14.11.06

Ell&Il, prise 11

Pour Olga

Elle n'avait rien mangé depuis 5 jours 5 jours qu'Elle errait dans les ruelles entre Paris Amsterdam et Brooklyn à chercher un bout de pain un bout de cul un bout d'amour tendre à se mettre sous la dent; Elle errait comme une âme esseulée un joint en manque de filtre d'amour Elle errait comme les louves égratignent les vulves fleuries car c'est en ces instants incertains que butinent les colmateurs de brèches imaginaires; Elle volcanisait au creux des reins verges membres titanesques et virils comme la proie facile et les straights no chaser; Elle explosait de hargne à la recherche de Son amour de toujours Son amour invisible et impossible transmigratoire transsensuel.

Elle n'avait rien bouffé depuis 5 nuits 5 nuits à se tortiller le clitoris de faim à s'amouracher du béton armé et des héros gazoline qui se laissaient caresser à distance pendant que le smack ne faisait plus effet; Elle n'avait rien bouffé et pourtant Elle se sentait nouvelle éternelle fraîche comme l'eau de rose qui coule sur le dos du canard éventré comme le chameau assoiffé qui dévore la brebis égaré ou comme le crocodile édenté qui quémande une touffe d'herbe fracassée; Ses yeux exorbités n'en finissaient plus de finir de s'égosiller sous les palmiers des lampadaires humides et bandant comme le nouvel antisudorifique pour homme.

Elle ne boufferait rien tant et aussi longtemps qu'Elle n'aurait pas retrouvé son chemin parmi les cadavres qui formaient une embûche incroyable une bûche innommable un énorme four crématoire en plein cimetière une vision d'accalmie tendre et pitoyable comme une croix plantée en plein coeur belle comme le puzzle de tes cheveux (la Merde frotte la tête de Jean-Thomas qui hurle tu me fais mal mais la Merde s'en fout elle frotte elle frotte jusqu'à ce qu'il saigne jusqu'à ce qu'il soit galeux qu'il fasse pitié puis lorsqu'il saigne bien qu'il est bien maculé elle frotte sa tête entre ses jambes pour l'embaumer elle frotte sa tête entre ses jambes pour l'immuniser contre la cruauté du monde elle frotte sa tête entre ses jambes et soupire encore mon ensanglanté; George aime couper les cheveux des petites filles avec une scie mécanique il trouve ça tendre comme le regard d'un cheval à l'abattoir il aime torturer les jeunes filles avec sa scie il la passe sur leur poitrine pour sentir le vrombissement mécanique sur la chair en charpie).

Puis Elle se décida à bouffer pour aucune raison la faim La tenaillait Elle n'en avait plus rien à foutre de Sa croisade incensée de Sa recherche du temps perdu qu'Elle ne retrouverait jamais dans les ruelles écarlates d'Harajuku derrière le Quai des brumes à l'aube de la Fourmi Atomik en Fleur ou du Fessier électrique Elle se décida à croquer un gros rat pustulant qui la sustenterait le temps d'amasser assez de fric pour se payer un shish-taouk une poutine un kebab une pointe de pizz' à 0,99$ avec un Coke un 7-UP un Fruitopia ou même une Bud oui une bonne Bud froide non une Boréale tiède ou une Kilkenny chambrée oui une Kilkenny et plusieurs Guinness plusieurs Douglas Scotch Ale et des pintes et des pintes de Blood de Bloody Mary de Bloody Merde ou de George Sanglant de George Sanguinolent Elle n'est pas particulièrement violente Elle veut simplement en finir avec la médiocrité avec Sa médiocrité héritée avec cette famille dirigée par la Merde Toute Puissante créatrice de l'Inconscience et de l'Inconséquence.

Elle dévora le rat en trois bouchées en commençant par la tête il n'offrit aucune résistance Elle put le croquer avidement sauvagement comme une tigresse en pleine savane comme une ogresse en plein conte de fée qui tourne mal pour les petits enfants qui s'aventurent dans la forêt enchanté de la louve céleste; Elle déchiqueta son corps boursouflé en un claquetis de molaire extraordinaire comme si elle fut emprise à une crise de porphyrie aigüe et subite; Ses canines s'allongèrent de quelques centimètres Elle sentit sa machoire tressaillir sous la force suspecte et imprévisible Elle engloba tout le corps du muridé puis d'un coup de langue rapide rappelant celui du gecko des neiges Elle passa la queue du mammifère omnivore entre ses incisives centrales.

Elle tenait un peu mieux sur ses pattes après ce repas express mais ô combien satisfaisant Elle sentait le pouvoir porphyrique prendre une certaine emprise sur Elle comme si soudainement Elle allait devenir vampire et terroriser les beaux gosses des nights clubs; mais non Elle voulait toujours Le rejoindre et arrêter cette vie de merde cette vie de moins que rien cette vie qui ne méritait pas d'être nommée comme la peinture pour laquelle Lacan demanda qu'on construisît un cadre à double fond et sur laquelle Masson peignît une autre œuvre par-dessus.

Elle tenait un peu mieux sur ses grandes échalottes mais aurait préféré qu'Il la prît doucement entre des draps de satin jaune comme le soleil couchant jaune éteincelant et brillant comme les larmes d'Elle ses larmes qu'Elle ne refuse plus de laisser couler jusqu'à Son ventre pour noyer Son corps dans un lac de sel.

14 comments:

Nina Louve said...

Il y a ici de fortes images. Comme d'habitude. On est parti de la quête du charnel, de cette urgence insupportable, de ce désir impitoyable. Vite. Ça Lui prend. Il Lui faut !!! On se retrouve avec un plat noyé de pepsi sous les néons d'un fast food. On continue, avec Elle on avance dans de petits cauchemars. On tremble si on en est capable. Si on a de l'émoi pour la chose. Elle&Il . Collés par la distance, par les manques. Par la détestation et le petit espoir. Beau mariage déjà divorcé. Fonce Superk !

Nina Louve said...

"d'Elle ses larmes qu'Elle ne refuse plus de laisser couler jusqu'à Son ventre pour noyer Son corps dans un lac de sel."

À la fois cochon et coeu(R)chon

superk said...

le héros gazoline a rempli sa tank de carburant liquide et herbofolique rien ne va plus dans le désert des songes.

merci de commenter, ô unique commentatrice.

... et je ne l'avais vu que dalisuel, pas côchon, mais avec du cul et du coeur... :)

Anonymous said...

Mais euh... Moi aussi je suis commentatrice!
Demain, je m'y mets!!! :P

Nina Louve said...

Tu as bien fait de titiller Jo ann!! (souriressss) !!

superk said...

Jo Ann, c'est une inside joke avec Nina ;)

... et Jo Ann a franchi les 50 000 mots!

Anonymous said...

Ah... whoops... :"(
Je lirai quand même... :P

superk said...

Sur son blog, Nina disait souvent «ô unique lectrice» car son amie Caro était son unique lectrice (enfin le croyait-elle!).

Voilà, maintenant tu sais tout :)

Bourbon said...

Et Prise 12, ça vient? J'avais hâte de trouver le temps de te lire. Je t'en reparlerai de vive voix. J'aime : «se frayer un chemin jusqu'à son intimité de feu et de hargne.» Il y a des échos d'une époque Sodome et Gommorrhe dans cette irruption du bas-ventre.

superk said...

Ouais tu fais sûrement appel (nain consciemment) à «Elle n'en avait plus rien à foutre de Sa croisade incensée de Sa recherche du temps perdu qu'Elle ne retrouverait jamais dans les ruelles écarlates d'Harajuku» (c'est comme ça que ça s'écrit, Harajuku?).

bourbon est mon samourai comme je suis le héros gaz ô line de nina.

mata né.

superk said...

Ouf! C'était tout un raz-de-marée de commentaires ce matin!

Merci à tou(te)s!

Anonymous said...

Bienvenu eeee eeen core

Anonymous said...

Aïe, c'est dur ce coup-ci! :o

superk said...

Oui c'est la fin de la déchéance avant la résurrection du phoénix.