2.11.06

Ell&Il, prise 2

(Et la suite, encore moins relue)

UPDATE: bon il s'est relu un peu quand même... le temps de remplacer «naisseront» par «naîtront» ;-)

Il l'attendait hors d'haleine se doutant que sa mère avait fait une connerie ou que son frère s'était fait tabasser par un enculé plus balèse, plus tough, qu'il ne pouvait passer sa vie à sucer, enculer, baiser, chier et pisser sur les gens et qu'un bon jour il se ferait ramasser par les boeufs, un client mécontent, un type jaloux ou une folle à lier

Il espérait qu'il ne lui était rien arrivé, qu'elle n'aurait pas d'ecchymoses ni d'oeil au beurre noir, qu'il n'aurait pas à la consoler dans une taverne minable même s'il en avait follement envie; il ne le savait pas mais il se prenait pour un sauveur, un messie nouveau genre qui secourait les jeunes filles en détresse; un genre de James Bond au bon coeur qui, le 45 à la main arriverait de nulle part, des airs sûrement, et chuchoterait suavement «chérie ne vous inquiétez pas, je suis là». Elle ne saurait comment le remercier et se précipiterait dans ses bras en susurrant «mon héros» et le rideau tomberait sur les mauvais acteurs d'un aussi mauvais drame.

Il regardait constamment sa montre se disant elle va être en retard, il lui est arrivé malheur, elle ne viendra pas, mais que fait-elle donc, et pourquoi ne m'a-t-elle pas appelé, elle a pourtant le numéro de mon cellulaire, elle sait que je déteste qu'elle arrive en retard même si je lui pardonne chaque fois; un conducteur d'autobus ne l'a pas vue alors qu'elle traversait sans regarder le boulevard des Amoureux en se disant «il m'apporte sûrement un bouquet de fleurs violacées, comme celles qu'il m'a apportées aux funérailles Madame X»; mais non il n'y a pas d'autobus ni de boulevard des Amoureux elle arrive il la voit il va la toucher ça ne saurait tarder.

Il désespère de la voir apparaître dans la prochaine minute sinon il se tire une balle bang et s'en est fini, fini l'angoisse l'attente la pluie et le beau temps les conneries de reality shows les mauvais romans les émissions de cuisine sexy la météo le métro les bars et les barmaids les rabais chez Canadian Tire et les grosses qui le regardent en se disant «hum yé cute c'lui-là»; fini la médiocrité à attendre une paumée qui se pointe jamais à l'heure qui pleurniche sur son sort qui a pas de job ni d'ambition autre que celle de ne plus dépendre de sa mère de George et de Jean-Thomas sans parler des autres marmots qui polluent son horizon rocambolesque.

Il se grillait une clope en se disant tout va bien, je vais bien elle va arriver et je serai sauvé je n'aurai plus à espérer qu'elle arrive car elle sera là je la prendrai dans mes bras et la ferai virevolter au-dessus de Tokyo Paris Montréal et NYC; je la prendrai comme une nouvelle mariée et on descendra le grand boulevard des Amours-qui-ne-se-finissent-pas on embrassera le curé les vicaires on callera une calèche pour faire gémir nos criards dans le Vieux-Québec et on se perdra dans le Petit-Champlain pendant que les demoiselles d'honneur se feront chanter la pomme par des musiciens traditionnels, ils joueront des rills et des rigodons on se prendra par la taille jusqu'aux petites heures et lorsque la grande aiguille traversera le 12 comme la petite, des étoiles naîtront de nos larmes et on les recueillera à la petite cuiller pour en faire des mausolées pour les femmes battues et les enfants kidnappés; on fera une veillée pour les démunis et les sans-abris, ça sera notre cadeau de mariage à tous les éclopés des bas quartiers.

Mais elle courait encore.

***

Et la suite:

15 comments:

Jack said...

Ola! Écriture haute-vitesse! De la grande passe jusqu'aux justes noces. Je m'abonne pour la partie One, tu peux être certain.

le rimailleur said...

Ben non, personne s'est gamellé...T'as du souffle !

Anonymous said...

Jack, je suis du même avis! Il faut tenir le souffle, sinon on se perd! :P

superk said...

oui, si vous arrivez à lire un paragraphe sans vous perdre, reprenez votre souffle après!

pensez à «cours lola cours» :)

Anonymous said...

Même pas une pensée pour Forrest? Shame! :p

superk said...

OK, faut que tu nous en trouves un en portugais maintenant ;)

Lola rennt
Run, Forrest, Run!

D'autres?

Anonymous said...

Ah... les Lusophones sont paresseux en règle générale!
(Je vais pas me faire des amis...)

Nina Louve said...

Je retrouve le thème de l'attente assez présent dans d'autres de tes textes. Je continues en me promenant à l'envers et à la suite.
Les deux façons... agréables et déroutantes.

superk said...

Je pense que pour l'instant on peut lire n'importe quelle partie de Ell&Il dans l'ordre ou dans le désordre: j'habillerai tous les morceaux au montage :)

Nina Louve said...

Tu vois, tu parles comme un cinéaste. Je savais que ce texte était un film sur papier.

superk said...

Peut-être Nina. Je crois que c'est l'effet de vitesse qui donne un aspect cinématographique. Le mouvement, le rythme, c'est ça qui m'allume.

J'ai été assez frappé par une sculpture de Boccioni, Formes uniques de la continuité dans l'espace.

Je pense chercher le mouvement, le rythme en littérature aussi

Nina Louve said...

Bon sang !!! Il est mort jeune ce Boccioni. 34 ans. Ouf! La vie est longue mais je temps passe vite comme dirait... la louve Nina.

C'est vrai qu'elle impressionne cette sculpture.

superk said...

Oui, c'est plus facile de rentrer dans la légende :)

Mais oui on y voit le mouvement, ça m'avait fasciné.

Nina Louve said...

Je posterai une image sur louvainlaneuve bientôt, une inage d'un meuble aux formes féminines sculpté par Jean Deneault. Qu'on caresserait les dessus de tirroirs tout le temps. Mhummm.

superk said...

Miam miam, du meuble à caresser :)

Caresser un meuble il deviendra sensuel.