14.3.10

La Consécration Web

J'arrive de chez Émilie C. Cloutier ou elle lance la question:
Un point intéressant: qu'est selon vous le blog d'auteur le plus intéressant...
  • Celui où l'auteur écrit des histoires?
  • Celui où l'auteur parle de l'avancée de son travail?
  • Celui où l'auteur parle de sa vie tout court?
Plus loin dans la discussion, je me transfère chez Geneviève Lefebvre:
Lacan: «L'argent payé au psychanalyste dans une cure n'est que très accessoirement la rémunération du service, le rôle essentiel de l'argent est de valider l'échange.»
Valider l'échange. 
Un des problèmes de la gratuité des contenus (que ce soit de l'information ou de l'entertainment) sur le Web est cette absence de validation. Les gens se disent "bah, si ça ne coûte rien, c'est que ça ne doit pas valoir cher".
C'est sans parler de la position de François Bon sur l'absence de hauteur chez les auteurs, diamétralement opposée aux vues exprimées plus haut.

Je viens de lire l'article de Geneviève, intéressant parce que j'aime bien les références à Lacan, mais un peu "XXe siècle". On n'est plus dans une logique de "c'est bon parce que je l'ai acheté". Il y a tellement de merde en librairie que le prix ne peut pas être le seul critère de consécration. Soit, il y a autant de merde sur Internet mais aujourd'hui, on a le choix: publié papier, publier Web, ou faire les deux. Et ça c'est un grand pas dans l'avancée de la littérature. Ai-je à refaire l'histoire de la musique depuis l'avènement du téléchargement? Merci.

L'éditeur est-il toujours indispensable? Je le crois. Publier sur le Web n'a rien à voir avec l'autoédition (lulu.com, etc.). Mais l'idée que la gratuité égale mauvaise qualité me sidère. Aurions-nous l'idée de dire que les derniers Nine Inch Nails ou le dernier Radiohead ne valent rien parce qu'ils ont été disponibles gratuitement pendant un certain temps (celui de NIN l'est toujours)? Idem pour Prince. Et que dire de la discographie presque complète de Steve Coleman disponible gratuitement en ligne?

Je prendrai l'exemple des logiciels libres. Ils sont utilisés partout sur le Web sans qu'on ne s'en rende compte. Pour la plupart, ces logiciels sont gratuits (as in free beer). Plus de 50% des serveurs Web roulent sur Apache, un logiciel libre qui roule depuis le milieu des années 90. Le logiciel, en tant que tel, est gratuit. La valeur ne réside pas dans le logiciel mais bien dans ceux qui le maintiennent à jour et qui le déboguent en entreprise.

Un débat similaire tonne en ce qui concerne la littérature numérique. Thierry Crouzet clame haut et fort que la forme la plus noble de littérature est aujourd'hui le blog. On peut en débattre longtemps, et être d'accord qu'on ne sera pas d'accord, mais n'empêche que le blog et la littérature numérique sont des nouveaux format et joueur, respectivement, dans le paysage littéraire. Et même si aujourd'hui, on n'attribue pas grand valeur à un texte publié sur le Web, gratuitement, peut-être qu'un jour, on trouvera une façon de légitimer cette pratique et peut-être, même, de la rétribuer à juste titre.

9 comments:

S@hée said...

Intéressant :-) C'est important d'en débattre.

Il se publie énormément de merde, oui. Mais pourquoi? Je trouve plus inquiétant les relevés de vente de ces "merdes", le succès des livres vendus mal corrigés, peu ou pas dirigés. C'est le niveau de la littérature tout entière qui diminue et ça fait un nivellement par le bas.

Je me souviens des premières années du web universel, quand tout le monde pouvait se créer un site web pour y mettre n'importe quoi. Et c'était souvent du n'importe quoi.

Avec le temps, les blogs sont arrivés, la qualité aussi. Encore là, il y a des millions de blogs, ils ne sont pas tous bons!

Mais de là à dire que le blog est le nouveau médium littéraire par excellence, il y a une marge que je ne suis pas prête à franchir.

Perso, je suis moins portée à lire les histoires racontées sur les blogs, des blogs purement littéraires, comme je suis moins portée à acheter un livre tiré d'un blog. Parce que c'est comme ça.

Émilie C. Lévesque ;)

S@hée said...

Je crois quand même que la valeur monétaire légitime bien des échanges. Et si les groupes de musique qui ont d'abord laissé leurs oeuvres en téléchargement libre sur le net n'ont pas eu de problème de légitimité, c'est que la légitimité était là d'abord (NIN existe depuis un bail) et aussi parce que la musique a trouvé sa niche. À la littérature de trouver la sienne.

Plusieurs personnes se font connaître par leur blog, ce qui amène les gens à se procurer leurs livres.

Je ne suis pas d'accord sur le manquement de hauteur...

Gen said...

C'est bien beau de publier gratuitement sur le web, mais il reste le problème qu'un écrivain qui peut vivre de sa plume aura plus de temps à consacrer à l'écriture et arrivera probablement à publier des trucs plus achevés plus rapidement, car il aura le temps de les travailler.

En plus, lire des romans en format blogue, c'est pas très pratique.

Leroy K. May said...

@sahée Que tu sois moins portée à lire des blogs ou acheter des livres tirés de blogs, c'est ton choix de lecture. Je ne suis pas prêt, moi non plus, à dire que le blog soit la nouvelle forme littéraire. Mais je ne trouve pas inintéressant de penser que cette forme puisse faire avancer la littérature et qu'il faille s'y attarder, comme le fait le NT2, Salon double et les autres sites comme Les Trouveurs de tout que j'ai cité dans mon répertoire incomplet du numérique.

Pour la musique, dois-je vraiment énumérer les groupes de musique qui ont un site MySpace tout à fait gratuit pour qu'on écoute leur musique? Il est vrai que NIN et Radiohead n'ont aucun mérite à donner leur musique, ils sont déjà millionnaires et font une tonne de fric avec les produits dérivés. Mais pense à tous ces petits groupes qui sont découverts par Bande à part, CISM et autres radios alternatives, qui finissent par jouer sur les "grandes" ondes et à vivre de leur art? Quelqu'un a dit Les Trois Accords? Sans la gratuité initiale, on ne connaîtrait sûrement pas les Yeah Yeah Yeahs et tous les groupes de musique qui sont sur MySpace.

@gen Il est vrai que l'auteur doit manger, il est vrai qu'il aura plus de temps pour écrire s'il a de l'argent, mais celui qui veut vraiment écrire, vraiment être lu, n'hésitera pas à publier sur le Web, même gratuitement, pour ce faire connaître. De plus en plus d'auteurs seront découverts comme ça. En tout cas, moi j'en connais un qui a publié pratiquement tout ce qu'il a écrit depuis 1996 en ligne, et il a dégoté des contrats d'édition sérieux. Et même si l'écriture ne me permet pas de vivre décemment, cela ne m'empêche pas de m'y adonner avec passion. Il n'y a pas que l'argent dans la vie. J'écris autrement pour gagner ma vie. Le don de l'oeuvre, ça aussi ça a une valeur, et elle ne se monétise pas.

À lire absolument: Why Give Away Music de Steve Coleman.

S@hée said...

Donc le web comme moyen de se faire connaître pour publier avec des vrais contrats... c'est ce que tu dis, non?

Leroy K. May said...

@sahée à peu près. C'est comme aller dans un 5 à 7. Des fois tu t'emmerdes, des fois tu rencontres des gens intéressants mais ça te coûte 50$ de drinks pis t'as aucun lead. Pis des fois, ben tu rencontres quelqu'un qui devient un contact/client important. Les meilleurs exemples ce sont Caroline Allard et Pierre-Léon qui ont publié chez Septentrion, dois-je le rappeler :)

Leroy K. May said...

... en fait le blog comme vitrine d'auteur...

S@hée said...

Dans ce cas, la consécration ne vient pas du web ou de la distribution gratuite du produit, mais cette vitrine permet aux auteurs d'aller plus loin, d'aller chercher la consécration papier et financière...

Héhéhé... on débat, mais on tourne en rond ;)

S@hée said...

Comme je disais (2e message): ;es gens se font connaître par leur blog et ça amène les gens à acheter leur livre.