurones il avait des trompettes d'Apocalypse plein la tête et des plans de nègres full ses poches: il réussirait à faire s'échapper Virabelle et en finirait avec cette vie de merde quitte à passer par-dessus le corps de la marâtre et du bourreau.
Virabelle mourait d'envie de quitter le nid le lit le cercueil familial que George gardait sauvagement pendant que la Merde se tapait quelques nouveaux riches pour payer son smack; Jean-Thomas somnolait l'après-midi mais était toujours à l'affût du moment où il lui faudrait aller chercher la dose pour la Merde Toute-Puissante. Mais Jean-Thomas cogitait ça turbinait entre les tambours les neurones il avait des trompettes d'Apocalypse plein la tête et des plans de nègres full ses poches: il réussirait à faire s'échapper Virabelle et en finirait avec cette vie de merde quitte à passer par-dessus le corps de la marâtre et du bourreau.
Ell&Il, prise 16
Ils étaient arrivés à l'aéroport d'Haneda et voulaient se rendre à Shinjuku là où ils avaient baptisé tous les hôtels de la région lors de leur premier périple télépathique ils avaient voyagé dans le corps de l'un de l'autre par la pensée par le sentiment sans jamais vraiment quitter leur enveloppe sans jamais oser être impertinent ou charnel faire l'amour ne se réusumait plus à un acte physique mais bien à un état d'esprit mais ils s'amusaient à trouver des endroits appropriés pour laisser vagabonder leurs esprits grivois et fébriles comme une jeune vierge dans la Baie de Tokyo.
Ils ne payaient jamais dans le métro ils évitaient les gardiens et d'un clin d'oeil magique hop ils s'embarquaient sur le plus beau des roller coasters ils se laissaient griser sur les rails de ce pays inconnu et exotique comme les tempes d'une nouvelle morte; ils ne payaient jamais rien et c'est peut-être ce qui les perdra mais pour l'instant ils sont à la recherche de Sengakuji il ne faut pas la rater transférer à A07 pour s'en aller vers l'est vers Shiumbashi d'où ils pourraient dormir un peu somnoler entre les visages cartésiens sobres et beaux comme une multitude de coléoptères comme Clarice cette belle auteure morte trop jeune trop nouvelle trop résolument moderne.
Ils ne savaient pas qu'ils croiseraient des jeunes breakdancers sortis des années 80 à Toranomon ni que transférant depuis Akasaka vers Tameikesano une bande d'étudiants les bousculerait le temps d'un gomen nasai bien senti bien émotif imprégné de respect impossible de le sentir autrement puis le temps de resomnoler jusqu'à l'arrivée à Akasaka-mitsuke d'où ils auraient pu transférer et prendre la ligne rouge vers Tokyo centre-ville ou continuer vers l'ouest jusqu'à Shibuya: mais ils se seraient perdus.
Ils optèrent plutôt vers le nord en transférant sur la ligne rouge ouest la Ligne Marunouchi où ils arrivèrent à Yotsuya puis rapidement à Shinjuku-gyommae puis Shinjuku-sanchome et finalement Shinjuku! Shinjuku! Shinjuku! Nom magique parmi cette horde de signes incompréhensibles malgré les accents cassés tentant d'aider les marmots égarés are you lost what are you looking for can I help you et ces questions pouvaient s'enchaîner pendant des minutes des heures des jours jusqu'à ce que poliment quelqu'un comprenne ce que les étranges disaient jusqu'à ce que politesse oblige on ait pu renseigner la femme et l'homme blancs et poursuivre notre petite vie d'abeille bien rangée.
Shinjuku où leurs corps allaient s'abandonner comme jadis au cimetière Côte-des-Neiges où la mémoire des morts fut honorée maintes et maintes fois sous une lune absente ou pleine peu important que l'astre satellite brillât ou non n'était nécessaire que deux sexes désireux de s'émanciper là maintenant maintnow pour le plus grand plaisir des amants désinvoltes qui se donnaient rendez-vous marie-jeanne au bec pour explorer les tombes et les ancêtres d'antan.
Ils commèrent leur expédition salvatrice au Toyama Park où surprenant deux écureuils en plein ébats ils eurent des idées phallacieuses et après quelques caresses coquines derrière les cerisiers et devant quelques animaux au nom inconnu ils se ruèrent vers le Rihga Royal Hotel duquel ils visitèrent plusieurs des 127 chambres; pour 31 000 yens ils auraient la paix tandis que les voyageurs d'affaires les saluant ahuris se demandaient qui étaient ces deux jeunes tourtereaux à peine vêtus; les plaintes fusèrent quelque trente minutes suivant leur arrivée puisqu'Elle se plaisait à hurler aisuru watashi kennayo! aisuru watashi kennayo!
Traversant Okubo-Dori jusqu'à Meiji-Dori ils dévalèrent la côte vers le Sunlite Shinjuku Hotel beaucoup moins cher (10 000 yens) mais également moins élégant ce qui donna lieu à un quiproquo qui engendra un suicide sur-le-champ: le directeur prenant les deux amoureux pour des voyous les somma de quitter son hôtel immédiatement; lorsque magiquement Il sortit de son sac les 10 000 yens bien entassés les uns sur les autres le manager n'eut d'autre choix que de se donner la mort, ce qui fit un bel auto-dafé; du coup Il reprit ces 10 000 yens faignant d'être outré et ils allèrent se donner l'un à l'autre dans la salle de bain, proprette.
Ils descendirent ensuite au Listel Shinjuku Hotel où ils décidèrent de profiter du bar lounge puis de la piscine et du sauna le but étant évidemment de foutre un joli bordel dans cet hôtel somme toute correct mais manquant de passión; ils arnaquèrent un couple de riches Berlinois qui revenaient d'une excursion sexuelle en Thaïlande (ils s'en vantaient); la femme d'une quarantaine d'années s'étaient fait refaire les seins le printemps passé c'était comme des trempolines olympiques Il avait presque envie de les croquer pour voir s'ils exploseraient l'homme était bien mis la quarantaine aussi un peu bedonnant mais quand même assez en forme assez pour se taper deux jeunes oiseaux rares venus se farcir une ville démente débile irréelle.
Après quelques vodka jus d'orange et autres drinks plus exotiques au tour de la piscine qu'ils étaient seuls à exploiter Elle retira lentement son top pour attirer le gros german cat vers Elle; Il savait quoi faire Il n'avait qu'à manoeuvrer lentement avec sa Berlinoise la faire se pâmer un peu pendant qu'il la limerait dûment puis au bord de la pamoison Il aspirerait son âme avant de la laisser choir dans le sauna dernier réceptacle pour sa carcasse de putasse.
Elle détachait son string de sa main gauche pendant que berlinois matou dénouait le cordon de son maillot pensant s'envoyer en l'air cette jeunette avant de ronfler entre les ballons de volleyball de sa tendre verheiratete Frau; alors qu'Elle se dévoilait dans toute sa splendeur ô drame le matou s'effondra demanda son bronchodilatateur en allemand mais son adorée s'affairait déjà sur le mât d'Il qui n'eut d'autre choix que de décharger promptement pour mettre fin au supplice; Il lui asséna un coup de genou en plein front qui le lui fendit sa lèvres faisant s'évacuer les derniers délices qu'elle goûtat; Elle&Il se remballèrent paniqués prirent les cartes et les liquides et se dirigèrent vers la plus proche bouche de métro.
Prochaine station: Mont-Royal.
Ils ne payaient jamais dans le métro ils évitaient les gardiens et d'un clin d'oeil magique hop ils s'embarquaient sur le plus beau des roller coasters ils se laissaient griser sur les rails de ce pays inconnu et exotique comme les tempes d'une nouvelle morte; ils ne payaient jamais rien et c'est peut-être ce qui les perdra mais pour l'instant ils sont à la recherche de Sengakuji il ne faut pas la rater transférer à A07 pour s'en aller vers l'est vers Shiumbashi d'où ils pourraient dormir un peu somnoler entre les visages cartésiens sobres et beaux comme une multitude de coléoptères comme Clarice cette belle auteure morte trop jeune trop nouvelle trop résolument moderne.
Ils ne savaient pas qu'ils croiseraient des jeunes breakdancers sortis des années 80 à Toranomon ni que transférant depuis Akasaka vers Tameikesano une bande d'étudiants les bousculerait le temps d'un gomen nasai bien senti bien émotif imprégné de respect impossible de le sentir autrement puis le temps de resomnoler jusqu'à l'arrivée à Akasaka-mitsuke d'où ils auraient pu transférer et prendre la ligne rouge vers Tokyo centre-ville ou continuer vers l'ouest jusqu'à Shibuya: mais ils se seraient perdus.
Ils optèrent plutôt vers le nord en transférant sur la ligne rouge ouest la Ligne Marunouchi où ils arrivèrent à Yotsuya puis rapidement à Shinjuku-gyommae puis Shinjuku-sanchome et finalement Shinjuku! Shinjuku! Shinjuku! Nom magique parmi cette horde de signes incompréhensibles malgré les accents cassés tentant d'aider les marmots égarés are you lost what are you looking for can I help you et ces questions pouvaient s'enchaîner pendant des minutes des heures des jours jusqu'à ce que poliment quelqu'un comprenne ce que les étranges disaient jusqu'à ce que politesse oblige on ait pu renseigner la femme et l'homme blancs et poursuivre notre petite vie d'abeille bien rangée.
Shinjuku où leurs corps allaient s'abandonner comme jadis au cimetière Côte-des-Neiges où la mémoire des morts fut honorée maintes et maintes fois sous une lune absente ou pleine peu important que l'astre satellite brillât ou non n'était nécessaire que deux sexes désireux de s'émanciper là maintenant maintnow pour le plus grand plaisir des amants désinvoltes qui se donnaient rendez-vous marie-jeanne au bec pour explorer les tombes et les ancêtres d'antan.
Ils commèrent leur expédition salvatrice au Toyama Park où surprenant deux écureuils en plein ébats ils eurent des idées phallacieuses et après quelques caresses coquines derrière les cerisiers et devant quelques animaux au nom inconnu ils se ruèrent vers le Rihga Royal Hotel duquel ils visitèrent plusieurs des 127 chambres; pour 31 000 yens ils auraient la paix tandis que les voyageurs d'affaires les saluant ahuris se demandaient qui étaient ces deux jeunes tourtereaux à peine vêtus; les plaintes fusèrent quelque trente minutes suivant leur arrivée puisqu'Elle se plaisait à hurler aisuru watashi kennayo! aisuru watashi kennayo!
Traversant Okubo-Dori jusqu'à Meiji-Dori ils dévalèrent la côte vers le Sunlite Shinjuku Hotel beaucoup moins cher (10 000 yens) mais également moins élégant ce qui donna lieu à un quiproquo qui engendra un suicide sur-le-champ: le directeur prenant les deux amoureux pour des voyous les somma de quitter son hôtel immédiatement; lorsque magiquement Il sortit de son sac les 10 000 yens bien entassés les uns sur les autres le manager n'eut d'autre choix que de se donner la mort, ce qui fit un bel auto-dafé; du coup Il reprit ces 10 000 yens faignant d'être outré et ils allèrent se donner l'un à l'autre dans la salle de bain, proprette.
Ils descendirent ensuite au Listel Shinjuku Hotel où ils décidèrent de profiter du bar lounge puis de la piscine et du sauna le but étant évidemment de foutre un joli bordel dans cet hôtel somme toute correct mais manquant de passión; ils arnaquèrent un couple de riches Berlinois qui revenaient d'une excursion sexuelle en Thaïlande (ils s'en vantaient); la femme d'une quarantaine d'années s'étaient fait refaire les seins le printemps passé c'était comme des trempolines olympiques Il avait presque envie de les croquer pour voir s'ils exploseraient l'homme était bien mis la quarantaine aussi un peu bedonnant mais quand même assez en forme assez pour se taper deux jeunes oiseaux rares venus se farcir une ville démente débile irréelle.
Après quelques vodka jus d'orange et autres drinks plus exotiques au tour de la piscine qu'ils étaient seuls à exploiter Elle retira lentement son top pour attirer le gros german cat vers Elle; Il savait quoi faire Il n'avait qu'à manoeuvrer lentement avec sa Berlinoise la faire se pâmer un peu pendant qu'il la limerait dûment puis au bord de la pamoison Il aspirerait son âme avant de la laisser choir dans le sauna dernier réceptacle pour sa carcasse de putasse.
Elle détachait son string de sa main gauche pendant que berlinois matou dénouait le cordon de son maillot pensant s'envoyer en l'air cette jeunette avant de ronfler entre les ballons de volleyball de sa tendre verheiratete Frau; alors qu'Elle se dévoilait dans toute sa splendeur ô drame le matou s'effondra demanda son bronchodilatateur en allemand mais son adorée s'affairait déjà sur le mât d'Il qui n'eut d'autre choix que de décharger promptement pour mettre fin au supplice; Il lui asséna un coup de genou en plein front qui le lui fendit sa lèvres faisant s'évacuer les derniers délices qu'elle goûtat; Elle&Il se remballèrent paniqués prirent les cartes et les liquides et se dirigèrent vers la plus proche bouche de métro.
Prochaine station: Mont-Royal.
Ell&Il, prise 15
Virabelle vire au violet en apprenant qu'Elle n'est plus enfermée à longueur de journée à regarder des soaps minables en rerun pendant que George aiguise son fer chaud en usant sa bite à chaux; Virabelle rêve de liverté de freedom en anglais de hip hop et de gros char chrômés elle veut pimper son char pour être rutilante comme une Ferrari sur Ste-Cath pendant le Grand Prix mais elle n'a que 11 ans elle ne peut pas savoir que ce n'est pas une vie que la vie n'est pas une partie de plaisir que c'est plutôt un échange de salive contre une poignée de liasse une décharge dans ta face que c'est pas le vice qui manque ni les taloches ni les matantes endimanchées c'est au creux des reins que résonnent la chair du leurre et Virabelle malgré sa prépuberté devrait y goûter sans tarder c'est la plus jeune faut pas la gâcher.
La Merde suffoque dans sa colère alors que sa Grande a réussi à percer son faux-filet sa toile finement tissée pendant 17 années le bonhomme parti avec les bouteilles et les du Maurier mais elle avait su entraîné ses deux hommes à bien tenir en laisse l'Elle magnifique qui faisait la jalousie de tout le quartier tout le Verdun Beach ensoleillé qui pavanait sur balconville lors des journées étouffantes de juillet.
La Merde ressassait dans sa tête ses erreurs je n'aurais jamais dû laisser George s'en occuper s'est un incapable passe son temps à se crosser en pensant à des cartoons japonais faut-tu être cave! À quoi j'ai pensé de confier ma vache à lait à un abruti obèse édenté un fouetteur malhabille et un branleur-né? Je pourrais me tirer une balle que ça ne changerait rien au moins il me reste Jean-Thomas lui au moins comprend son rôle dans cette famille faut s'occuper de Virabelle pas qu'elle se sauve comme Elle faut réussir à la contenir lui montrer à sucer et à faire décharger avec habileté avec économie faut que ça vienne pas que ça saigne faut que les faces de la reine continuent à s'empiler pas envie de me taper le proprio pour pas avoir à payer le loyer ce mois-ci j'ai ma dignité de vieille fille de veuve de femme bien de femme respectée faudrait pas me prendre pour une traînée.
La Merde suffoque dans sa colère alors que sa Grande a réussi à percer son faux-filet sa toile finement tissée pendant 17 années le bonhomme parti avec les bouteilles et les du Maurier mais elle avait su entraîné ses deux hommes à bien tenir en laisse l'Elle magnifique qui faisait la jalousie de tout le quartier tout le Verdun Beach ensoleillé qui pavanait sur balconville lors des journées étouffantes de juillet.
La Merde ressassait dans sa tête ses erreurs je n'aurais jamais dû laisser George s'en occuper s'est un incapable passe son temps à se crosser en pensant à des cartoons japonais faut-tu être cave! À quoi j'ai pensé de confier ma vache à lait à un abruti obèse édenté un fouetteur malhabille et un branleur-né? Je pourrais me tirer une balle que ça ne changerait rien au moins il me reste Jean-Thomas lui au moins comprend son rôle dans cette famille faut s'occuper de Virabelle pas qu'elle se sauve comme Elle faut réussir à la contenir lui montrer à sucer et à faire décharger avec habileté avec économie faut que ça vienne pas que ça saigne faut que les faces de la reine continuent à s'empiler pas envie de me taper le proprio pour pas avoir à payer le loyer ce mois-ci j'ai ma dignité de vieille fille de veuve de femme bien de femme respectée faudrait pas me prendre pour une traînée.
Ell&Il, prise 14
L'amour suprême l'amour qui glisse sur le dos d'une harpe désaccordée mais qui roucoule entre les doigts saccadés du grand St-John Coltrane et qui transporte nos amoureux au fin fond d'une mer de miel doux et sombre comme une toile aux mille tons aux mille altérations aux mille illusions; l'amour suprême présenté sur un plateau d'argent entre la calèche du sexe et les pigeons voyageurs du Times Square du carré Dorchester au creux de la main de Jim qui dormait au Père Lachaise et qui a trimballé ses pénattes en Californication; la moue suprême que fit la Merde lorsqu'elle apprit que sa merde sa progéniture son autre moi s'était rafistolé l'ego avec un moins que rien un autre vagabond va-nu=pieds va sans dire un autre val de Vacant Ville vilain petit canard au nez crochu fée carabosse et gnome volant.
George n'allait plus tenir en place à cette nouvelle Jean-Thomas se retenait bien de répondre et d'essayer de mettre un peu de join dans ce taudis sordide il ne fallait pas couper l'envie assassine de la Merde il fallait coûte que coûte entretenir le vice le Mal l'essence foncièrement néfaste du personnage irosarcacynique qu'Elle avait dû supportée pendant une décennie et des poussières il pouvait participer à son émancipation L'aider à s'extirper des griffes du loup mais peut=être que la jalousie poindrait au loin au bout du tunnel doré qui ne brillait plus depuis longtemps qui n'avait au fond jamais brillé mais qu'il aurait bien aimé traverser autrement qu'à genoux une queue dans la gueule et une autre dans le cul.
Jean-Thomas se réjouissait pour Elle réussisait où lui avait échoué mais il s'en crissait il s'en contre-saint-ciboirisait il aimait même à le dire au parc Lafontaine je m'en contre-saint-ciboirise d'être malheureux tant que ma grande soeur s'en sorte tant qu'Elle soit vie et paix je pourrai pour le sacrifice de l'Homme me tarir et me remplir de jouissance inutile pour le plaisir des uns et la décharge des autres; je serai le martyr guénillou du Bois de Boulogne qui rampera sur ses genoux pour sauver les jeunes filles à l'ombre des cerisiers en fleurs liquides sous l'effet du héros gazoline du héros héroïne de l'opimu du peuplue injecté à froid.
George n'allait plus tenir en place à cette nouvelle Jean-Thomas se retenait bien de répondre et d'essayer de mettre un peu de join dans ce taudis sordide il ne fallait pas couper l'envie assassine de la Merde il fallait coûte que coûte entretenir le vice le Mal l'essence foncièrement néfaste du personnage irosarcacynique qu'Elle avait dû supportée pendant une décennie et des poussières il pouvait participer à son émancipation L'aider à s'extirper des griffes du loup mais peut=être que la jalousie poindrait au loin au bout du tunnel doré qui ne brillait plus depuis longtemps qui n'avait au fond jamais brillé mais qu'il aurait bien aimé traverser autrement qu'à genoux une queue dans la gueule et une autre dans le cul.
Jean-Thomas se réjouissait pour Elle réussisait où lui avait échoué mais il s'en crissait il s'en contre-saint-ciboirisait il aimait même à le dire au parc Lafontaine je m'en contre-saint-ciboirise d'être malheureux tant que ma grande soeur s'en sorte tant qu'Elle soit vie et paix je pourrai pour le sacrifice de l'Homme me tarir et me remplir de jouissance inutile pour le plaisir des uns et la décharge des autres; je serai le martyr guénillou du Bois de Boulogne qui rampera sur ses genoux pour sauver les jeunes filles à l'ombre des cerisiers en fleurs liquides sous l'effet du héros gazoline du héros héroïne de l'opimu du peuplue injecté à froid.
Ell&Il, prise 13
Il L'avait enfin retrouvé! Le croyez-vous? Après tant de péripéties inimaginables avoir emprunté tant d'autoroutes sinueuses et merveilleuses comme la tasse de café qui se déverse en slow-motion sur mon imprimante en perdition collante; les notes du piano grisaient les convives alors qu'ils s'embrassaient à nouveau comme au temps des cerisiers en fleurs au temps des merisiers qui se meurent sous l'échaffaud des belles de jour sous les touches noires et blanches de la berlue collective qui poinçonne les lilas écarlates.
Il klaxonnait d'amour comme un canard dans un saxophone ténor qui hurle et gémit des notes que l'on ne reconnaît pas auxquelles on ne peut pas donner de nom qui s'enchaînent commes des étincelles des firmaments des arc-en-ciel de béton sonore un mur une couche un raz-de-marée de quadruple-croches syncopées et asynchrones; une mélopée une prosopopée une ecchymose sur un bas de nylon chiffonné comme la girafe qui attend au bureau de poste qu'on la malle au plus sacrant.
Il s'embrassait sous les auvents sur les tables des cafés de St-Germain sur la table de pool au Quai des Brumes sous la statue de la Liberté et les passants les regardaient admiratifs malgré leurs tatous et leurs piercings malgré leur mauvaise odeur collective et leurs yeux exorbités malgré leur apparence répugnante et vile comme le cobra qui se trémousse à l'approche de l'agraffeuse de son liquide comme des scénarios volants des éruptions cutanées spontanées et belles comme la couleur du sang ou l'odeur du vent.
Leurs langues agissaient comme des sangsues assoiffées de sang - ne sont-ce pas ce qu'elles savent faire de mieux? - comme des cétacés attirés par des cachalots androgynes et superbes comme une vente de garage sur la main entre deux piqueries et une discothèque branchée et huppée sur St-Laurent ou 5th Avenue Montparnasse Harajuku doux Harajuku des nights clubs et des femmes rose aux dessous indiscrets aux attraits sans pudeur et aiguisés comme les lames qui attisent la langueur de Tes songes.
Il La caressait comme on aiguise un crayon à mine avec passion et précision avec mansuétude et perversion Il traversait ses yeux avec Ses ongles sales et beaux comme une tondeuse de banlieue comme une terrasse remplie de who know's who c'est le printemps et c'est l'été les femmes sont déshabillées et Jean Deadwolf Leclerc s'en prend aux nouveaux bands les traitent de mangeux de guimauve pendant qu'il se fait pousser la bédaine à Mexico.
Elle Lui suçotait la langue pour qu'Il se rappelle bien de ses formes et de son arôme pour que ce muscle si délicat et fort comme une rapace en plein désert d'Australie pernicieux et savant comme le singe qui mange la banane par la racine; Elle Le suçotait pour empreigner son souvenir d'un mouvement intarissable d'une souvenance terrible et perfide qui Le hanterait toute sa vie durant et même après la mort après la putréfaction après la trasmigration et la transsubstantiation; qu'Elle l'eût sucé autrement aurait été impensable il fallait que Sa langue Elle suce avidement savamment comme on ne montre pas à un vieux bananier sous le mont des Oliviers comment faire de vieilles grimaces; Elle se donnait à fond dans cette sucerie de langue comme si c'eut été une sucette un bonbon un caramel fondant et crémeux un chocolat au rhum une rivière de Rhum & Coke un fleuve de Tequila Sunshine sur un édredon de mousse torride et belle comme Free Tone de Richard Cole avant-garde batterie agressive piano mélodiquement acoustique modal.
Il Lui rendait la pareille en se laissant sucer Il sentait son muscle se détendre jusqu'à ce qu'il devienne mou comme un mal d'amour loco locasse qui se fracasse en plaines d'Abraham hennissant; une calèche l'eut renversé qu'il n'eût pu s'en apercevoir ce muscle devenait guimauve guimol guignol Il devenait cette mollesse ce liquide sonore et sexy comme un cendrier rempli à rabord un cendrier rempli muerte, baby.
Il klaxonnait d'amour comme un canard dans un saxophone ténor qui hurle et gémit des notes que l'on ne reconnaît pas auxquelles on ne peut pas donner de nom qui s'enchaînent commes des étincelles des firmaments des arc-en-ciel de béton sonore un mur une couche un raz-de-marée de quadruple-croches syncopées et asynchrones; une mélopée une prosopopée une ecchymose sur un bas de nylon chiffonné comme la girafe qui attend au bureau de poste qu'on la malle au plus sacrant.
Il s'embrassait sous les auvents sur les tables des cafés de St-Germain sur la table de pool au Quai des Brumes sous la statue de la Liberté et les passants les regardaient admiratifs malgré leurs tatous et leurs piercings malgré leur mauvaise odeur collective et leurs yeux exorbités malgré leur apparence répugnante et vile comme le cobra qui se trémousse à l'approche de l'agraffeuse de son liquide comme des scénarios volants des éruptions cutanées spontanées et belles comme la couleur du sang ou l'odeur du vent.
Leurs langues agissaient comme des sangsues assoiffées de sang - ne sont-ce pas ce qu'elles savent faire de mieux? - comme des cétacés attirés par des cachalots androgynes et superbes comme une vente de garage sur la main entre deux piqueries et une discothèque branchée et huppée sur St-Laurent ou 5th Avenue Montparnasse Harajuku doux Harajuku des nights clubs et des femmes rose aux dessous indiscrets aux attraits sans pudeur et aiguisés comme les lames qui attisent la langueur de Tes songes.
Il La caressait comme on aiguise un crayon à mine avec passion et précision avec mansuétude et perversion Il traversait ses yeux avec Ses ongles sales et beaux comme une tondeuse de banlieue comme une terrasse remplie de who know's who c'est le printemps et c'est l'été les femmes sont déshabillées et Jean Deadwolf Leclerc s'en prend aux nouveaux bands les traitent de mangeux de guimauve pendant qu'il se fait pousser la bédaine à Mexico.
Elle Lui suçotait la langue pour qu'Il se rappelle bien de ses formes et de son arôme pour que ce muscle si délicat et fort comme une rapace en plein désert d'Australie pernicieux et savant comme le singe qui mange la banane par la racine; Elle Le suçotait pour empreigner son souvenir d'un mouvement intarissable d'une souvenance terrible et perfide qui Le hanterait toute sa vie durant et même après la mort après la putréfaction après la trasmigration et la transsubstantiation; qu'Elle l'eût sucé autrement aurait été impensable il fallait que Sa langue Elle suce avidement savamment comme on ne montre pas à un vieux bananier sous le mont des Oliviers comment faire de vieilles grimaces; Elle se donnait à fond dans cette sucerie de langue comme si c'eut été une sucette un bonbon un caramel fondant et crémeux un chocolat au rhum une rivière de Rhum & Coke un fleuve de Tequila Sunshine sur un édredon de mousse torride et belle comme Free Tone de Richard Cole avant-garde batterie agressive piano mélodiquement acoustique modal.
Il Lui rendait la pareille en se laissant sucer Il sentait son muscle se détendre jusqu'à ce qu'il devienne mou comme un mal d'amour loco locasse qui se fracasse en plaines d'Abraham hennissant; une calèche l'eut renversé qu'il n'eût pu s'en apercevoir ce muscle devenait guimauve guimol guignol Il devenait cette mollesse ce liquide sonore et sexy comme un cendrier rempli à rabord un cendrier rempli muerte, baby.
17.11.06
Ell&Il, prise 12
Il n'avait pas faim car depuis 4 jours Il La cherchait sous son lit dans ses armoires sous dans le frigo sans dessus dessous des draps maculés de rouge à lèvres qu'Il ne Lui reconnaissait pas Il s'était encore fait prendre dans les jeux de l'amour et du hasard dans les ruelles sombres de Bleston ou de Reykjavik peut-être celle d'Hanoi ou de Beyruth ou même de Ste-Thérère; chose certaine Il ne reconnaissait pas la femme qui gisait dans son lit à l'endroit où Elle aurait dû gémir; il était certain qu'Il n'était plus sûr de rien et que même dans un zoo Il se serait senti plus en sécurité plus sûr de Lui moins perdu dans la brume de ses bouquets et plus en confiance qu'Il allait retrouvé ses esprits égarés au gré des promenades nocturnes à l'orée des jeunes filles en fleurs des jeunes hommes imberbes et élégants comme une pluie acide en plein Sahara.
Il n'avait pas faim et pourtant Il aurait aimé la croquée cette inconnue cette va-nu-pieds cette jolie chose qui semblait inerte et joliment blanchâtre macavérique cadabrement belle comme la soie qui se défile sous les doigts de la tricoteuse-batteuse qui au champ laboure sur les saisons pluvieuses de Tokyo Cocktail comme les jeunes filles qui déchirent leurs blousons en écoutant de la pop germanique à cheveux crêpés; Il aurait aimé que sous Ses dents Il sente la chair fraîche de cette demie déesse inconnue incomprise prise entre deux chaises entre deux vases de terre morte les linceuls ne suffisaient plus à embellir les cicatrices qui parcouraient le visage de cette midinette inconnue assassinée (?) prise au piège dans cette guêpière surprenante qui rendait Son membre plus masculin qu'il ne l'eût souhaité moins animal pourtant que lorsqu'Il L'avait vue pour la première fois sur le toit d'un loft dans le Vieux-Montréal qui communiquait par les toitures avec le Vieux-Port celui oû habitent les gueux et les androgynes ceux et celles qui parcourent le chemin de fer qui relie Lachine à Ville-Marie en passant par LaSalle et Charlevoix.
Il n'avait pas faim et comme si une voix (in)connue Lui chuchotait doucement mais qu'attends-tu donc pauvre con qu'attends-tu donc pour planter tes incisives à même sa chair se durcissant se calcifiant se déconcrissant sous ton touché western kidnappant Ta nouvelle femme comme dans ce western pendant lequel Clint Eastwood l'oeil hagard Te regardait comme s'il allait te buter comme s'il allait t'enculer avec un cactus; Il avait tout dégueulé en se disant que c'est Elle qu'Il aurait étranglée s'Il n'avait pas été aussi bourré qu'il était temps qu'Il La retrouve avant de faire des bêtises plus grave comme s'ouvrir la jugulaire par erreur ou dévaliser une banque de sperme ou gravir l'échelle du désir en ruminant du Arthur H.
Il était grand temps qu'ils se trouvent pour mieux se panser.
Il n'avait pas faim et pourtant Il aurait aimé la croquée cette inconnue cette va-nu-pieds cette jolie chose qui semblait inerte et joliment blanchâtre macavérique cadabrement belle comme la soie qui se défile sous les doigts de la tricoteuse-batteuse qui au champ laboure sur les saisons pluvieuses de Tokyo Cocktail comme les jeunes filles qui déchirent leurs blousons en écoutant de la pop germanique à cheveux crêpés; Il aurait aimé que sous Ses dents Il sente la chair fraîche de cette demie déesse inconnue incomprise prise entre deux chaises entre deux vases de terre morte les linceuls ne suffisaient plus à embellir les cicatrices qui parcouraient le visage de cette midinette inconnue assassinée (?) prise au piège dans cette guêpière surprenante qui rendait Son membre plus masculin qu'il ne l'eût souhaité moins animal pourtant que lorsqu'Il L'avait vue pour la première fois sur le toit d'un loft dans le Vieux-Montréal qui communiquait par les toitures avec le Vieux-Port celui oû habitent les gueux et les androgynes ceux et celles qui parcourent le chemin de fer qui relie Lachine à Ville-Marie en passant par LaSalle et Charlevoix.
Il n'avait pas faim et comme si une voix (in)connue Lui chuchotait doucement mais qu'attends-tu donc pauvre con qu'attends-tu donc pour planter tes incisives à même sa chair se durcissant se calcifiant se déconcrissant sous ton touché western kidnappant Ta nouvelle femme comme dans ce western pendant lequel Clint Eastwood l'oeil hagard Te regardait comme s'il allait te buter comme s'il allait t'enculer avec un cactus; Il avait tout dégueulé en se disant que c'est Elle qu'Il aurait étranglée s'Il n'avait pas été aussi bourré qu'il était temps qu'Il La retrouve avant de faire des bêtises plus grave comme s'ouvrir la jugulaire par erreur ou dévaliser une banque de sperme ou gravir l'échelle du désir en ruminant du Arthur H.
Il était grand temps qu'ils se trouvent pour mieux se panser.
14.11.06
Ell&Il, prise 11
Pour Olga
Elle n'avait rien mangé depuis 5 jours 5 jours qu'Elle errait dans les ruelles entre Paris Amsterdam et Brooklyn à chercher un bout de pain un bout de cul un bout d'amour tendre à se mettre sous la dent; Elle errait comme une âme esseulée un joint en manque de filtre d'amour Elle errait comme les louves égratignent les vulves fleuries car c'est en ces instants incertains que butinent les colmateurs de brèches imaginaires; Elle volcanisait au creux des reins verges membres titanesques et virils comme la proie facile et les straights no chaser; Elle explosait de hargne à la recherche de Son amour de toujours Son amour invisible et impossible transmigratoire transsensuel.
Elle n'avait rien bouffé depuis 5 nuits 5 nuits à se tortiller le clitoris de faim à s'amouracher du béton armé et des héros gazoline qui se laissaient caresser à distance pendant que le smack ne faisait plus effet; Elle n'avait rien bouffé et pourtant Elle se sentait nouvelle éternelle fraîche comme l'eau de rose qui coule sur le dos du canard éventré comme le chameau assoiffé qui dévore la brebis égaré ou comme le crocodile édenté qui quémande une touffe d'herbe fracassée; Ses yeux exorbités n'en finissaient plus de finir de s'égosiller sous les palmiers des lampadaires humides et bandant comme le nouvel antisudorifique pour homme.
Elle ne boufferait rien tant et aussi longtemps qu'Elle n'aurait pas retrouvé son chemin parmi les cadavres qui formaient une embûche incroyable une bûche innommable un énorme four crématoire en plein cimetière une vision d'accalmie tendre et pitoyable comme une croix plantée en plein coeur belle comme le puzzle de tes cheveux (la Merde frotte la tête de Jean-Thomas qui hurle tu me fais mal mais la Merde s'en fout elle frotte elle frotte jusqu'à ce qu'il saigne jusqu'à ce qu'il soit galeux qu'il fasse pitié puis lorsqu'il saigne bien qu'il est bien maculé elle frotte sa tête entre ses jambes pour l'embaumer elle frotte sa tête entre ses jambes pour l'immuniser contre la cruauté du monde elle frotte sa tête entre ses jambes et soupire encore mon ensanglanté; George aime couper les cheveux des petites filles avec une scie mécanique il trouve ça tendre comme le regard d'un cheval à l'abattoir il aime torturer les jeunes filles avec sa scie il la passe sur leur poitrine pour sentir le vrombissement mécanique sur la chair en charpie).
Puis Elle se décida à bouffer pour aucune raison la faim La tenaillait Elle n'en avait plus rien à foutre de Sa croisade incensée de Sa recherche du temps perdu qu'Elle ne retrouverait jamais dans les ruelles écarlates d'Harajuku derrière le Quai des brumes à l'aube de la Fourmi Atomik en Fleur ou du Fessier électrique Elle se décida à croquer un gros rat pustulant qui la sustenterait le temps d'amasser assez de fric pour se payer un shish-taouk une poutine un kebab une pointe de pizz' à 0,99$ avec un Coke un 7-UP un Fruitopia ou même une Bud oui une bonne Bud froide non une Boréale tiède ou une Kilkenny chambrée oui une Kilkenny et plusieurs Guinness plusieurs Douglas Scotch Ale et des pintes et des pintes de Blood de Bloody Mary de Bloody Merde ou de George Sanglant de George Sanguinolent Elle n'est pas particulièrement violente Elle veut simplement en finir avec la médiocrité avec Sa médiocrité héritée avec cette famille dirigée par la Merde Toute Puissante créatrice de l'Inconscience et de l'Inconséquence.
Elle dévora le rat en trois bouchées en commençant par la tête il n'offrit aucune résistance Elle put le croquer avidement sauvagement comme une tigresse en pleine savane comme une ogresse en plein conte de fée qui tourne mal pour les petits enfants qui s'aventurent dans la forêt enchanté de la louve céleste; Elle déchiqueta son corps boursouflé en un claquetis de molaire extraordinaire comme si elle fut emprise à une crise de porphyrie aigüe et subite; Ses canines s'allongèrent de quelques centimètres Elle sentit sa machoire tressaillir sous la force suspecte et imprévisible Elle engloba tout le corps du muridé puis d'un coup de langue rapide rappelant celui du gecko des neiges Elle passa la queue du mammifère omnivore entre ses incisives centrales.
Elle tenait un peu mieux sur ses pattes après ce repas express mais ô combien satisfaisant Elle sentait le pouvoir porphyrique prendre une certaine emprise sur Elle comme si soudainement Elle allait devenir vampire et terroriser les beaux gosses des nights clubs; mais non Elle voulait toujours Le rejoindre et arrêter cette vie de merde cette vie de moins que rien cette vie qui ne méritait pas d'être nommée comme la peinture pour laquelle Lacan demanda qu'on construisît un cadre à double fond et sur laquelle Masson peignît une autre œuvre par-dessus.
Elle tenait un peu mieux sur ses grandes échalottes mais aurait préféré qu'Il la prît doucement entre des draps de satin jaune comme le soleil couchant jaune éteincelant et brillant comme les larmes d'Elle ses larmes qu'Elle ne refuse plus de laisser couler jusqu'à Son ventre pour noyer Son corps dans un lac de sel.
Elle n'avait rien mangé depuis 5 jours 5 jours qu'Elle errait dans les ruelles entre Paris Amsterdam et Brooklyn à chercher un bout de pain un bout de cul un bout d'amour tendre à se mettre sous la dent; Elle errait comme une âme esseulée un joint en manque de filtre d'amour Elle errait comme les louves égratignent les vulves fleuries car c'est en ces instants incertains que butinent les colmateurs de brèches imaginaires; Elle volcanisait au creux des reins verges membres titanesques et virils comme la proie facile et les straights no chaser; Elle explosait de hargne à la recherche de Son amour de toujours Son amour invisible et impossible transmigratoire transsensuel.
Elle n'avait rien bouffé depuis 5 nuits 5 nuits à se tortiller le clitoris de faim à s'amouracher du béton armé et des héros gazoline qui se laissaient caresser à distance pendant que le smack ne faisait plus effet; Elle n'avait rien bouffé et pourtant Elle se sentait nouvelle éternelle fraîche comme l'eau de rose qui coule sur le dos du canard éventré comme le chameau assoiffé qui dévore la brebis égaré ou comme le crocodile édenté qui quémande une touffe d'herbe fracassée; Ses yeux exorbités n'en finissaient plus de finir de s'égosiller sous les palmiers des lampadaires humides et bandant comme le nouvel antisudorifique pour homme.
Elle ne boufferait rien tant et aussi longtemps qu'Elle n'aurait pas retrouvé son chemin parmi les cadavres qui formaient une embûche incroyable une bûche innommable un énorme four crématoire en plein cimetière une vision d'accalmie tendre et pitoyable comme une croix plantée en plein coeur belle comme le puzzle de tes cheveux (la Merde frotte la tête de Jean-Thomas qui hurle tu me fais mal mais la Merde s'en fout elle frotte elle frotte jusqu'à ce qu'il saigne jusqu'à ce qu'il soit galeux qu'il fasse pitié puis lorsqu'il saigne bien qu'il est bien maculé elle frotte sa tête entre ses jambes pour l'embaumer elle frotte sa tête entre ses jambes pour l'immuniser contre la cruauté du monde elle frotte sa tête entre ses jambes et soupire encore mon ensanglanté; George aime couper les cheveux des petites filles avec une scie mécanique il trouve ça tendre comme le regard d'un cheval à l'abattoir il aime torturer les jeunes filles avec sa scie il la passe sur leur poitrine pour sentir le vrombissement mécanique sur la chair en charpie).
Puis Elle se décida à bouffer pour aucune raison la faim La tenaillait Elle n'en avait plus rien à foutre de Sa croisade incensée de Sa recherche du temps perdu qu'Elle ne retrouverait jamais dans les ruelles écarlates d'Harajuku derrière le Quai des brumes à l'aube de la Fourmi Atomik en Fleur ou du Fessier électrique Elle se décida à croquer un gros rat pustulant qui la sustenterait le temps d'amasser assez de fric pour se payer un shish-taouk une poutine un kebab une pointe de pizz' à 0,99$ avec un Coke un 7-UP un Fruitopia ou même une Bud oui une bonne Bud froide non une Boréale tiède ou une Kilkenny chambrée oui une Kilkenny et plusieurs Guinness plusieurs Douglas Scotch Ale et des pintes et des pintes de Blood de Bloody Mary de Bloody Merde ou de George Sanglant de George Sanguinolent Elle n'est pas particulièrement violente Elle veut simplement en finir avec la médiocrité avec Sa médiocrité héritée avec cette famille dirigée par la Merde Toute Puissante créatrice de l'Inconscience et de l'Inconséquence.
Elle dévora le rat en trois bouchées en commençant par la tête il n'offrit aucune résistance Elle put le croquer avidement sauvagement comme une tigresse en pleine savane comme une ogresse en plein conte de fée qui tourne mal pour les petits enfants qui s'aventurent dans la forêt enchanté de la louve céleste; Elle déchiqueta son corps boursouflé en un claquetis de molaire extraordinaire comme si elle fut emprise à une crise de porphyrie aigüe et subite; Ses canines s'allongèrent de quelques centimètres Elle sentit sa machoire tressaillir sous la force suspecte et imprévisible Elle engloba tout le corps du muridé puis d'un coup de langue rapide rappelant celui du gecko des neiges Elle passa la queue du mammifère omnivore entre ses incisives centrales.
Elle tenait un peu mieux sur ses pattes après ce repas express mais ô combien satisfaisant Elle sentait le pouvoir porphyrique prendre une certaine emprise sur Elle comme si soudainement Elle allait devenir vampire et terroriser les beaux gosses des nights clubs; mais non Elle voulait toujours Le rejoindre et arrêter cette vie de merde cette vie de moins que rien cette vie qui ne méritait pas d'être nommée comme la peinture pour laquelle Lacan demanda qu'on construisît un cadre à double fond et sur laquelle Masson peignît une autre œuvre par-dessus.
Elle tenait un peu mieux sur ses grandes échalottes mais aurait préféré qu'Il la prît doucement entre des draps de satin jaune comme le soleil couchant jaune éteincelant et brillant comme les larmes d'Elle ses larmes qu'Elle ne refuse plus de laisser couler jusqu'à Son ventre pour noyer Son corps dans un lac de sel.
9.11.06
Ell&Il, prise 10
Il avait perdu son cellulaire son portable son cell ses marbles Il perdait l'esprit la vue l'odorat les sens à l'idée d'avoir perdu son Elle ses ailes du désir comme si Wim Wenders Lui avait coupé les jambes et les ailes d'un seul coup de faux Il fouillait dans ses poches à la recherche du paquet d'allumettes perdus Il avait Lui aussi noté son numéro entre deux bâtons de soufre et c'est au métro St-Michel qu'il a transféré et qu'Il a peut-être perdu le calepin cancérigène; Il transférait vers Snowdon Côte Vertu les Halles Châtelet pour se procurer du brun parce que le green c'est à Berri qu'it's the best.
Il avait perdu l'esprit entre son cellulaire et son clavier et bloguait en espérant La retrouver à St-Germain-des-Prés alors qu'Elle se pavanait dans Little Italy en compagnie de Maxine et Marty; Elle les avait rencontrés sur Staten Island en attendant le ferry ils avaient traversé Wall Street puis monté vers le nord vers Times Square vers la bibliothèque nationale le Guggenheim vers la 5e salle où ils pensaient voir Steve Coleman avec les Five Elements; Il avait oublié son cell chez Elle ou entre deux wagons de métro ou lorsqu'Il s'est endormi dans le RER direction Charles-de-Gaulle ou peut-être dans la navette vers Pierre-Elliot Trudeau ou en haut de l'Empire State Building duquel Il regardait dans l'édifice d'en face une grande rousse qui se déshabillait lentement mais sûrement en écoutant un jazz éclectique un jazz planant un jazz d'un autre temps d'une autre dimension Il se croyait dans le corridor de la 4e dimension dans Lost Highway Il aurait aimé plongé dans le vide et attrapé la rousse par les chevilles gravir gracieusement ses mollets en plantant ses crocs dans ses cuisses pour se frayer un chemin jusqu'à son intimité de feu et de hargne.
Il avait perdu la boule en même temps que son portable entre les Invalides et l'Assemblée Nationale près du Musée d'Orsay après avoir visité les Tuileries pour une ixième fois avoir snobé le Louvres et l'Opéra être débarqué à l'improviste chez Mandriva métro Sentier pour dire bonjour aux potes d'autrefois à Céline à Frédéric métro Outremont où il Fred s'était installé avec sa famille le temps d'un hiver plus froid que français plus chaud que sibérien; Il avait pris par Côte-des-Neiges pour La rencontrer chez Olivieri mais la librairie était fermée pour rénovation parce que les voyous dans bas de la côte avaient encore saccagé les rayons de livres juifs avaient pillé les traités de la Sainte Église et ceux du grand illuminé d'Asie ils avaient proféré des menaces aux propriétaires avaient taggé la devanture de slogans stupides comme Allah Is Everything tandis que les bandes de cathos extrémistes se vengeaient sur la mosquée de LaSalle en l'incendiant.
Mais Il n'en avait que faire de toutes ces conneries inter-gang Il ne voulait que retrouver ce foutu paquet d'allumettes qu'Il avait échappé à la Porte Dorée près de la Porte de Charenton et de Liberté Il aurait voulu L'appeler depuis chez Marta près d'Hôtel-de-Ville ou était-ce de Chemin Vert c'est entre les deux près de cette boulangerie où on avait tout de suite reconnu son accent vous êtes canadien non je suis québécois ah oui c'est ce que je disais non vous ne comprenez pas je ne suis pas canadien je suis québécois mais c'est quoi la différence mon petit ben la différence c'est que votre bon roi nous a abandonnés parce que ses coffres étaient vides et que les Anglais vous ont fourré une volée sur les Plaines d'Abraham et que depuis on est déchiré entre deux identités deux langues deux cultures c'est miraculeux qu'on ne souffre pas de schizophrénie collective.
Il avait perdu l'esprit entre son cellulaire et son clavier et bloguait en espérant La retrouver à St-Germain-des-Prés alors qu'Elle se pavanait dans Little Italy en compagnie de Maxine et Marty; Elle les avait rencontrés sur Staten Island en attendant le ferry ils avaient traversé Wall Street puis monté vers le nord vers Times Square vers la bibliothèque nationale le Guggenheim vers la 5e salle où ils pensaient voir Steve Coleman avec les Five Elements; Il avait oublié son cell chez Elle ou entre deux wagons de métro ou lorsqu'Il s'est endormi dans le RER direction Charles-de-Gaulle ou peut-être dans la navette vers Pierre-Elliot Trudeau ou en haut de l'Empire State Building duquel Il regardait dans l'édifice d'en face une grande rousse qui se déshabillait lentement mais sûrement en écoutant un jazz éclectique un jazz planant un jazz d'un autre temps d'une autre dimension Il se croyait dans le corridor de la 4e dimension dans Lost Highway Il aurait aimé plongé dans le vide et attrapé la rousse par les chevilles gravir gracieusement ses mollets en plantant ses crocs dans ses cuisses pour se frayer un chemin jusqu'à son intimité de feu et de hargne.
Il avait perdu la boule en même temps que son portable entre les Invalides et l'Assemblée Nationale près du Musée d'Orsay après avoir visité les Tuileries pour une ixième fois avoir snobé le Louvres et l'Opéra être débarqué à l'improviste chez Mandriva métro Sentier pour dire bonjour aux potes d'autrefois à Céline à Frédéric métro Outremont où il Fred s'était installé avec sa famille le temps d'un hiver plus froid que français plus chaud que sibérien; Il avait pris par Côte-des-Neiges pour La rencontrer chez Olivieri mais la librairie était fermée pour rénovation parce que les voyous dans bas de la côte avaient encore saccagé les rayons de livres juifs avaient pillé les traités de la Sainte Église et ceux du grand illuminé d'Asie ils avaient proféré des menaces aux propriétaires avaient taggé la devanture de slogans stupides comme Allah Is Everything tandis que les bandes de cathos extrémistes se vengeaient sur la mosquée de LaSalle en l'incendiant.
Mais Il n'en avait que faire de toutes ces conneries inter-gang Il ne voulait que retrouver ce foutu paquet d'allumettes qu'Il avait échappé à la Porte Dorée près de la Porte de Charenton et de Liberté Il aurait voulu L'appeler depuis chez Marta près d'Hôtel-de-Ville ou était-ce de Chemin Vert c'est entre les deux près de cette boulangerie où on avait tout de suite reconnu son accent vous êtes canadien non je suis québécois ah oui c'est ce que je disais non vous ne comprenez pas je ne suis pas canadien je suis québécois mais c'est quoi la différence mon petit ben la différence c'est que votre bon roi nous a abandonnés parce que ses coffres étaient vides et que les Anglais vous ont fourré une volée sur les Plaines d'Abraham et que depuis on est déchiré entre deux identités deux langues deux cultures c'est miraculeux qu'on ne souffre pas de schizophrénie collective.
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