20.11.06

Ell&Il, prise 13

Il L'avait enfin retrouvé! Le croyez-vous? Après tant de péripéties inimaginables avoir emprunté tant d'autoroutes sinueuses et merveilleuses comme la tasse de café qui se déverse en slow-motion sur mon imprimante en perdition collante; les notes du piano grisaient les convives alors qu'ils s'embrassaient à nouveau comme au temps des cerisiers en fleurs au temps des merisiers qui se meurent sous l'échaffaud des belles de jour sous les touches noires et blanches de la berlue collective qui poinçonne les lilas écarlates.

Il klaxonnait d'amour comme un canard dans un saxophone ténor qui hurle et gémit des notes que l'on ne reconnaît pas auxquelles on ne peut pas donner de nom qui s'enchaînent commes des étincelles des firmaments des arc-en-ciel de béton sonore un mur une couche un raz-de-marée de quadruple-croches syncopées et asynchrones; une mélopée une prosopopée une ecchymose sur un bas de nylon chiffonné comme la girafe qui attend au bureau de poste qu'on la malle au plus sacrant.

Il s'embrassait sous les auvents sur les tables des cafés de St-Germain sur la table de pool au Quai des Brumes sous la statue de la Liberté et les passants les regardaient admiratifs malgré leurs tatous et leurs piercings malgré leur mauvaise odeur collective et leurs yeux exorbités malgré leur apparence répugnante et vile comme le cobra qui se trémousse à l'approche de l'agraffeuse de son liquide comme des scénarios volants des éruptions cutanées spontanées et belles comme la couleur du sang ou l'odeur du vent.

Leurs langues agissaient comme des sangsues assoiffées de sang - ne sont-ce pas ce qu'elles savent faire de mieux? - comme des cétacés attirés par des cachalots androgynes et superbes comme une vente de garage sur la main entre deux piqueries et une discothèque branchée et huppée sur St-Laurent ou 5th Avenue Montparnasse Harajuku doux Harajuku des nights clubs et des femmes rose aux dessous indiscrets aux attraits sans pudeur et aiguisés comme les lames qui attisent la langueur de Tes songes.

Il La caressait comme on aiguise un crayon à mine avec passion et précision avec mansuétude et perversion Il traversait ses yeux avec Ses ongles sales et beaux comme une tondeuse de banlieue comme une terrasse remplie de who know's who c'est le printemps et c'est l'été les femmes sont déshabillées et Jean Deadwolf Leclerc s'en prend aux nouveaux bands les traitent de mangeux de guimauve pendant qu'il se fait pousser la bédaine à Mexico.

Elle Lui suçotait la langue pour qu'Il se rappelle bien de ses formes et de son arôme pour que ce muscle si délicat et fort comme une rapace en plein désert d'Australie pernicieux et savant comme le singe qui mange la banane par la racine; Elle Le suçotait pour empreigner son souvenir d'un mouvement intarissable d'une souvenance terrible et perfide qui Le hanterait toute sa vie durant et même après la mort après la putréfaction après la trasmigration et la transsubstantiation; qu'Elle l'eût sucé autrement aurait été impensable il fallait que Sa langue Elle suce avidement savamment comme on ne montre pas à un vieux bananier sous le mont des Oliviers comment faire de vieilles grimaces; Elle se donnait à fond dans cette sucerie de langue comme si c'eut été une sucette un bonbon un caramel fondant et crémeux un chocolat au rhum une rivière de Rhum & Coke un fleuve de Tequila Sunshine sur un édredon de mousse torride et belle comme Free Tone de Richard Cole avant-garde batterie agressive piano mélodiquement acoustique modal.

Il Lui rendait la pareille en se laissant sucer Il sentait son muscle se détendre jusqu'à ce qu'il devienne mou comme un mal d'amour loco locasse qui se fracasse en plaines d'Abraham hennissant; une calèche l'eut renversé qu'il n'eût pu s'en apercevoir ce muscle devenait guimauve guimol guignol Il devenait cette mollesse ce liquide sonore et sexy comme un cendrier rempli à rabord un cendrier rempli muerte, baby.

7 comments:

Anonymous said...

Juste pour dire que j'ai lu...

Anonymous said...

C'est macho, oui ! macho dans le BEAU sens du mot: MÂLE !!! Mâle et viril. Je crois que -enfin- j'ai mis les mots, sur ce qui me plaît dans ton écriture.

La plupart des penseurs et placeurs de verbes (ces auteurs) n'ont pas ce crounch, ce grrr, cette non-censure. J'aime ce que tu fais parce que tu vire le laid, l'essore, le dévore, le montre nu, gelé, veiné, sale (!) et, qu'avec ces odeurs qu'on devine et la couleur livide de la mort que tu dépeins, en parallèle, le vivant reste magnifique. Ça doit être mes restant de punk 1985, mes restes d'hara kiri manqués mangés par les anges du petit hasard; La base guitare rouge grafignée abandonnée dans un squat du vieux Montréal, la salive qui cherche le sang, les restes amaigris de mes 14 ans dans la rue en ville. Tout le passé composé, revisité, omnubilé.

2006, La bête qui mord est encore là, vivante et vraie.

Superk, mon héros gazoline, fonce! T'as du diesel dans le sang.

superk said...

Eh ben!

Je suis bouche la bée.

Merci Nina!

Nina Louve said...

Après plusieurs relectures de cette série, j'ai le bonheur de vous annoncer (rires) que celui-ci est my favorite !!

superk said...

Ouais il est pas mal, plus joyeux, c'est en quelque sorte l'épiphanie, si je puis m'exprimer ainsi :)

Nina Louve said...

Ouias, pas mal mâle!!

superk said...

Grrr... tu viens souvent ici?

T'as d'beaux yeux tu sais :)