2.11.06

Ell&Il

(Voici le premier texte que j'écris dans le cadre de NaNoWriMo, je ne me suis pas relu, ne m'en voulez pas :)

Ell&Il

Elle courait les jambes à son cou, plus vite que le vent plus vite que les pierres tombales qui se précipitaient sur son chemin pour l'empêcher d'atteindre le nirvana tant espéré et inscrit dans son fort intérieur; c'était écrit sur le petit livre qu'elle chérissait et qu'elle caressait en cachette lorsque sa mère ne la faisait pas battre par ce grand George, cet imbécile de George qui aimait regarder les bandes dessinées japonaises en se masturbant, cet imbécile de George qui, lorsqu'il l'entendait gémir «arrêtes tu me fais mal», continuait à frapper, à rosser, avec une passion débile et sûrement surnaturelle, il regardait Dagawa et Todomotsu en se disant «ouais la meuf aux cheveux mauves je me la ferais presto en me préparant une omelette»; un type vraiment pas réglo, un salaud, quelqu'un qu'on ne présente à personne, même pas à son pire ennemi.

Elle courait le vent lui soufflant derrière les jambes, le cou, et elle pensait à George qui battait ses oeufs en rêvassant aux cerisiers en fleurs de Tokyo qu'il n'a jamais vu, seulement dans ces épisodes de Dagawa ou Johnny, à la fin de l'épisode, descend le grand boulevard en chantant «C'est ainsi que va la vie, la vie de Johnny, et celle de Pamela».

Les cerisiers explosent derrière les protagnistes pendant que George se les éclate; il s'est procuré toutes les huiles récentes et afrodisiaques, il les commande par Internet avec la carte de crédit de la mère d'Elle, cette mère (cette merde) ne s'en aperçoit pas parce qu'elle est trop occupée à prostituer son fils aîné, Jean-Thomas, beau gosse mais pas très vite en calcul ni en quoique ce soit d'autre, juste bon avec son cul et à mater ceux de ses soeurs, un autre salaud mais peut-être sans le savoir, un autre salaud qui aura le prétexte de dire je n'ai jamais connu mon père parce que oui, il ne le connaît pas.

Elle courait peut-être en pensant à tous ces connards qui gravitaient dans sa vie de merde, cette vie de banlieue pauvre où l'avenir passe par les bouteilles de 7-UP trouées pour y introduire des cigarettes de haschisch ou de PCP selon la gradation de toxico avec lesquels elle gravitait. Jean-Thomas était beau comme un sou neuf lorsque sa maman lui disait «Va, va rapporter de quoi manger à ta maman chérie», et Jean-Thomas partait en souriant, niais, en se disant que c'était mieux que de passer les tests de mathématiques et de chimie. Que de passer sa journée à baiser, sucer, enculer, sucer, baiser, photographier, chier, pisser sur du monde qui le faisait chier de toute façon, que c'était une belle façon de remercier sa mère, son géniteur inconnu, et tous ceux qui l'emmerdaient. «Je vous emmerde», c'était sa devise. Avec une vie comme la sienne, vous en feriez autant.

Elle courait sûrement vers son bien-aimé qui l'attendait sur les quais du train en partance vers Dorval, St-Louis, Detroit ou Montpellier; impatient il espérait le moment où il la verrait arriver sur les quais du métro Frontenac, à deux stations du Champ-de-Mars de Marcelle Ferron, à trois stations de la Gare St-Lazarre et à quatre coins de rue de Times Square. Il l'attendait pendant qu'elle courait hors d'haleine, tentant de fuir ses démons, ces connards, ces George et ces Jean-Thomas qui pourissaient sa vie d'adolescente de 17 ans.

***

Et la suite:

13 comments:

Nina Louve said...

Superk, je crois que je passerai 24 hrs en ville sans accès web. Permettez que je lise à mon retour d'ur-manité citadine.

superk said...

Faites chère faites.

Anonymous said...

Ça va vite...

superk said...

La première phrase le dit: «Elle courait les jambes à son cou» :)

Et toi t'as toppé le 10 000, wow!

le rimailleur said...

A courir les jambes à son cou, elle va finir par se casser la gueule c'est sûr...

Jack said...
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Jack said...

Tu défrises à dessein la réalité des stations et c'est bien fait ce brassage des temps et des lieux. Puisque tu cites la station du Champus Marcius où je passe tous les matins, sais-tu que c'est mon plaisir de guetter, puis d'attraper l'épée de lumière qui pique mon journal de bas en haut, puisque le métro est en mouvement, et parfois, par soleil de grand ciel bleu, me rentre comme un jet d'ange dans les yeux? C'est un moment très furtif de pure lumière matinale, un éblouissement, un coup de grâce que l'on doit, tu le dis bien, à Marcelle Ferron, peintre, verrière. J'ai l'info qu'à moitié, mais cette fin de semaine, à Toronto, les filles héritières de Ferron s'y rendront pour une exposition. Toujours est-il que l'oeuvre de cette grande suit son cours malgré le silence depuis sa mort. Oeuvre vivante qui fait partie de mon humble quotidien. j'adore cette femme.

9:12 PM

superk said...

@ rimailleur. qui lira verra :)

@ jack. comment pouvais-je le savoir? oui la lumière est éclatante aux Champs-de-Mars. Marcelle, la grande Magicienne, savait ce qu'elle faisait.

RIP.

Nina Louve said...

Superk,n'arrêtes pas, tu me fais mal!! (rires)

Ton univers revient à Tokyo et ses cerisiers, repart à Champs de Mars. Les désabusés héros de "Ell&IL se mordent et se déchirent. Présents, passés.Personnages de gouffres et d'audace, mordus, mordants, jouissant en mauve et en blanc. GRRRRRRRghgh! Ouuuu. Ahhh.

Jack allume la verrière et Jo guette en soufflant. Nina "redérêve" les musiques punk dans son sang de clash en s'expistollant les griffes.

Merci Superk, tu es mon héro gazoline.

superk said...

je viens de regarder Au Louxor de Katerine et je retrouve la même arrogance juvénile que chez les Pistolets Sexuels.

Food for Thought, Nina.

Le clip est ici.

Bon délire!

Nina Louve said...

bon délire. muhummmm. Yé. Je grogne de joie.

Nina Louve said...

Ironique et mordant ce clip.

superk said...

Oui, je vais voir son concert jeudi, un post s'en vient.