18.12.06

Mort douce

S'il m'eût été possible de l'embrasser avant qu'elle ne s'éteigne (sa chair fraîche me rappelait les printemps passés dans les Laurentides à rouler en bas du Mont Tremblant, nos vêtements du dimanche souillés de boue et d'herbe, après que la neige eût fondu comme les icebergs dégêlent au Chili; nous prenions nos planches à neige et surfions sur la montagne entre deux vies, quelques monticules de neige résistant au dieu Rê et à ses rayons annonciateurs d'ambiances plus clémentes; la majeure partie du mont tremblait de touffes frêles et verdâtres comme le thé vert de F., et au loin nous apercevions le repère des skieurs de chalet, requins de la drague BCBG ; après nos descentes défendues sur le mont décharné, nous nous dévêtions dans le chalet loué avec la carte de carte de crédit de sa mère (elles portaient le même prénom, ce qui facilitait la fraude), étendions nos vêtements trempés devant le poèle à bois, et buvions une tasse de chocolat chaud préparé par F. (il ne participait jamais à nos excursions de surf, dû à sa santé fragile); le bain tourbillon propulsait ses bulles de part et d'autre de nos corps et nous nous rejoignions pour nous unir et ne former qu'un.), j'aurais glissé mon coeur entre nos lèvres pour lui donner plus de courage.

7 comments:

Nina Louve said...

"j'aurais glissé mon coeur entre nos lèvres pour lui donner plus de courage"

Drôle, c'est exactement comme ça que je me sens aujourd'hui...

Thuy, mon amie vietnamienne, doit retourner dans son pays d'emprise, de soumission, où la génétique est fuckée pour des générations à cause, entre autre, des gaz oranges des "zamer ricains". Thuy au Vietnam en janvier pour un mariage forcé.

Stii, je craque. Criss que ça hurle dans ma tête.

Ta phrase arrive à point nommée. Bien tombée sous mon regard. Même hors du Mont Tremblant, même avec.

superk said...

je crois que tu m'en avais parlé, l'amie du peintre? c'est ça.

en tout cas c'est navrant ces histoires.

on peut pas s'aimer tranquille et faire abstraction des agendas politiques?

Nina Louve said...

On ne peut pas s'aimer sans que ton coeur appartienne à l'État??!

Oui, en effet Thuy est une amie que Sylvain m'a présenté. Par contre, celle dont je t'avais parlé un jour c'est Itomi, une japonaise qu'il avait tenté d'épouser afin qu'elle puisse rester tranquille au Québec. Ça n'avait pas fonctionné.

superk said...

Ce que je dis: il est navrant que les amours soient séparés pour cause de paperasse politique.

Pourquoi les pays existent-ils, au juste?

Nina Louve said...

Parce... qu'ils veulent un urinoir pour chaque frontière, l'odeur de leur sang et de leur sueur signé sur chacun de leur terribles drapeaux carrés. Parce qu'ils veulent avaler la langue de l'autre ! Manger plus que l'autre, baiser par territoire, tuer, taire, torturer, brûler, calciner, noyer, enliser : la différence le différent, l'autre pas pareil pas content pas gentil pas beau pas si fin, pas laid de la même façon. Parce que son Dieu n'est pas son Dieu, parce que sa barbe n'a pas la même date, le même âge, la même légende, le même horaire, les mêmes femmes, les mêmes voiles, la même croix, le même ventre, les même enfants, le même soleil le même gravier gavant les bêtes.

Les PAYS !? Pour ça.

superk said...

C'est ce que je disais: les pays existent pour des conneries.

Qui pisse plus loin? Le Tchèque ou le Turkménistanais?

Ridicule.

Nina Louve said...

Le chèque $$$ $$$ $$$. $$$